02.12.2009

une réponse importante

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Il y a quelques jours j'ai écris sur ce blog un texte sur les tourments et les questionnements que rencontrent beaucoup d'artistes autour de moi (et dont je fais partie !)

J'avais envoyé ce texte à une amie, Patricia, ma Marraine de conte. Oui, je sais cela peut paraître étrange, mais j'ai cette chance-là d'avoir une marraine de conte. C'est à dire une amie, riche d'une âme et d'un coeur bienveillants, qui veille à sa manière sur mon chemin de contes et d'âme, toujours de bon conseil et attentionnée. Nous nous voyons somme toute peu, mais nous cheminons ensemble.

A moi en tant que neveu d'être présent à cette chance-là.

De retour de tournée (elle est donc conteuse), elle m'a répondu aujourd'hui.
Et je trouve sa réponse tellement belle et profonde qu'il me semble qu'elle mérite d'être offerte au plus grand nombre.

La voici donc :

"Bonjour mon filleul,


Quand même contente d'être un peu chez moi, même si j'aime ma fonction.
Alors, je voudrais réagir à ce que tu as écrit sur ton blog.

C'est vrai que dans les périodes "sèches" (et crois-moi, tout le monde en traverse) la traversée du désert peut nous faire penser que la cause de cette période est à l'extérieur.
C'est-à-dire dans la société, dans le public, dans les autres artistes et toutes leurs manières d'être. Attention à cela. Un train peut en cacher un autre...


Il faut savoir se centrer sur son chemin et fermer la porte au monde.  
Il n'est pas responsable de tout, nous le savons, nous qui méditons !
Et qu'en est-il de ce monde que nous sommes en-dedans ? Est-il assez fort et assez lui-même pour se passer d'être à la mode et pour ne pas envier ceux qui y sont ?
Si oui, à quoi sert de la critiquer, cette mode ? Il faut être soi- même, mais que ce soit avec joie, ça réveille la grâce. On ne peut pas toujours, mais il faut tâcher.


Moi aussi je regrette parfois que le rire fasse salle comble.  
Cependant, même Victor Hugo, (qui n'a jamais été un comique...!)   
disait :
"Faire rire, c'est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre, qu'un distributeur d'oubli !"
Et ce besoin de rire, même s'il peut être agaçant, n'en est pas moins le signe triste que notre société a besoin d'oublier.
C'est ça, le triste, car je crois qu'actuellement c'est sa dignité et sa grandeur qu'elle oublie... ce n'est pas un bon oubli...
Victor Hugo n'est pas pour autant devenu un rigolo, et Dieu merci. Ce n'était pas son chemin, c'est tout.


Sachons ce que nous sommes, ce que nous voulons mais n'oublions pas qu'il est bon d'accepter l'humilité de ce que nous faisons, qui n'est finalement pas grand-chose et qui a tant cependant besoin d'être reconnu. Humains, nous sommes.
Et puis, quand nous avons des soucis avec nos enfants, quel bouleversement en nous, nos bons principes philosophiques s'envolent et nous sommes attristés...


Écoute cette histoire : Un sage avait passé sa vie à dire que tout est illusion, même ceux que nous aimons. Mais son fils vint à mourir. Le sage en eut une peine qui dépassait si largement son discours, que les disciples furent déconcertés. "Un fils est une illusion, leur dit alors le sage, oui, mais une super-illusion ! "

Un jour peut-être serons-nous devenus ces sages nonchalants, que plus rien ne bouleverse et qui hantent, souriants, les chemins bruyants des hommes...

Allons, filleul, rions un peu. de nous-même... c'est cela le merveilleux du merveilleux !

Je vous embrasse fort

Votre gaillarde marraine."

 

Voilà,

Merci Marraine, et gageons que la force d'être nous-mêmes nous rendra plus forts que certains fantômes du dehors...

08.06.2009

un royaume

 

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Hier, assistant à une conférence sur le conte merveilleux par Patricia Gaillard (une grande conteuse de celles qui vous font partager les Mystères plutôt que de simplement vous en parler), il m'est arrivé une chose étrange et qui, sans doute, a du vous advenir à vous aussi.

J'ai senti être au bord d'une grande révélation, vous savez lorsque vos ondes cérébrales semblent s'affoler, que les battements de votre coeur s'intensifient et que vous vous sentez à l'orée de quelque chose de libératoire... Et puis la chose m'a échappé. Et j'ai tenté vainement pendant la conférence de la retrouver au détriment bien sûr de ma concentration sur ce qui se disait alors.

Je sais qu'il y était question d'un royaume. Du royaume qui est en nous et que nous nous devons d'habiter. La question était : de quoi les rois dans les contes merveilleux sont-ils rois ? Ils sont rois de ce royaume là.

Le tarot de Marseille et les contes merveilleux disent somme toute quelque chose de similaire. Que nous habitons tous un royaume dont nous sommes les rois, ou les reines, et parfois mêmes les servantes sans doute. Qu'en ce royaume nous trouvons des palais tout autant que de simples cabanes en bois au fin fond des forêts. Que nous nous métamorphosons tout le temps en passant par des étapes, des épreuves, des parcours qui sont peu ou prou les mêmes quelque soit notre culture d'origine et quelque soit notre âge.

Peut-être n'aventurerais-je même à dire que c'est sans doute le propre de l'être humain : le fait d'être en perpétuelle métamorphose. Vivre c'est cheminer sur ce chemin-là. Celui des métamorphoses avec cette espérance toute bête qu'un jour nous atteindrons quelque chose qui ressemblera à une Réalisation, un accomplissement, une plénitude et sans doute aussi à une Présence.

Les contes merveilleux, pour l'essentiel, ne nous parleraient que de cela.

J'ai senti hier, confusément mais avec certitude, vivre en moi ce Royaume-là et je me suis fait la promesse (je me l'étais sans doute déjà faite mais pas aussi consciemment) d'y être fidèle et d'y revenir le plus souvent possible. Parce qu'il est sans doute vrai que ce royaume pourrait bien être le centre énergétique de notre énergie psychique. Quittons-le, éloignons nous-en un tant soit peu et notre esprit s'anémie...

Pour approfondir son propos, Patricia Gaillard nous a raconté un conte dans lequel il était question d'un palais et d'un roi qui y vivait entouré de tous les siens. Tous les matins un mendiant y venait en salle d'audience et offrait au roi une pomme, une simple pomme.

Offrir au roi une pomme, quand même !... Son premier ministre sitôt le mendiant parti, prenait la pomme et la jetait de par les grilles donnant sur les cachots. Et ainsi pendant des mois et des mois, voir des années.

Un jour cette pomme sîtôt offerte par le mendiant fut saisi par un singe juché sur l'épaule du roi (ce devait être un roi joueur) qui la mordit. A l'intérieur le roi y vit quelque chose qui brillait. Il s'en approcha et vit que ce brillant était une énorme pierre précieuse.

- Heu dis-moi premier ministre, où as-tu jeté toutes les autres pommes ?

- Dans les cachots monseigneur.

- Alors vas vite les y rechercher.

Le ministre y est allé et a d'abord trouvé un amoncellement de pommes pourries et moisies. Il a poussé la pourriture et bien évidemment en dessous, brillaient des centaines de pierres précieuses.

Et bien, le croirez-vous ou non, le roi s'est peu intéressé à ces pierres (il faut dire qu'il était déjà très riche !) parce qu'il a alors compris quelque chose de bien plus important.

Chaque pomme était un jour. Un simple jour comme la vie nous en offre un chaque jour qui passe. En général nous le jetons n'y attachant que peu d'importance, pris que nous sommes dans la folie des choses à faire, à penser, à régler... Nous le laissons moisir. Mais en chacun de ces jours repose une pierre. Une pierre précieuse. Un diamant qu'il nous appartient de trouver.

Et cet espace dans lequel nous trouvons notre diamant c'est notre royaume.

Ainsi pourrais-je dire ceci : Vivre est un cadeau. Et ce cadeau nous en offre un autre. Un royaume. Celui de nos métamorphoses, de nos épreuves parfois, de nos réussites. Un royaume à explorer du fond de ses cavernes jusqu'à ses ciels les plus purs avec la promesse que nous n'arrivons pas malheureusement toujours à tenir, qu'en chacun de ces jours offerts repose un diamant.

Tirant ce matin le tarot avec ces réflexions dans la tête, j'ai tiré l'Empereur. Ce qui est normal non ? Et puis le Soleil ce qui donne... le Pape (excusez pour ceux qui n'y verront que du chinois dans ce cas prenez-le comme une métaphore). Une façon de me dire que la lumière permettant de voir en ce royaume et d'éclairer le chemin pourrait bien être l'amour, mais ceci est une histoire...

 

21.05.2009

la belle au bois

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Enfin (je dis "enfin" car pour quelqu'un qui a dénommé son blog "l'homme au bois dormant" et qui se prétend conteur c'était quand même étonnant), enfin donc, je travaille la Belle au Bois Dormant. Pas celle des frères Grimm et encore moins celle de Disney, celle  -magnifique- offerte par Patricia Gaillard dans son livre "La Belle au Bois".

Cela faisait longtemps que je tournais autour de cette histoire, mais quelque chose ne se faisait pas.

Les contes viennent nous visiter, ou pas. Celui-ci n'avait pas encore frappé à la porte. Les contes sont comme ça. Ils viennent, s'installent pour un moment, prennent place dans votre esprit, vous habitent. Soit vous les accueillez et dans ce cas ils restent parfois toute votre vie comme un compagnon fidèle, soit vous leur dites "plus tard, pas maintenant". Et dans ce cas soit ils insistent, soit ils repartent. Sur le coup, vous ne vous en rendez pas toujours compte. C'est après que vous ressentez la perte. Parfois aussi, ils s'installent, vous vivez ensemble un moment et puis d'un commun accord, ils repartent après vous avoir permis de comprendre ce dont vous aviez besoin.

Ainsi donc, la Belle m'est venue et je l'ai accueillie à bras ouverts. Je ne comprends pas encore ce qu'il dit vraiment et c'est très bien comme ça. Les contes ont besoin de mystère pour agir. Que d'un coup vous mettiez en lumière leurs ressorts cachés et ils s'assèchent, vous assèchant aussi.

Il m'est venu très vite et avec évidence.

Cela faisait près d'un an et demi que je n'avais pas travaillé de nouveaux contes. J'ai fait beaucoup de musiques, beaucoup écrit aussi, j'ai raconté les "anciens", mais pas de nouveaux contes. Ils ne venaient plus frapper à la porte ce qui chez moi provoquait incompréhension et désarroi. Un an et demi c'est long... Et puis ils sont revenus : la Belle au Bois et la reprise d'une manière différente d'un conte africain.

C'est comme pour tous les arts, il faut apprendre à ne pas tout contrôler, à accepter que les choses nous échappent.

La Belle au Bois Dormant qui m'est venue est étonnante. Elle est venue sur un rythme intérieur et avec une narration différents de ce que je faisais jusqu'alors. Quelque chose de plus en plus épuré, de plus en plus profond et léger à la fois. Je ne l'ai pas encore raconté. J'attends le retour de la Dame partie prendre la maquis en Corse pour se ressourcer.

Hier soir, juste avant de m'endormir je pensais à tout cela. J'ai pris un magazine pour lire un peu et je suis tombé sur un article sur Marie de Hennezel qui parlait de Christiane Singer ainsi que de ces derniers mois (et qui n'a pas lu "Derniers Fragments d'un Long Voyage" ignore un des textes les plus féconds et les plus essentiels sur l'art de vivre et de mourir).

Elle raconte que la dernière phrase que Christiane Singer lui a dit (elle qui est morte si jeune à 64 ans) est celle-ci :

"J'aurais tellement aimé vieillir pour bercer le monde".

Et à lire cette phrase, il m'a semblé alors sans que j'en comprenne justement tous les ressorts cachés dont je parlais plus haut, que d'un coup tout se mettait en résonnance : mes 50 ans d'ici quelques mois, le conte de la Belle au Bois Dormant, tous les chemins qui me restent à parcourir, l'amour qu'il m'appartient de partager...

Je vieillirai pour bercer le monde...