02.07.2009

une extorsion

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"Toutes ces histoires que je fais n'ont peut-être pas d'autre but que de vouloir extorquer au monde extérieur ce qu'en ce moment je ne peux pas obtenir de moi-même. Et on peut, avec ce genre de comportement, empoisonner ses meilleures relations. Tu devrais t'enfermer dans une cellule nue et rester seule avec toi-même assez longtemps pour te reprendre et imposer le calme à tes tendances hystériques".

Etty Hillsum "Journaux et lettres 1941-1943" Opus Seuil.

(Cette phrase étant citée pour sa pertinence et sans reférence directe ni à moi-même ni à qui que ce soit d'autre)

20.11.2008

une vie bouleversante

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Il y a maitenant deux ans, j'ai acheté un livre à propos duquel des blogs dont je me sentais proche parlaient de révélation.

Il s'agissait d' "Une Vie Bouleversée" de Etty Hillsum (Editions Point Seuil).

Et c'est peu de dire que ce livre fut une des grands révélations de ma vie, et un bouleversement intérieur qu'aucun autre livre, je crois, n'a provoqué.

Il s'agit d'une journal intime et des lettres d'une jeune femme juive dans le Amsterdam des années 40 sous le joug nazi. Une grande soeur d'Anne Franck en quelque sorte...

C'est au début du livre, une jeune femme curieuse, sensuelle, cultivée, encore un peu adolescente.

Mais il se trouve qu'entre le début de ce journal (8 mars 1941) et sa fin (octobre 1942) et donc sa déportation et sa mort avec toute sa famille à Auschwitz, ces textes sont la trace d'une des expériences spirituelles les plus pures, les plus bouleversantes et plus profondes qui soit.

Non pas un livre religieux, entendons-nous bien, au sens qu'il serait "chrétien" ou "juif", (et je commence à voir pointer diverses tentatives de récupération, entre autre dans l'avant dernier numéro de La Vie) mais bien une expérience mystique et spirituelle.

Comme si le dénuement, l'angoisse et la folie de cette époque avaient fonctionné comme une sorte de catalyseur d'une expérience psychique hors du commun.

Pas de grandes phrases pontifiantes ici, pas de discours sur, simplement un témoignage.

On n'y touche Dieu, plutôt que l'on en parle...

Et elle n'élude, rien, mais alors rien, de ce que fut la barbarie nazie au jour le jour, ni les compromissions des uns ou des autres. Elle voit tout, comprend tout, ne juge pas et dit en substance à un moment, que si elle devait être dépositaire d'un seul gramme de haine en son coeur, alors "ils"auraient défintivement gagné...

J'y ai trouvé à l'époque ce que je cherchais depuis toujours.

Le témoignage qu'il est possible d'habiter et d'être habité par une présence, quelque soit le contexte, qui rend la vie ample et joyeuse. Que la foi est au-delà du dogme. Simplement une expérience à vivre et à la portée de tous, pour peu que l'on accepte de s'abandonner un tout petit peu.

Il se trouve, que l'intégrale des écrits sauvés d'Etty (oui, oui, je dis Etty comme je parlerais d'une amie douce et bienveillante veillant sur moi. Et c'est d'ailleurs le cas) est publiée aujourd'hui par les éditions du Seuil.

Alors j'ai fais toutes les librairies du coin, jusqu'à ce que je le trouve, et il est là sur mon bureau. Depuis deux ans, la photo d'Etty trône à proximité de mon ordinateur. Une manière de me rappeler un certain devoir de vigilance et le bouleversement qu'alors il provoqua.

J'ai offert la première édition en poche de la première édition à un grand nombre de gens. J'en ai parlé aussi. Beaucoup, et écrit aussi dessus. Beaucoup. Certains n'ont jamais ouvert le livre "pensant que ce serait trop triste", d'autres l'on commencé et s'y sont ennuyés, d'autres l'ont lu, et alors quelque chose d'une ouverture, d'une embellie, d'un frôlement magique s'est passé dans leur conscience.

Offrir ce livre est moins un présent qu'une transmission d'une des paroles les plus précieuses de l'histoire humaine.

En voici quelques extraits :

"Mais pour l'instant je ne vis pas comme il faut, je cherche à forcer le destin (...) Mais il ne faut pas "vouloir" les choses, il faut les laisser s'accomplir en moi, et c'est précisément ce que j'oublie de faire en ce moment. Que ta volonté soit faite et non la mienne."

"Je me sens dépositaire d'un précieux fragment de vie, avec toutes les responsabilités que cela implique. Je me sens responsable du sentiment grand et beau que la vie m'inspire et j'ai le devoir d'essayer de le transporter intact à travers cette époque pour atteindre des jours meilleurs. C'est la seule chose qui compte, j'en suis perpétuellement consciente."

"Je vais te promettre une chose, mon Dieu, oh ! une broutille : je vais t'aider à ne pas t'éteindre en moi."

"Oui, c'est vrai, il y a dans la nature des lois très miséricordieuses, à condition du moins que nous ne perdions pas le sens de leur rythme. Je ne cesse de l'observer sur moi-même : quand on est parvenu aux limites extrêmes du désespoir et que l'on se croit incapable de continuer, le fléau de la balance rebondit dans l'autre sens et l'on se sent de nouveau capable de rire et de prendre la vie comme elle vient. Quand, pendant de longues périodes, on est en proie à l'accablement le plus lourd, on peut ensuite et sans transition s'élever au dessus de toute cette misère terrestre, au point de se sentir léger et libéré comme jamais encore dans sa vie. Je vais de nouveau très bien alors que, quelques jours durant, c'était assez désespéré. L'équilibre se rétablit toujours. Ah ! mes enfants, un monde bien surprenant..."

"Je crois que la vie m'impose de hautes exigences et a de grands projets pour moi, à condition que je ne me ferme pas à ma voix intérieure, que je lui obéisse, que je reste sincère et disponible, sans vouloir rejeter non plus mes sentiments".

"Ainsi la vie est elle un trajet d'un moment de délivrance à l'autre. Et je devrai peut-être souvent chercher ma délivrance dans un méchant morceau de prose, de même qu'un homme parvenu au fond de la détresse peut rechercher la sienne aurpès de celles qu'on nomme si vigoureusement des putes, parce qu'il est des moments où l'on soupire après une délivrance, n'importe laquelle."

Et puis, surtout, surtout, elle disait "respirer avec son âme".

"Respirer avec son âme" et ne pas laisser s'éteindre en soi ce que nous avons de plus sacré, voilà sans doute les deux choses qui importent le plus en ce monde à l'agonie.

Alors je vous en prie, lisez ce livre. Chaque page est une leçon. Vous verrez il vous changera.

Ce matin, tirant le tarot comme tous les matins (chacun ses rituels), il y avait la Maison Dieu. Je me suis demandé à quoi ce tirage pouvait bien correspondre. A quel bouleverment annoncé, à quelle révélation il était fait allusion. Maintenant je le sais. Il était question de ce livre, de cette intégrale, et des mirifiques beautés de l'âme qui m'y attendent...

(Etty Hillesum - "Les écrits d'Etty Hillsum, journeaux et lettres 1941-1943". Seuil / Opus - 35 €, mais il y a plus de 1 000 pages...)