16.12.2009
mélusine
Tous les conteurs le disent, ce ne sont pas les conteurs qui choisissent les histoires, mais les histoires qui les choisissent.
Il y a un peu plus d'un an, j'avais été littéralement dévoré par la légende de Mélusine. Obsédé, sans comprendre vraiment le pourquoi du comment, j'avais alors lu tout ce que je pouvais trouver sur la question, me disant que je tenais là mon prochain projet de contes.
Et puis, pour diverses raisons, des bonnes comme des mauvaises, j'ai tardé, repoussé, tergiversé... Et lorsque j'aurais eu enfin le temps pour m'en saisir, l'histoire était partie, l'envie m'avait quitté, lassée sans doute de trop attendre.
De cet épisode, j'ai compris à mes dépens, qu'il ne fallait jamais ne pas s'occuper du histoire qui venait vous visiter.
Les mois ont passé et Mélusine d'un seul coup et sans prévenir est revenue, insistante, lancinante. Normal, c'est une femme serpente...
Et cette fois-ci, malgré tous les événements difficiles qui se sont succédés ces dernières semaines et dont ce blog maladroitement témoigne, je me suis dit que je ne la laisserais plus partir.
Deux semaines que je passe le moindre de mes moments de répit à en écrire ma version. Je viens d'en finir le premier jet. Ce sera je pense un spectacle à elle toute seule. 16 pages de texte pour un conte, ce n'est pas rien ! Mais après tout, ce n'est pas un conte, mais une légende...
Ce sera un spectacle conte et musique que nous ferons à deux avec la Dame. Ce qui tombe bien, puisque c'est aussi une histoire d'amour, quand bien même elle finisse mal.
Est-ce que "ça tournera" sur les scènes de France et de Navarre ? Je me suis posé toutes ces questions il y a peu. Je ne me les pose plus.
J'ai fini par admettre que pour les choses importantes, il faut suivre sa voie (voix ?) intérieure envers et contre tout, comme une exigence maîtresse primant sur tout le reste...
Quant à savoir pourquoi cette histoire m'obsède autant, je crois -comme d'habitude- que je ne le saurai que lorsque le spectacle sera fini.
C'est une légende très complexe et très puissante aussi, dans laquelle "le bien", "le mal" n'ont pas les frontières aussi bien tracées que dans ce genre d'histoires en général.
C'est aussi une très belle histoire d'amour, une histoire d'amour qui part mal dès le début.
C'est aussi une métaphore sur la puissance de la psyché profonde et sur les forces psychiques qui nous animent. Une métaphore aussi sur l'animalité qui est en nous, sur le fait peut-être que nous sommes tous au moins de deux mondes, quoiqu'on en disent...
Mystérieusement, alors que cette légende est une des plus puissantes de notre histoire, la trouver publiée pour la lire est la croix et la banière. Comme si elle faisait peur (je dis ça pour ceux qui voudraient essayer...). Peut-être à cause de l'incroyable puissance du féminin dont elle témoigne ?
On trouve bien des trucs un peu new-âge, un peu nunuches genre "donjons et dragons" mais la légende en tant que tel, bernique !
Et j'avoue que ça me ravit ma foi, de contribuer à la réveiller, cette femme serpente trahie par un homme bon aimant et aimé, mais à la volonté trop faible...
19:30 Publié dans du conte | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mélusine, contes, légendes
14.11.2009
un peu de tout et beaucoup de contes
J'aime quand les petites causes provoquent de grands effets.
Ainsi ais-je lu chez Balmolok qu'une miette de pain lâchée par un oiseau au-dessus d'un réacteur nucléaire du CERN a eu pour conséquence l'arrêt de celui-ci.
Autrement, je me sens soulagé. Je saurai maintenant quoi répondre lorsque l'on me demandera ce qu'est pour moi le comble de la bétise. Je pourrai répondre les propos de monsieur Eric Raoult, sur le supposé devoir de réserve des lauréats du Goncourt.
Dehors, il y a un vent à décorner des boeufs (Je raffole de cette expression).
Et puis, il faut bien le dire, il se confirme que le conte tout doucement me quitte. Au début j'ai mis ça sur le compte du changement de vie, puis sur le compte d'une activité professionnelle surchargée qui est en train de me transformer en zombie errant. Mais non. Je crois que c'est plus profond que ça. Les choses, ou les êtres, qui vous visitent finissent par devoir s'en aller.
Je n'explique pas, et peut-être que d'ici quelques temps relisant cette note je me dirais que décidémment il m'arrive d'écrire de grosses conneries. Mais ça dure depuis trop longtemps cette perte-là.
Je cherche autre chose, mais rien de ne vient.
Et puisque l'on parle du conte, Henri Gougaud (un conteur et un écrivain pour lequel j'ai plus que de l'admiration, à savoir de la reconnaissance) vient de publier un nouveau livre "le livre des chemins" chez Albin Michel. (un livre autour du concept du "conte divinatoire")
Dans sa préface, il écrit quelques vérités belles, entre autre sur les contes, qu'il me plaît de partager avec vous :
" Ce livre est un jeu, autant qu’un acte de foi.
Comme quoi, ce n'est pas parce que des amis vous quittent, que vous ne devez plus penser à eux...
13:24 Publié dans du conte | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : contes, henri gougaud, cern, marie n'daye
09.09.2009
un dialogue
- Vois-tu Victor, je pense que le conte est précurseur.
- Précurseur ? Comment ça ?
- Comme tu le sais, nous allons vers l'épuisement des énergies fossiles et nous avons accumulé un retard considérable dans la recherche d'énergies alternatives
- Oui, mais encore ?
- Nous sommes donc déjà, mais peu l'admettent encore, dans une obligation de frugalité, de réduction de nos dépenses énergétiques. Adieu les énormes voitures, la gabegie du jetable, nous allons devoir être économes en tout.
- En tout, même pour les spectacles ?
- Oui, même pour les spectacles. Regarde les shows spectaculaires dont tout le monde raffole (moi le premier d'ailleurs). Les trois cargos affrétés pour la dernière tournée des Rolling Stones. Les semi-remorques en file indienne, les millions de watts nécessaires aux concerts. Regarde le clinquant, la poudre aux yeux de la plupart des émissions télé... Bientôt, à tort ou à raison, tout cela va devenir insupportable au citoyen lambda. Il se dira qu'il n'y a pas de raison que lui se prive de plein de choses pendant qu'on lui assène des choses qui moralement vont le révolter, même si esthétiquement peut-être elles le raviront.
- Je suis d'accord avec toi, mais excuse moi, j'ai un peu du mal à faire le lien avec le spectacle dit vivant et encore moins avec le conte dont tu me parlais au début de la conversation.
- Et bien je pense que le conte est à la plupart des spectacles ce que le vélo est à la formule 1.
- Je commence à voir où tu veux en venir...
- Je pense vraiment que d'ici peu, la course automobile et tout ce qui lui ressemble, en tout cas telle que nous la connaissons, disparaîtra. Cette course à la performance, au bruit, au gaspillage pour aller plus vite. Le conte lui, en comparaison, est une promenade à bicyclette. Un déplacement lent, non spectaculaire, parfois épuisant et n'évitant pas toujours l'ennui. Mais en contre partie, combien de promenades buissonnières, de choses vues que seule la lenteur permet, de papillon sur un brin d'herbe aperçu et de plaisir à aller là où le sens du vent nous mène. Le conte est un chemin de traverse, un apprentissage de la lenteur qui ne nécessite presque rien : peu de lumières, peu de son, peu d'effet. Parfois une simple pièce suffit.
- Tu veux dire qu'il anticipe sur la décroissance nécessaire ?
- Oui si tu veux, Victor. Quoique ce terme me gène parce qu'ambigu et que chacun y met ce qu'il veut. Je préfère, fidèle à mes lectures religieuses, le terme de frugalité, dans le sens d'apprendre à se satisfaire du peu.
- En effet, d'autant plus qu'il y a de moins en moins d'argent dans la sphère artistique et que le conte coûte peu, tout en sachant toucher quelque chose de très profond en l'humain.
- Enfin oui, à la condition que ce soit bien fait, mais cela est une autre histoire...
- D'accord Jean, ton raisonnement est séduisant, mais tout de même un monde où il n'y aurait plus que des conteurs, serait bien uniforme et ennuyeux non ?
- Tu connais mon goût pour le rock. Pour ces déluges d'électricité, ce rituel voodoo, exorcisme à tous nos manques. Et tu connais aussi mon appétence pour les solos ahurissants de John Coltrane. Toutes ces musiques de la transe... Tu sais donc bien, que je partage en partie ton avis. Mais il y a des cycles. As-tu vu le film de François Truffaut "Farenheit 451" ?
- Oui, cette histoire où les livres sont interdits et brulés par une dictature et à la fin de laquelle, des hommes et des femmes prennent le maquis dans les forêts et apprennent par coeur les quelques livres sauvés de l'autodafé pour les transmettre plus tard à la génération future ?
- Oui, c'est ça. Et bien vois-tu, je crois que crise économique, sociale et environnementale aidant, nous allons bientôt entrer dans l'ère du maquis, de la résistance pour retrouver le sens du simple, du presque rien ; et ce en luttant contre une société du divertissement bétasse contrôlé par de grands groupes financiers. La seule chose que j'espère c'est qu'aux détours des clairières, continueront de briller des aventures plus collectives, inventeuses de formes, pourvoyeuses d'énergie en tout genre, réinventeuses d'effets spéciaux faits de bric et de broc sous la voute étoilée...
- N'est-ce pas un peu contradictoire par rapport à tout ce que tu viens de dire Jean ?
- Non. Parce que je crois que de tout temps, l'homme en période de crise ou de doute, a ressenti le besoin de revenir au peu, à la frugalité, à l'amour du presque rien, à la lenteur. Parce que la lenteur est une manière de retrouver le monde et soi-même. Et ce retour sur lui-même tout les événements actuels et à venir vont l'y contraindre. En attendant, soit qu'il disparaisse, soit qu'il invente autre chose.
- Tu sembles bien pessimiste là.
- Comme tu le sais, un pessimiste est un optimiste lucide. En attendant allons écouter quelques histoires. Connais-tu l'histoire qui raconte comment les femmes se sont vues pourvues d'un clitoris ?
- Heu non...
- Et bein écoutes, tu vas voir, cette histoire est édifiante...
22:16 Publié dans du conte | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : contes, décroissance, frugalité, société du divertissement
14.09.2008
du déluge
Tout à l'heure, avec la Dame, sommes allés nous promener dans un parc qui est un de mes lieux de prédilection.
Il y avait une exposition en plein air d'oeuvre de branchages et de miroirs sur le thème des contes de fées. C'était intéressant, et puis j'aime bien les jeux de piste en forêt...
Cette exposition est accompagnée de toute une série d'actions parallèles et, logiquement, d'une programmation "contes".
Alors bien sûr la Dame et moi avons été voir quels étaient les heureux conteurs programmés. Et là, tout de même, un questionnement.
Des contes sont bien annoncés; Mais pas des conteurs. Des danseurs, des marionnettistes, une conteuse en langage des signes (et là je n'ai rien contre), des acteurs de théâtre, mais point de conteurs au sens où je pourrais a priori l'entendre.
C'est-à-dire, une personne, une voix, un public et des histoires. L'oralité simple et nue comme elle existe depuis des siècles, à la fois immuable et mouvante se réinventant à chaque séance.
Entendons-nous bien, je n'ai rien contre les métissages, quels qu'ils soient. Et je trouve très bien que les conteurs s'acoquinent avec des musiciens, des marionnettistes, des danseurs, et que sais-je encore. D'autant plus que je crois en avoir fait la preuve, et dans mon métier de directeur culturel, et dans ma pratique de conteur...
Mais là, ce qui titille, c'est qu'il n'y en ait... pas un.
Comme si il fallait pouvoir mettre "conte" sur la plaquette (parce que ça fait venir du monde... sauf dans une certaine ville que je connais bien...) mais surtout qu'il n'y en ait pas à l'arrivée et que ça ressemble à tout, sauf justement à une séance de contes.
Mais alors pourquoi ?
De peur d'ennuyer ? De peur d'être taxé de vieillot, voire d'archaïque (à quand une séance de conte multimédia d'ailleurs ?), par souci de surfer sur la vague de la modernité ? (le mélange des expressions artistiques). Parce qu'il faut divertir, amuser et surtout ne pas ennuyer.
Il se trouve que baguenaudant dans une grande librairie, je me suis retrouvé à lire la 4ème de couverture d'un livre de Marc Olivier Ouakim, rabbin et philosophe dont je recommande son livre sur Les 10 commandements, et qui s'intitule "Zeugma".
Il y postulerait, que le mythe du déluge serait à prendre à plusieurs niveaux. Celui de la montée des eaux ; et en ces temps de cyclones, de réchauffement climatique et de fonte de la banquise, il y a de quoi réfléchir... Mais aussi sur celui de notre environnement médiatique.
Parce qu'en terme de déluge, il y aurait aussi celui des images, des informations, de ce trop plein qui se déverse chaque jour, sans fin, avide de lui-même et dont nous sommes tous, moi le premier, la victime consentante. Un raz de marée de stimuli et d'affects contre lequel nous sommes comme château de sable sur la grève.
Or il se trouve, en tout cas je le pense profondément, que la Conscience a besoin de silence.
Que le bruit du monde tue la conscience et nous déconnecte de nous-mêmes, que toute les traditions spirituelles, tous les grands artistes préconisent... le silence.
Parce que c'est là que la conscience peut s'éveiller, là que l'âme respire.
Et pour en revenir au début de ce texte, qu'est-ce donc une séance de contes, si ce n'est un silence que l'on essaie de faire vivre ?
Et qu'est-ce donc qui semble faire peur à tout le monde, professionnels programmateurs de la culture, pédagogues et animateurs en tout genre, si ce n'est, in fine, le silence ? (ce "oh non, les enfants vont s'ennuyer ! ")
Les contes viennent d'un temps où la bande sonore était on ne peut plus réduite aux bruits de la nature et à quelques outils issus de l'intelligence humaine.
Alors que nous vivons une époque saturée dans laquelle le bruit de la bande son nous fait vivre comme une béquille nous fait marcher.
On dit en France, qu'il faut dix années pour faire un conteur.
Au Burkina, dixit l'ami Toumani, c'est 65 ans (autant dire que vu l'espérance de vie, tu es un maître de la Parole quand tu es mort...).
Parce que les contes, c'est aussi de la Parole. Et donc une morale, une conscience et une responsabilité. Parce que les contes merveilleux, en tant que faisant partie des plus anciens, sont dépositaires d'un savoir et d'une expérience psychique qu'il faut des années pour appréhender. Et que dès lors en faire un divertissement (du genre spectacle interactif détournant les grands contes du répertoire), rend inaudible ce qu'ils ont de plus précieux à nous dire. A condition évidemment que celui qui le dit, ait prit la peine de l'entendre...
Tout à l'heure, lu cette phrase dans "Eloge de la Parole" de Philippe Breton :
"La parole a ce redoutable pouvoir de permettre d'exercer une force sans engendrer de domination".
Alors, je vous en prie, messieurs, mesdames les programmateurs culturels, faites-lui un peu plus confiance.... Et arrêter d'avoir peur du silence.
Parce que le silence peut faire peur, mais aussi parce qu'il enseigne et vous connecte sur le plus authentique de vous-mêmes... Et que les conteurs sont sensés en être parmi les derniers dépositaires...
20:50 Publié dans du conte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contes



