21.05.2009
la belle au bois
Enfin (je dis "enfin" car pour quelqu'un qui a dénommé son blog "l'homme au bois dormant" et qui se prétend conteur c'était quand même étonnant), enfin donc, je travaille la Belle au Bois Dormant. Pas celle des frères Grimm et encore moins celle de Disney, celle -magnifique- offerte par Patricia Gaillard dans son livre "La Belle au Bois".
Cela faisait longtemps que je tournais autour de cette histoire, mais quelque chose ne se faisait pas.
Les contes viennent nous visiter, ou pas. Celui-ci n'avait pas encore frappé à la porte. Les contes sont comme ça. Ils viennent, s'installent pour un moment, prennent place dans votre esprit, vous habitent. Soit vous les accueillez et dans ce cas ils restent parfois toute votre vie comme un compagnon fidèle, soit vous leur dites "plus tard, pas maintenant". Et dans ce cas soit ils insistent, soit ils repartent. Sur le coup, vous ne vous en rendez pas toujours compte. C'est après que vous ressentez la perte. Parfois aussi, ils s'installent, vous vivez ensemble un moment et puis d'un commun accord, ils repartent après vous avoir permis de comprendre ce dont vous aviez besoin.
Ainsi donc, la Belle m'est venue et je l'ai accueillie à bras ouverts. Je ne comprends pas encore ce qu'il dit vraiment et c'est très bien comme ça. Les contes ont besoin de mystère pour agir. Que d'un coup vous mettiez en lumière leurs ressorts cachés et ils s'assèchent, vous assèchant aussi.
Il m'est venu très vite et avec évidence.
Cela faisait près d'un an et demi que je n'avais pas travaillé de nouveaux contes. J'ai fait beaucoup de musiques, beaucoup écrit aussi, j'ai raconté les "anciens", mais pas de nouveaux contes. Ils ne venaient plus frapper à la porte ce qui chez moi provoquait incompréhension et désarroi. Un an et demi c'est long... Et puis ils sont revenus : la Belle au Bois et la reprise d'une manière différente d'un conte africain.
C'est comme pour tous les arts, il faut apprendre à ne pas tout contrôler, à accepter que les choses nous échappent.
La Belle au Bois Dormant qui m'est venue est étonnante. Elle est venue sur un rythme intérieur et avec une narration différents de ce que je faisais jusqu'alors. Quelque chose de plus en plus épuré, de plus en plus profond et léger à la fois. Je ne l'ai pas encore raconté. J'attends le retour de la Dame partie prendre la maquis en Corse pour se ressourcer.
Hier soir, juste avant de m'endormir je pensais à tout cela. J'ai pris un magazine pour lire un peu et je suis tombé sur un article sur Marie de Hennezel qui parlait de Christiane Singer ainsi que de ces derniers mois (et qui n'a pas lu "Derniers Fragments d'un Long Voyage" ignore un des textes les plus féconds et les plus essentiels sur l'art de vivre et de mourir).
Elle raconte que la dernière phrase que Christiane Singer lui a dit (elle qui est morte si jeune à 64 ans) est celle-ci :
"J'aurais tellement aimé vieillir pour bercer le monde".
Et à lire cette phrase, il m'a semblé alors sans que j'en comprenne justement tous les ressorts cachés dont je parlais plus haut, que d'un coup tout se mettait en résonnance : mes 50 ans d'ici quelques mois, le conte de la Belle au Bois Dormant, tous les chemins qui me restent à parcourir, l'amour qu'il m'appartient de partager...
Je vieillirai pour bercer le monde...
09:23 Publié dans du conte | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : conte, la belle au bois dormant, marie de hennezel, christiane singer, derniers fragments d'un long voyage, patricia gaillard



