10.01.2009
M.
Il y a ainsi des êtres qui semblent à ce point emplis de bonté sans la moindre once de méchanceté, qu'en les rencontrant on ne peut que se dire que ces êtres vous feront du bien.
Originaire de Singapour, tout en me massant les pieds en experte réflexologue qu'elle est, elle me raconte un peu de son parcours d'une voix douce et enveloppante.
BAC + 12, docteure en biologie végétale, parlant six langues, elle a publié beaucoup tout au long d'une carrière internationale, jusqu'à ce qu'après une mission au Portugal, revenant en France, elle constate une baisse désolante des crédits de recherche et se retrouve face à des laboratoires qui ne pouvaient plus embaucher.
Parallèlement, sa fille est venue au monde avec les pieds recroquevillés sur eux-mêmes.
En vacances à Singapour, son frère lui dit :
- Tu sais il y a en ce moment dans notre ville, un symposium international de réflexologie, les plus grands experts mondiaux sont là, tu devrais peut-être t'y rendre.
- Moi, vous savez, dit-elle, en ce temps-là j'étais une scientifique pur jus, pour moi tout cela n'était pas très sérieux, mais j'y suis allée en me disant que cela pourrait peut-être être utile pour régler le problème des pieds de ma fille. J'y ai donc fait une première formation et quand j'ai vu l'effet extraordinaire dès le premier massage, je me suis dit qu'il y avait là quelque chose de magnifique. Il n'y avait plus de travail dans la recherche, alors j'ai fait une formation de réflexotérapeuthe dans le cadre de la médecine ayuvédique de deux ans, et puis j'ai continué et maintenant je suis masseuse et j'enseigne la discipline.
Tout en parlant, elle me masse les pieds, détectant problèmes de dos, de chevilles et aussi de... vésicule biliaire engorgée. Je me détends, m'abandonne, parle aussi de moi, de mon parcours, de mes enfants.
- Mais vous travailliez sur quoi lorsque vous étiez chercheuse ?
- Sur l'amélioration des espèces (châtaigniers, chène liège) et les cultures in-vitro. Et voyez-vous le plus beau c'est que mes recherches à l'époque n'utilisaient absolument pas les modifications génétiques. Et si j'avais continué la recherche, de toutes façons, j'aurais rencontré un problème parce que ce sont des techniques que j'aurais refusé de développer. En fait, voyez-vous, cette absence de contrat pendant un temps, le problème de ma fille, la découverte de la médecine ayuvédique m'ont en quelque sorte préservée de bien plus grosses difficultés !
Pendant la séance, je lui parlais aussi de moi. De cet appel et de cette attirance depuis l'enfance, au début mainte-fois contredits, vers les choses de l'art, de la littérature et de la culture en général. Elle se montre admirative de mon parcours d'autodidacte n'ayant pas fait d'études supérieures, elle qui en a tant fait. Elle me dit :
- En fait vous êtes parvenu à aller vers ce quoi vous étiez fait ! La vie vous l'a permis, c'est formidable !
Je ne lui dis pas que je pourrais lui énoncer la même chose,un peu engourdi que je suis par le massage.
Je la salue, nous nous remercions.
Dans la salle d'accueil où je retrouve la Dame qui m'a offert ce massage, les discussions vont bon train. Les gens de ce lieu sont enclins à s'émerveiller de tout et cela me réjouit. Elle y a un homme africain venu présenter son bébé avec son épouse philippine. La petite fille est si belle et manifestement si gorgée d'amour tendre. Présentant le père à quelqu'un une femme dit :
- Regardez cet homme, il avait tout contre lui, et maintenant il a tout. Il a tout trouvé ! C'est merveilleux !
Un peu engourdi par les conséquences du massage, me cognant un peu dans les meubles, je sors avec la Dame après avoir bu un bon thé parfumé au coriandre.
Je suis bien et heureux. Je pense à cette femme M. qui m'a fait tant de bien.
J'aime quand l'humanité est ainsi tranquille et bienveillante.
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29.09.2008
un adolescent
C'est un adolescent de 14 ans comme il y en a tant.
Il y a encore quelques mois, il était habité par l'insatisfaction permanente propre à la période. Il râlait du matin au soir , tempêtait contre l'injustice et la supposée incompétence de ses profs -causes évidemment de ses mauvaises résultats-, en voulait à la terre entière, s'emportait pour un oui ou pour un non.
Il était comme une cuve sous pression, se blindant du monde en lisant des mangas, en écoutant à s'en rendre sourd le death metal lu plus mortel qui soit, et en jouant de sa guitare électrique à en faire péter les amplis et exploser la patience des adultes l'entourant.
Comme tout adolescent, il se sentait incompris, ne trouvant sa place nulle part, si ce n'était avec ses copains, ultime cordon rassurant le protégeant de ses abîmes.
Il pouvait par ailleurs être adorable, touchant et brillant, mais cet éclat s'éteignait sitôt qu'une contrariété imprévue venait à obstruer son ciel.
Depuis septembre il semble être un autre. Il ne s'emporte plus, n'en veut plus à la terre entière, et semble même avoir des relations plus harmonieuses avec ses profs. Il lave la salle de bain sans rechigner. Revient du collège avec des notes à faire rougir de fierté n'importe quel parent normalement constitué, travaille sa passion -la musique- comme un fou et y fait des progrès sidérants.
Il a su formuler un vrai projet, choisir un bon prof de musique, s'est inscrit à un club de sport, a changé de look et de coiffure comme on passerait du jour à la nuit. Et surtout, il semble apaisé.
Questionné sur le pourquoi du comment, il répond :
- "Tu vois c'est depuis les vacances.
Avant, pour moi la vie, c'était dodo, collège, engueulades, dodo. Chaque jour se ressemblait. Je pensais que la vie ça valait pas la peine. On allait en vacances toujours au même endroit, les parents s'engueulaient tous les jours, c'était comme un cauchemar.
Et puis tu vois, là-bas on a rencontré plein de gens. Des gens super. E. qui joue si bien de la guitare, R. et ses chansons, H. et J. et leurs apéros pantagrueliques, leur hospitalité, leur vie si pleine. Et puis toi, depuis que tu as rencontré S. Tu vois, ça a tout changé. Parce que tu sais, j'aurais jamais imaginé pouvoir jouer un saucisson sur une note d'anglais avec une adulte ! Et puis franchement quand elle chante, ça déchire tellement !
Alors tu vois, moi maintenant j'ai décidé. Je travaille au bahut, comme ça j'ai plus les parents sur le dos et c'est plus cool. Ca me laisse du temps pour travailler la guitare. Et puis tu vois, maintenant la vie, c'est un truc qui me parait valoir la peine".
Il a trouvé ce que cherchent tant d'êtres : des raisons d'y croire.
Et sa vie est métamorphosée. Il râle encore, c'est aussi un signe de santé ; mais moins.
Il aide, il est curieux et demande à savoir. Et lorsqu'il joue de sa guitare, il commence même à en apprendre à son père.
Je l'écoute. J'espère que rien de trop grave ne viendra décevoir ce bel élan.
Et je songe alors à tout ce que l'on écrit sur l'enfance et l'adolescence.
Tout ces discours socio-psychologisant, pour finalement me dire que la chose essentielle qui importe pour un enfant ou un adolescent, c'est l'énergie de vie et d'invention des adultes qui l'entourent.
J'en arrive à envisager que nos enfants vont parfois mal, parce que leurs parents n'ont plus de vrais projets, se sont résolus à renier ce qui les constituait au plus profond. Et les enfants, comme les adolescents, voient tout. Même ce que l'on voudrait leur cacher comme nos propres blessures qu'ils inhalent parfois comme des produits chimiques.
Bien sûr, cela n'est pas toujours aussi simple. Et je pense ici avec affection et tendresse à toutes ces mères et à tous ces pères qui font ce qu'ils peuvent et dans leurs vies, et dans leurs implications avec leurs enfants, et se trouvent confrontés parfois à une rage, parfois à une résignation, deséspérantes (et je ne m'en exclut pas, loin de là !).
Mais j'ai parfois envie de dire ceci : avant de penser à nos enfant, pensons à nous (ce qui ne veut pas dire qu'à nous). Soyons des adultes sincères et pleins de rêves et d'envies, habitons notre vie, soyons vivants, aimants, joyeux, soyons nous-mêmes incarnés dans nos vies, et nos enfants iront bien mieux. Parce qu'ils ont besoin d'admirer.
Les adolescents ont besoin d'adultes charismatiques pour se construire.
Alors, tentons de leur offrir notre vie réussie.
20:45 Publié dans portraits | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
26.07.2008
C.
Elle dit que lorsqu'elle était petite, elle sait qu'elle s'est faite une promesse à elle-même qui maintenant l'empêche de vivre.
Elle dit qu'elle essaie de retrouver cette promesse, que sans la connaître encore, peu à peu, elle s'en libère.
La preuve en est, qu'elle fait des rêves qui lui font du bien, dans lesquels elle embrasse un double d'elle même en lui disant "je t'aime".
Elle dit que jusqu'à il y a peu, elle avait toujours peur en vélo : la boule au ventre et des contractions dans les épaules.
Elle raconte qu'il y a quelques jours, à vélo dans une descente pour la première fois la peur n'était pas là. Mieux, elle n'a pas freiné tout le long et, encore mieux, sans même y réfléchir elle a laché les mains.
Laché les mains, sans peur et sans tomber.
Elle dit que ce que cela veut dire c'est qu'elle a maintenant trouver son centre et un début d'équilibre. Et lorsqu'elle dit ça, profondément, je la crois.
J'aime quand les vraies prises de conscience s'accompagnent comme ça d'une manifestation tangible parce que c'est le signe alors que l'appel est puissant.
Et puisque l'on parle de signe et dans un registre tout à fait différent, ce matin, alors que je devais me rendre dans la journée à la librairie des Compagnons du Devoir à Paris pour y déposer un ouvrage que ma mère souhaite vendre, j'ai tiré au Tarot, l'Empereur, le Pape et L'Hermite (oui, oui, je fais partie de ces êtres qui tirent le Tarot preque chaque jour qui s'en vient). Que des hommes et qui plus est que des hommes accomplis. En l'occurence ici, j'y verrais bien le manuel, le mystique et le méditant. Encore un signe c'est sûr...
Et j'aspire à croire aux signes et à les voir, car alors il me semble participer à un enchantement d'un monde dans lequel tout semble en relation. "Grandir", c'est se relier au monde de plus en plus loin et de plus en plus authentiquement.
Jusqu'à ce qu'un jour, on arrive à faire du vélo sans les mains...
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