24.06.2009

le remplaçant

 

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"Il me disait aussi, sans jamais perdre le moral, qu'il était vieux, très vieux, qu'il en avait assez. Il ne désirait pas mourir, pas particulièrement, mais il ne se révolterait pas si cela devait arriver. Ce qu'il craignait, c'était de voir mourir les autres, les plus jeunes que lui. Il redoutait l'obscénité de sa longue présence sur terre. "Tout ce que je demande, me confiait-il, c'est que les jeunes ne meurent pas." En sortant de chez lui, je faisais bien attention de traverser les passages cloutés, je me tenais à la rampe dans le métro, je prenais soin de moi.

Il; pensait ce qu'il disait. Il avait mourir sa femme et tous ses amis. Il était le dernier des Mohicans, seul rescapé dans sa tour de vingt étages. Il pensait à eux, à sa bande de potes, les snobs et les sympas, les poètes et les artisans, tous ceux qu'enfant je croisais à l'heure du goûter. Ils m'embrassaient en inspirant fort par les narines pour inhaler le parfum de santé que dégage le crâne des petits, puis se laissaient tomber sur le canapé en soupirant Oî veï, calaient un demi-sucre entre leurs dents et l'inondaient de thé brûlant."

Le Remplaçant d'Agnès Desarthe, éditions de l'Olivier, collection Figures Libres, page 51.

"Le remplaçant", un petit livre (87 pages) énorme. Le livre le plus poignant, le plus drôle, le plus évident et le plus imprévisible que j'ai lu depuis... pfut !

Pour en savoir plus, aller ici

15.12.2008

le rêve de l'arbre en attendant la balade

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A propos du conte "La Belle au Bois Dormant" et pour des raisons qui m'échappent, j'ai longtemps cru que ce n'était que la Belle qui dormait alors qu'en fait c'était aussi le bois...

En intitulant ce blog "L'homme au Bois Dormant" je me suis donc demandé qui de l'homme ou du bois dormait, pour finir par répondre avec certitude, qu'en l'occurrence ici, c'est bien le bois qui dort.

Et j'aime bien l'idée "d'un bois qui dort". Cela m'évoque l'image d'un bois loin de la folie du monde, une sorte d'écrin protégé et hors du temps.

Tout cela pour dire, que si le bois dort, l'homme lui, s'agite.

Et que le 8 février pétante, sortira le troisième livre de l'auteur de ces lignes aux éditions Grains de Sel (une merveille d'amitié et de fidélité).

En attendant, si le premier livre "Chercheurs d'Or" est pour ainsi dire épuisé, il reste quelques exemplaires du second "Le Rêve de l'Arbre".

Et si les idées vous manquent comme cadeau à offrir, son auteur a la faiblesse de penser que ce livre en ferait un beau, de cadeau... (J'ai parfois comme cela des éclairs de confiance qui, bien que pas loin de l'outrecuidance valent mieux que la dénagation de soi...)

Si vous souhaitez en savoir plus, et savoir comment vous le procurer, merci d'aller ici (Vous pourrez même demander une dédicace).

Et si vous souhaitez commencer à en savoir un peu sur "La Balade de Najac" merci d'aller ici.

Bonne lecture !

 

20.11.2008

une vie bouleversante

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Il y a maitenant deux ans, j'ai acheté un livre à propos duquel des blogs dont je me sentais proche parlaient de révélation.

Il s'agissait d' "Une Vie Bouleversée" de Etty Hillsum (Editions Point Seuil).

Et c'est peu de dire que ce livre fut une des grands révélations de ma vie, et un bouleversement intérieur qu'aucun autre livre, je crois, n'a provoqué.

Il s'agit d'une journal intime et des lettres d'une jeune femme juive dans le Amsterdam des années 40 sous le joug nazi. Une grande soeur d'Anne Franck en quelque sorte...

C'est au début du livre, une jeune femme curieuse, sensuelle, cultivée, encore un peu adolescente.

Mais il se trouve qu'entre le début de ce journal (8 mars 1941) et sa fin (octobre 1942) et donc sa déportation et sa mort avec toute sa famille à Auschwitz, ces textes sont la trace d'une des expériences spirituelles les plus pures, les plus bouleversantes et plus profondes qui soit.

Non pas un livre religieux, entendons-nous bien, au sens qu'il serait "chrétien" ou "juif", (et je commence à voir pointer diverses tentatives de récupération, entre autre dans l'avant dernier numéro de La Vie) mais bien une expérience mystique et spirituelle.

Comme si le dénuement, l'angoisse et la folie de cette époque avaient fonctionné comme une sorte de catalyseur d'une expérience psychique hors du commun.

Pas de grandes phrases pontifiantes ici, pas de discours sur, simplement un témoignage.

On n'y touche Dieu, plutôt que l'on en parle...

Et elle n'élude, rien, mais alors rien, de ce que fut la barbarie nazie au jour le jour, ni les compromissions des uns ou des autres. Elle voit tout, comprend tout, ne juge pas et dit en substance à un moment, que si elle devait être dépositaire d'un seul gramme de haine en son coeur, alors "ils"auraient défintivement gagné...

J'y ai trouvé à l'époque ce que je cherchais depuis toujours.

Le témoignage qu'il est possible d'habiter et d'être habité par une présence, quelque soit le contexte, qui rend la vie ample et joyeuse. Que la foi est au-delà du dogme. Simplement une expérience à vivre et à la portée de tous, pour peu que l'on accepte de s'abandonner un tout petit peu.

Il se trouve, que l'intégrale des écrits sauvés d'Etty (oui, oui, je dis Etty comme je parlerais d'une amie douce et bienveillante veillant sur moi. Et c'est d'ailleurs le cas) est publiée aujourd'hui par les éditions du Seuil.

Alors j'ai fais toutes les librairies du coin, jusqu'à ce que je le trouve, et il est là sur mon bureau. Depuis deux ans, la photo d'Etty trône à proximité de mon ordinateur. Une manière de me rappeler un certain devoir de vigilance et le bouleversement qu'alors il provoqua.

J'ai offert la première édition en poche de la première édition à un grand nombre de gens. J'en ai parlé aussi. Beaucoup, et écrit aussi dessus. Beaucoup. Certains n'ont jamais ouvert le livre "pensant que ce serait trop triste", d'autres l'on commencé et s'y sont ennuyés, d'autres l'ont lu, et alors quelque chose d'une ouverture, d'une embellie, d'un frôlement magique s'est passé dans leur conscience.

Offrir ce livre est moins un présent qu'une transmission d'une des paroles les plus précieuses de l'histoire humaine.

En voici quelques extraits :

"Mais pour l'instant je ne vis pas comme il faut, je cherche à forcer le destin (...) Mais il ne faut pas "vouloir" les choses, il faut les laisser s'accomplir en moi, et c'est précisément ce que j'oublie de faire en ce moment. Que ta volonté soit faite et non la mienne."

"Je me sens dépositaire d'un précieux fragment de vie, avec toutes les responsabilités que cela implique. Je me sens responsable du sentiment grand et beau que la vie m'inspire et j'ai le devoir d'essayer de le transporter intact à travers cette époque pour atteindre des jours meilleurs. C'est la seule chose qui compte, j'en suis perpétuellement consciente."

"Je vais te promettre une chose, mon Dieu, oh ! une broutille : je vais t'aider à ne pas t'éteindre en moi."

"Oui, c'est vrai, il y a dans la nature des lois très miséricordieuses, à condition du moins que nous ne perdions pas le sens de leur rythme. Je ne cesse de l'observer sur moi-même : quand on est parvenu aux limites extrêmes du désespoir et que l'on se croit incapable de continuer, le fléau de la balance rebondit dans l'autre sens et l'on se sent de nouveau capable de rire et de prendre la vie comme elle vient. Quand, pendant de longues périodes, on est en proie à l'accablement le plus lourd, on peut ensuite et sans transition s'élever au dessus de toute cette misère terrestre, au point de se sentir léger et libéré comme jamais encore dans sa vie. Je vais de nouveau très bien alors que, quelques jours durant, c'était assez désespéré. L'équilibre se rétablit toujours. Ah ! mes enfants, un monde bien surprenant..."

"Je crois que la vie m'impose de hautes exigences et a de grands projets pour moi, à condition que je ne me ferme pas à ma voix intérieure, que je lui obéisse, que je reste sincère et disponible, sans vouloir rejeter non plus mes sentiments".

"Ainsi la vie est elle un trajet d'un moment de délivrance à l'autre. Et je devrai peut-être souvent chercher ma délivrance dans un méchant morceau de prose, de même qu'un homme parvenu au fond de la détresse peut rechercher la sienne aurpès de celles qu'on nomme si vigoureusement des putes, parce qu'il est des moments où l'on soupire après une délivrance, n'importe laquelle."

Et puis, surtout, surtout, elle disait "respirer avec son âme".

"Respirer avec son âme" et ne pas laisser s'éteindre en soi ce que nous avons de plus sacré, voilà sans doute les deux choses qui importent le plus en ce monde à l'agonie.

Alors je vous en prie, lisez ce livre. Chaque page est une leçon. Vous verrez il vous changera.

Ce matin, tirant le tarot comme tous les matins (chacun ses rituels), il y avait la Maison Dieu. Je me suis demandé à quoi ce tirage pouvait bien correspondre. A quel bouleverment annoncé, à quelle révélation il était fait allusion. Maintenant je le sais. Il était question de ce livre, de cette intégrale, et des mirifiques beautés de l'âme qui m'y attendent...

(Etty Hillesum - "Les écrits d'Etty Hillsum, journeaux et lettres 1941-1943". Seuil / Opus - 35 €, mais il y a plus de 1 000 pages...)

 

11.11.2008

le rire de la grenouille

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Henri Gougaud

"Le Rire de la Grenouille"

Carnets Nord

 

Voici donc un livre qui comme les contes dont il parle ne fera pas sans doute pas de bruit, mais résistera longtemps dans les consciences de ceux qui l'auront lu.

Un livre écrit par un bel écrivain et non moins beau conteur qui ayant passé une bonne partie de sa longue vie à en écrire, à en raconter, à y penser, livre ici le miel de ses réflexions.

Il est sous titré "petit traité de philosophie artisanale" et ce sous titre va bien avec la perspicacité et la profondeur faussement débonnaires qui le caractérise.

Une des synthèses selon moi les plus pertinentes et jouissives écrites sur le conte avec le livre de Michel Hindenoch "Conter un Art ?".

A chacun de s'y précipiter si le sujet l'intéresse.

Tout ça pour dire qu'il arrive parfois, qu'à notre insu, nous soyons à la recherche d'une phrase, d'une pensée dont on ressent le besoin afin de mettre un peu d'ordre dans un chaos de supputations et d'intuitions. Celle par laquelle ce que l'on essaie de se dire et de comprendre confusément devient d'un coup aussi clair que de l'eau de roche.

Et dans ce livre, j'en ai trouvé plusieurs.

En voici une :

"Le monde et la vie : ne pas confondre. Ce n'est pas pas parce que la bouteille prend la couleur du vin et le vin la forme de la bouteille qu'il faut prendre l'un pour l'autre. Je connais des adolescents qui découvrent autour d'eux le monde, qui s'indignent de ses injustices, de ses folies meurtrières, et qui décident que la vie est abominable. Ce ne serait qu'une confusion parmi d'autres, si celle-là ne pouvait pousser les plus vulnérables de nos enfants au désespoir et au suicide. Le monde est certes un lieu inhospitalier dont nous faisons trop souvent, et pour notre malheur, un dépotoir. La vie c'est autre chose."

Voici donc une phrase que je cherchais depuis si longtemps.

On peut désespérer du monde, et à juste titre, mais surtout ne pas désespérer de la vie. De cet élan plein et entier, de cette force qu'il suffit parfois de si peu pour que nous la perdions alors qu'elle est pourtant si puissante.

Apprendre à se connecter à la source de "l'éternelle vigueur". Envers, avec, et contre, le monde tel qu'il va.

Il suffit parfois d'un millimètre d'écart pour que nous nous perdions, et à nous-mêmes, et à la vie.

Une vigilance s'impose donc, tendre, bienveillante et pourtant ferme.

Les contes souvent nous le rappellent, veillant sur nos écarts et nous rappelant le soir avant le sommeil à quel endroit de notre âme nous devons revenir pour nous sentir vivants, profondément et simplement reliés.

 

30.07.2008

mes étoiles

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J'aime beaucoup le magazine Nouvelles Clés.

Enfant des revues Planète et Actuel, cette revue depuis vingt ans trace un sillon fécond à travers des problématiques essentielles : la spiritualité, les outils de développement personnel, le rapport au corps, les médecines alternatives, les nouveaux territoires de la physique quantique, le rapport à la terre et la prise en compte des grands enjeux écologiques dont ils ont parlé bien avant tout le monde (liste bien entendu non exhaustive)

Cette réussite je crois tient beaucoup aux deux figures tutélaires du magazine : Mard de Smedt et Patrice Van Eersel.

Toujours est-il qu'ils viennent de sortir à l'occasion des vingt ans de Nouvelles Clés un n° anniversaire reprenant 20 entretiens visionnaires publiés sur cette période.

Sur la quarantaine de ces entretiens, il est possible de retrouver entre autre Yvan Amar, Catherine Bensaïd, Jean Claude Carrière, François Cheng, André Conte Sponville, Yves Coppens, Boris Cyrulnik, Taisen Deshimaru, Arnaud Desjardins, Jenri Gougaud, Marie de Hennezel, Alexandro Jodorowsky, Théodore Monod, Edgar Morin, Jean Marie Pelt, Jacques Salomé, Michel Serres, Christiane Singer, Thich Nhat hanh...

Autant dire pour l'essentiel les étoiles de ma galaxie personnelle.

Chacun des entretiens est illustré d'une photo. Et mon dieu comme leurs visages sont beaux... à l'image de leurs propos d'une conscience tellement nourrissante.

De quoi méditer pendant l'été et revenir non seulement bronzé, mais aussi tout en beauté de l'intérieur...