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18/12/2015

De choses et d'autres

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Gladys : le petit navire - 1985

 

Le philosophe Michel Serres à qui on demandait dans un entretien si, selon lui, l’homme était bon ou mauvais a répondu que l’homme était globalement bon mais qu’il suffisait de quelques personnes pour le pervertir. J’ai toujours eu cette conscience-là : que la bonté humaine était fragile et que certaines personnes, bien malades, avaient le don de l’éteindre et d’activer son opposé, à savoir la haine de l’autre. Et l’histoire regorge suffisamment de ces tristes figures pour ne pas trop y insister.

Pourtant en ce moment, le moins que l’on puisse dire c’est que les barbares de l’âme sont de retour. Et quand ils rôdent dans les parages, penser devient une gageure. Il n’y a plus partout qu’anathèmes, rhétoriques simplistes et brutalité tant physique que psychique (demander par exemple à cette jeune femme qui a cru bon –et qui a bien fait- de défendre l’action du planning familial sur son blog en pleine période électorale et qui en retour, s’est pris quelques commentaires du genre : « qu’on la tonde, qu’on lui couse les paupières avec du fil de fer et qu’on lui fasse manger de la terre ». Charmant…)

Haïr et rejeter l’autre est facile : il suffit d’en avoir l’autorisation. Et en ce moment, les donneurs d’ordre sont légion. Je ne sais exactement quelle pourrait être la réponse. Tant toute pensée contradictoire semble l’attiser. Et se retirer de ces enjeux-là est aussi trop facile, même si l’envie en est forte. Mais il y a une chose qui s’appelle la résistance et elle consiste, envers et contre tout, à maintenir présent dans le monde tel qu’il va ces valeurs qui sont les miennes : la bienveillance avant la peur, l’élan du cœur avant la haine, la pensée avant l’obscurantisme, l’accueil avant l’ostracisme, la complexité assumée des choses avant le simplisme, la connaissance et la culture avant l’ignorance… Et cela est tout sauf de la naïveté, car il est plus difficile d’aimer son prochain que de le rejeter, plus difficile de penser que de répéter des slogans, plus difficile de voir clair en soi que d’assombrir la lumière de l’autre. Période pénible : jamais je crois je n’ai été plus en colère et irrité par la bêtise ambiante, et jamais je n’ai eu autant envie de déserter l’espace public, et pourtant… Il faut rester. Rester et tenter de témoigner de ce que, jour après jour, j’essaie de cultiver : une autre reliance au monde, le partage a priori d’un sentiment partageur de fraternité avec tout être humain quel qu’il soit, un émerveillement devant le vivant, une autre mise en perspective de l’existence humaine et du chemin de la conscience, la foi en l’altérité comme source d’enrichissement, une exploration des chemins intérieurs, les tentatives si difficiles de rendre un autre monde possible… Oui, rester et témoigner, envers et contre tout. Même si en ce moment, j’ai l’impression que des propositions comme les miennes semblent inaudibles. Alors, faut-il croire en la force du murmure, en l’incroyable puissance du doux, en la persévérance du filet d’eau que rien jamais ne peut arrêter… Une sorte de maquis sans arme, un ruissellement de ruisseaux convergeant vers l’océan. Peu d’autres choses à faire que de témoigner et faire preuve de ce que je suis et deviens au fil des jours et des années.

Et puisque je n’aime pas trop cultiver le triste sombre des jours ambiants, préférant chanter la magie du monde, juste une info (mais de taille !) : ce n’est pas le cerveau qui créé la conscience ! La conscience préexiste au cerveau et lui survit. Ce n’est pas un délire sous psychotrope, mais la résultante de centaines d’études scientifiques dans le monde entier. Pas encore une certitude telle que la science la définit dans ses protocoles, mais un faisceau de faits, d’études et d’indices si importants que la chose en devient certaine (As-tu entendu parler du rasoir d’Ockam ? C’est un principe selon lequel lorsque plusieurs hypothèses peuvent expliquer un phénomène, celle qui est la plus simple et qui appuie la plus grande partie des observations est jugée la plus plausible. C’est le cas ici). J’y reviendrai bien sûr (et en attendant, tu peux lire un livre d’Olivier Chambon aux éditions Tredaniel qui s’intitule : « Oser parler de la mort aux enfants – approche scientifique et spirituelle » qui t’en dira plus. Et encore, je parle de ce livre, mais il y en a des dizaines d’autres).

Pourquoi ce coq à l’âne dans le même texte ? Pourquoi ce passage de l’éreintement du monde à la question de la conscience ? Parce que le monde est à percevoir comme un fabuleux diffuseur de programmes télé. Il y en a des milliards. En ce moment, le monde dans lequel nous vivons a choisi d’en regarder un qui est bien abîmé. Mais cela veut-il dire que les autres programmes n’existeraient pas ou seraient faux ? Bien sûr que non. Et dans l’absolu, ils sont tous en partie vrais. Nous sommes branchés sur une seule et même fréquence jusqu’à l’écœurement, alors que des milliards d’autres fréquences sont à explorer. Nous sommes dans une sorte de transe qui ne nous fait voir qu’une minuscule partie du puzzle.

Alors oui, plus que jamais, il nous revient de continuer de témoigner que d’autres possibles existent, et qu’à défaut de les trouver dans un programme abscons il serait bon d’aller les chercher en ne faisant peut-être qu’un petit pas de côté vers un autre programme. Il nous revient de tout faire pour qu’un jour le programme malade qui domine en ce moment le monde meurt de sa belle mort en priant le ciel que, justement, il fasse le moins de morts possibles. Ce n’est pas gagné, mais a-t-on d’autres choix ?

J’écris de moins en moins sur ce blog. L’impression d’avoir fait le tour quand, par ailleurs, je ne perçois presque plus de retours de la part de ses lecteurs. Je suis investi sur de « nouveaux programmes » et je n’ai pas encore parfaitement trouvé les mots pour en parler. Il faut du temps pour parvenir à se formuler notre mission de vie. Il en faut tout autant pour le développer, l’incarner et le mettre en œuvre. Je ne suis plus le même qu’il y huit ans à l’ouverture de ce blog, et si semblable dans le même temps... Noël est, in fine, la fête d’une naissance -pour nous de ce côté du globe située tout au creux de l’hiver- (qui semble avoir oublié de venir cette année !). Et je souhaite qu’à l’occasion de cette fin d’année qui fut sans doute une des pires pour ce qui concerne notre vie collective, naissent de nouvelles et belles choses qui rendraient caduques les rengaines que l’on entend en ce moment un peu partout. Difficile, mais on peut toujours rêver… En tout cas, nous en sommes responsables…

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