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11/11/2015

De la grâce

Romualdas Rakauskas1.jpg

Photo : Romualdas Rakauskas

 

Rien ni personne, jamais, ne peut convoquer la grâce. Elle vient quand bon lui chante et repart quand elle le juge bon. Étymologiquement, la grâce est une faveur qui réjouit. On peut toujours demander une faveur, on ne l'obtiendra pas pour autant. La grâce passe et laisse dans son sillage comme une terre brûlée par la lumière. Par notre inexpérience à la faire résonner dans nos vies une fois partie, on se regorge de la nostalgie de son passage ; on ne se satisfait plus de l'apparente banalité des jours qui la suivent. La grâce passée devrait faire chanter ce qui lui succède, on ne sait que la regretter. Elle nous élève au plus haut ; nous n'en gardons que la chute.


J'ai connu, comme tout le monde je pense, de grands moments de grâce : des étés dont je me souviens, des corps qui fusionnent, la musique qui plane et semble soudain animée de sa vie propre, quelques textes, des moments pendant les contées, un grand nombre de voyages sur la Voie du tambour, l'assise silencieuse de zazen...
Il en va de la grâce comme de l'amour. Quand il prend fin, on ne consent qu'à en conserver la blessure et l'on peine à n'en garder que la lumière qu'il nous offrit. L'amour est une grâce qui vient sans qu'on ne le convoque et qui s'en va parfois à l'insu de nous.


J'ai connu grâce à l'amour de grands moments de grâce et j'en vis encore. Ai-je assez remercié pour ces instants ? Je ne le crois pas. Ai-je trop ressassé la souffrance de leur perte ? Oui, c'est bien possible.
Nous sommes des nostalgiques insatiables de la lumière perdue. Nous souffrons de ne pas la trouver, nous peinons qu'elle s'en soit allée. Pourtant, chaque moment de grâce qui nous advient est un cadeau de la vie que nous devrions chérir, justement parce qu'il ne peut durer, et que les motifs de sa venue nous échappent à tout jamais. Nous sommes par la grâce des visités, nous qui ne pouvons nous penser que comme visiteurs. « La Visitation » est un bien joli mot qu'il faudrait nettoyer de son sens tout fait.


Il nous revient d'apprendre à honorer le départ de la grâce comme nous le faisons de sa venue. Quand un ange passe, apprenons à lui dire « au revoir, à bientôt » et à faire chanter le souvenir lumineux qu'il nous laisse, plutôt qu'à hurler la peine de son éloignement.


L'amour qui nous traverse ne vient pas de nous. Il nous est offert. Il est une grâce qui s'en va quand sa vibration en nous peu à peu s’éteint. Oui, nous sommes des visiteurs visités auxquels tant de choses échappent. Parfois dans des culs de basses-fosses et parfois dans des orgies de lumière qui nous laissent en béatitude.


Apprenons la gratitude et la reconnaissance de ce qui est venu, plutôt que les regrets de ce qui s'en est allé. Acceptons l'éphémère de la beauté et de la grâce. Apprenons à chanter ce qui s'en va plutôt qu'à le pleurer. Honorons la grâce quand elle nous visite. Saluons-la bien bas quand elle s'en va en visiter un autre... 

Commentaires

C'est tout simplement magnifique! Merci infiniment.
Judith Carpentier-Dupont

Écrit par : Judith Carpentier-Dupont | 17/11/2015

Merci...
heureuse coïncidence, comme un lointain et doux écho.

Écrit par : Laurent | 26/01/2016

Les commentaires sont fermés.