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27/10/2015

Des pommes !

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Après une vision de ce type, impossible de se dire après "qu'espèce de courge" puisse être une insulte. Mais bien plutôt un compliment !

 

Au cours d’un voyage sur la Voie du tambour, il lui avait été soufflé de prendre une pomme dans sa main et d’écouter ce qu’elle avait à lui dire. Cela tombait bien, il était sur les terres de l’Émerveillée et en cet automne tardif et foisonnant, la nature regorgeait de fruits et de couleurs à en perdre la tête.

En contre-bas de la maison, il y avait un verger planté de quelques pommiers appartenant au voisin qui, trop âgé pour les cueillir, donnait les pommes à qui les ramasserait. L’herbe en était jonchée ; c’était pour faire du jus, peu importe qu’elles soient parfaites, et en à peine deux heures à deux, ils en ramassèrent 150 kilos. Seul un moment, en cette matinée d’automne si belle, il prit donc une pomme dans sa main droite tout en touchant le tronc de sa main gauche. Et ce qu’il sentit, c’est une immense bouffée d’amour. Il sentit l’amour de cet arbre et sa générosité ; toute son énergie, absolument toute, consacrée à produire des graines à profusion de manière à ce que la vie se perpétue au-delà de lui. Chaque graine, chaque fruit étant un cadeau de la vie à elle-même dans une sorte d‘abondance mirifique profitant à tous : chevreuils, oiseaux, insectes, hommes… Des kilos et des kilos de vitamines, de vie, de jus, de fruits à venir… Et en chaque pomme un condensé d’énergie colossale, un mini big-bang, un arbre entier en germe et des centaines de milliers de fruits à venir… Il en faut de l'amour pour produire tout cela...

Qui n’a jamais pressé des pommes ne peut savoir l’extraordinaire jouissance à voir ces litres et ces litres de jus couler. Une sorte de corne d’abondance infinie qui, somme toute, nécessite une technologie simple pas encore greffée d’intelligence numérique : un broyeur, une presse à main, quelques bacs, une machine à pasteuriser, quelques tuyaux aboutissant à quelques robinets d’où jaillit alors un jus doux, sucré et encore chaud. Un nectar, une quintessence de pomme. Il faudrait, oui, apprendre à nos enfants cette générosité de la nature envers nous, cette offrande accessible à qui simplement peut faire l’effort de se baisser, ces cycles du vivant si parfaitement synchronisés…

Le lendemain, le Voyageur et l’Émerveillée en ses terres sont partis faire une grande promenade dans les monts et vallées environnant. Une contrée encore préservée de la folie des hommes qui ont su y rester des jardiniers respectueux. Une longue descente sur un chemin de pierres serpentant vers une vallée en contrebas creusée par une rivière. Un endroit hors du monde, peuplé de chevreuils, d’oiseaux rares et de sources restées sauvages et libres. Au bout du chemin, une source réputée miraculeuse se jetant dans la rivière à proximité d’une chapelle construite pour honorer la source de ses bienfaits. Fatigue dans les jambes (le Voyageur est encore un homme des villes à l’activité plutôt sédentaire a contrario de l’Émerveillée qui elle, se déplace tel un cabri). Souffler, déposer dans la source quelques pierres pour les purifier, s’asseoir sur un muret de pierres, écouter le silence et le vent qui souffle. Sentir la paix descendre en soi, se réjouir des caresses des feuilles du noisetier tout autour de sa tête et de ses épaules comme un soin énergétique délibérément voulu par une conscience inconnue, poser ses mains sur la pierre et puis sentir en soi, comme il le voit lors de ses voyages au tambour, la présence d’une entité féminine, comme une sorte d’hologramme lumineux ayant forme de femme ondine, qui lui parle dans le secret du cœur. Un moment rare qui, mêlé aux soins du noisetier fut comme un rituel de guérison du cœur et de l’âme. Comme si quelque chose s’était ouvert en lui.

Quelques jours plus tôt, toujours accompagné de l’Émerveillée en ses terres, il avait eu l’occasion de rencontrer un homme venu de loin, et pour quelques jours seulement. Un de ces hommes encore à la source de la Voie du Tambour qui avait bien voulu le recevoir en consultation. De cette séance, il n'en dira rien ; certaines choses ayant obligation de silence pour faire leur œuvre dans le secret de l’âme. Simplement dire que cette rencontre fut une confirmation, une validation sans aucun doute, de ce qu’avait maintenant le Voyageur à vivre et à faire. Avant, il avait un travail à faire, maintenant il avait une mission. Une mission pour laquelle il se sentait prêt. Difficultés de langues différentes obligent, il ne savait pas exactement ce que cet homme avait fait. Tout juste savait-il ce qu’il avait dit grâce à une interprète. En tout cas, il sentait que des chemins et des espaces jusque-là obstinément fermés s’étaient ouverts en lui. Et les connexions avec la pomme, puis avec la fée de la source, en étaient la matérialisation.

Et comme parfois, la Vie vous permet d’éprouver dans les faits ce qu’elle vous murmure avec son langage à elle, en cette semaine dans ces terres du sud-ouest qu’il aime tant, le Voyageur eut à maintes reprises l’occasion de mettre en pratique ce pour quoi il était dorénavant fait. Un apprentissage dont le principal obstacle était le doute…

La nuit suivant la rencontre avec la fée de la source, ou celle d’avant, il ne sait plus, le Voyageur fit un rêve. Il rêva qu’il était un enfant dans un monde en crise, peut-être en guerre. Sa famille avait disparu et il était seul. Un homme alors s’approchait de lui, lui tendant une sorte de livre-coffret à la couverture blanche avec dessus comme des lettres brodées à la main, et lui disait :

- Dans ce livre, tu trouveras tout ce qu’il faut, clés, indications… pour te rendre en un appartement que nous avons trouvé pour toi et dans lequel tu pourras te cacher en attendant que tout cela se termine. Tu y seras en sécurité.

Le livre était beau, le moment solennel et l’enfant qu’il était prit le livre, ce qui mit fin au rêve.

A son réveil, le Voyageur reçut un moment ce rêve comme expression d’une angoisse à la limite du cauchemar. Puis, en parlant et réfléchissant, il finit par en comprendre le sens : en ce monde fou et désordonné, un homme qu’il ne connaissait pas lui avait remis les clés d’un lieu dans lequel il ne craindrait plus rien. Non pas un lieu uniquement pour se protéger, mais aussi un lieu pour accomplir ce qu’il avait à faire, sans crainte, même si le prix à payer était un éloignement de sa "famille" d'origine. Un lieu secret protégé de la folie du monde. Et « on » avait fait ça pour lui, comme un cadeau d’entre les mondes pour l’aider et l’inciter à faire ce qu’il avait à faire sans risquer d’être affecté par cette folie-là. Un cadeau en somme. Comme les pommes. Un livre dans lequel serait consigné ce dont le Voyageur avait besoin de savoir pour vivre, avec les clés d’accès à l’intérieur. Une transmission d’entre les mondes et dont le rêve serait le messager…Sur la voie du Tambour tout est don et contre-don, abondance pour celui qui donne et qui reçoit…

Des pommes, une fée, une rencontre venue d'ailleurs, un rêve, un livre magique, la possibilité d'exercer ce qu'il a à faire... L'automne est une saison féconde pour ceux qui savent s'y installer...

Commentaires

C'est beau et doux...

Écrit par : Yesa | 28/10/2015

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