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03/10/2015

équinoxe

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Cela était arrivé au Voyageur plusieurs fois : à chaque fois qu'il s'était retrouvé face à l'absolu évidence du merveilleux ou du miraculeux dans sa vie; il avait regimbé. C'est un paradoxe de l'être humain, qui aspire au merveilleux mais se refuse à y croire pour peu qu'il y soit confronté vraiment. On le sait prêt à croire à en effet à peu près n'importe quoi, mais lorsque arrive ce dont il a toujours rêvé il met alors en place tout un système de défenses, comme si l'important était de croire plutôt que de voir.

Comme conscient de la chose, ce qui se trame à notre insu a pourtant souvent l'obligeance de revenir par deux fois pour nous convaincre. Comme cette fois où après avoir battu les cartes du Tarot pendant plusieurs minutes, le Voyageur s'était retrouvé face à un jeu impeccablement rangé dans l'ordre numérique du 1 au 22. Sur le coup, il n'avait pas réussi à y croire, élaborant les hypothèses les plus improbables pour justifier la chose. Mais le lendemain, rebattant les cartes en faisant très attention à ce qu'il faisait, il s'était retrouvé à nouveau face à un jeu impeccablement classé, non pas du 1 au 22 -il faut savoir rester raisonnable-, mais du 6 au 22 ; ce qui est quand même là encore tout-à-fait improbable. Comme une façon de lui dire : bon d'accord, tu n'as pu y croire hier, mais là cette fois-ci tu ne pourras faire autrement.

Cette situation consistant à « ne pas vouloir croire à l'absolu évidence du miracle en attendant une preuve supplémentaire » lui était à nouveau arrivé il y a peu.

C'était un jour faste cumulant équinoxe d'automne et pleine lune, auxquelles s'ajoutait le lendemain une éclipse totale de lune. Le Voyageur était dans le royaume de l’Émerveillée en ses Terres, terres qui rarement avaient été aussi puissantes. Dernières profusions de l'été en ce début d'automne avant la plongée dans le noir blanchi de l'hiver, infinies variations des nuances de couleurs, été indien réchauffant pierres, bêtes et végétaux avant le froid à venir.

Était prévue le soir une rencontre de compagnonnage entre personnes sur la Voie du Tambour. Sur un terrain en esplanade de l'horizon avait été installé un cercle de pierres pour le grand feu du soir et le Voyageur en ce milieu d'après midi s'occupait à terminer l'installation du lieu en y apportant du bois. Il était prêt du cercle de pierres lorsqu'il entendit le premier cri. Reconnaissant un cri d'aigle, le cœur battant il leva la tête et vit alors, là, juste à la verticale du cercle de pierres TROIS aigles planant dans le ciel. Oui, pas un : trois ! Ils ont survolé le lieu, puis un est parti dans une direction et les deux autres dans une autre. Des aigles, le Voyageur en avait déjà vus, mais un seul à la fois ; pas trois...

Émerveillé, troublé, le Voyageur se sentit presque... déstabilisé. Cela était comme trop beau, trop évident, trop facile... Et pourtant le langage de la Vie à notre encontre est souvent simple. Une réunion sur la Voie du Tambour ? Elle envoie trois aigles en éclaireur comme une bénédiction de ce qui pourra s'y passer. Quoi de plus simple ?

Mais le Voyageur est un obtus malgré toutes les portes ouvertes en lui. Il ne se sentait pas d'accepter la chose dans sa simple évidence...

Là-dessus, les compagnons d'un soir se sont retrouvés autour du cercle de pierres et de son feu au milieu et se sont installés. C'était la toute fin de l'après-midi, la chaleur avait fait place en quelques instants à une fraîcheur obligeant aux pulls, et tous étaient déjà dans la magnificence et l'attente pleine et dense de ce moment de bascule sublime qui verrait à un coin de l'horizon le soleil se coucher dans sa flamboyance irradiescente, et de l'autre, énorme et basse sur l'horizon, la lune se lever. De là où ils étaient, ils pourraient voir les deux (1). Et c'est dans cette attente patiente et tranquille bercée par le chant du tambour qu'est arrivé le deuxième signe. A gauche du soleil se couchant, et alors qu'il n'avait pas plu depuis longtemps, un arc-en-ciel vertical est soudain apparu comme une preuve tangible de l'absolue évidence du miracle. « Oui, trois aigles sont bien venus cet après-midi et pour finir de te convaincre, o malheureux crédule sceptique, je t'offre cet arc-en-ciel »,

C'est à ce moment que ce qui restait de réserve et de doute dans le cœur du Voyageur s'est dissipé pour ainsi dire presque au même rythme que l'arc-en-ciel lui-même s'estompait, peu à peu englouti dans la rougeoyance du soleil couchant.

Dans le même temps, la lune est apparue, basse, énorme et ronde au-dessus des arbres, en ce jour où la longueur du jour était très exactement semblable à celle de la nuit. Plus tard, à l'ombre des confidences échangées on y verrait presque comme en plein jour.

Parfois, le Voyageur se disait que le travail qu'il lui revenait de faire pourrait peut-être se résumer à une seule chose : apprendre à accepter la présence des miracles au même titre qu'il acceptait la pluie qui tombe ou le soleil qui se couche. Car derrière cette acceptation, il y a la compréhension que tout est lié. Que les bête, les arbres, les herbes, les pierres et les âmes sont toutes reliées entre elles par un tissage dont nous ne percevons que quelques écheveaux épars s'effilochant au gré du vent...

 

(1) : voir photo de la bannière en haut !

Commentaires

que c'est beau de te voir prendre conscience ainsi des merveilles de notre existence. Je suis très émue.

Écrit par : Patricia Gaillard | 04/10/2015

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