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08/09/2015

de la lumière, de l'économie, de la Force et de ceux qui partent de chez eux...

Master of the Ingeborg Psalter c. 1205.jpg

Master of the Ingeborg psalter - 1205

 

Parfois, l'écriture est chose étrange. Je voulais faire un texte pour parler d'autre chose, et puis les projets de trois textes différents se sont mélangés... Au final, un texte qui passe sans doute du coq à l'âne mais qui me semble plus cohérent qu'il n'y parait...

 

Plutôt que de faire les choses pour espérer trouver une place dans la machine socio-économique, plutôt que de faire les choses en espérant des gratifications qui viendraient cajoler notre ego, il ne faudrait les faire que pour la lumière que l’on pourrait en recevoir.

Avant de revenir sur cette phrase -mais tout cela est plus lié qu’il n’y parait- Il y a une chose pour moi insupportable en ce moment qui est d’entendre sur la question de l’accueil des réfugiés –migrants (je n’ai pas envie d’entrer dans une querelle d’appellation)  cet item -proféré partout- qui consiste à dire : «  Oui, moi ça me touche ces gens en souffrance, mais que voulez-vous, nous sommes un pays en crise et appauvri et tout cela va nous coûter de l’argent et nous prendre des emplois, alors comment voulez-vous qu’on fasse ? » Outre que chacun de ces points pourrait être discuté un à un, ces propos reviennent à dire que le « discours sur la crise », ce discours économico-politico- social- a été à ce point rabâché et répété qu’il finit même par scrupuleusement écrabouiller l’élan moral le plus élémentaire. Normalement si tu vois quelqu’un se noyer en mer pendant tes vacances, tu ne te poses pas la question de savoir si ça va coûter cher à la collectivité. Tu fais ce que le minimum de morale exige et tu appelles les secours, ou, si tu t’en sens tu vas le chercher.

C’est un discours à ce point dominant qu’il est devenu une norme. Un nouveau credo. Un truc limite sectaire. On te bassine une réponse économico-social à propos de tout et n’importe quoi : la culture, l’humanitaire, la politique, le développement durable, le social : « mais nous sommes en crise, il n’y a pas d’argent ! Alors comprenez… Il faut que nous retrouvions de notre compétitivité ». Je ne supporte plus l’énoncé de ces simples mots. D’autant qu’on sait ce qu’il y a derrière. Comme par exemple le président de la FNSEA qui parle de ce fameux « retour à la compétitivité » ; mais si c’est pour foutre les paysans sur la paille, polluer les rivières, empuantir l’air à des kilomètres à la ronde, polluer les plages et les rivages, ne pas respecter le vivant, nous faire bouffer de la merde, appauvrir les paysans du tiers-monde, faire souffrir des millions d’animaux, dézinguer les abeilles et arracher les haies ; quel est l’intérêt ? Si, il y en a un : c’est que si les profits sont privés, la réparation de ces dégâts incommensurables est mutualisée, donc prise en charge par les impôts et la puissance publique. Calcul de dupes et foutage de gueule. Leurs plus-values nous coûtent très cher.(Bon, fin de l'agacement...)

Et si je reviens sur les premiers paragraphes de ce texte, ce que je voudrais poser c’est cette question-là : ça coûte combien individuellement et collectivement de perdre son humanité ? Ça coûte combien de se sentir minable par supposé esprit de réalisme ? Ça coûte combien de passer tout simplement à côté de soi-même, et, accessoirement, à côté de l'autre, son frère ?

Nous sommes la cinquième puissance économique au monde (ou la sixième apparemment depuis peu) mais nous sommes un des peuples les plus déprimés et pessimistes du monde. Parce que justement, nous ne faisons plus les choses pour la lumière qu’elle pourrait nous offrir, mais simplement pour espérer survivre comme un hamster dans sa roue encagée. L’amour est lumière, la fraternité, l’élan du cœur, l’amitié, la connexion avec le vivant, le fait de ressentir que nous faisons partie d’un tout et que nous en sommes indissociables, être généreux… tout cela, et bien d’autres choses, sont lumières. Des lumières qui ne produisent rien de palpable économiquement parlant mais qui justifient le fait que nous soyons vivants et que nous puissions envisagés d’être heureux.

« Vivre, c’est naître lentement » a écrit Saint-Exupéry. Cette phrase produit de la lumière, parce qu’elle produit de la conscience et qu’elle remet en perspective notre courte incarnation terrestre. Oui, nous sommes là pour naître lentement. Pour développer en nous des potentiels, des qualités, des prises de conscience, qui n’ont rien à voir avec cette intoxication économique dont on nous rabat les oreilles, même pour des choses aussi importantes et tragiques que des enfants mourant en mer. Chaque vie humaine est un chemin que l’on se construit au fur et à mesure, seul et avec les autres. Tous les autres. Il nous appartient de faire naître en nous cette part de merveilleux qui repose et qu’il convient de réveiller.

Nous sommes une société d’individus fatigués. Pas seulement parce que nous sommes sans cesse contraints, angoissés, apeurés, empêchés, par une logique systémique qui nous coupe de notre propre vitalité, mais aussi parce que dans notre manière de mener nos vies, nous n’utilisons pas notre Force. Ne pas pouvoir exprimer notre potentiel de vie est plus fatiguant que n’importe quoi d’autre. Car alors, nous passons notre vie à colmater ce qui ne demande qu’à surgir. La conscience est un surgissement ; et l’amour aussi. Faire en sorte de réaliser son potentiel, son pouvoir le plus intime et profond, ça, ça nous appartient encore.

Et c’est cela qui est si tragique dans cette histoire de migrants pour lesquels « on ne pourrait rien faire pour cause d’endettement et de chômage récurrent » ; c’est que ce discours-là vient justement éteindre notre propre lumière. Parce que derrière, il y a la honte, le renoncement, le dégoût de soi et donc celui de l’autre…

« Je suis fatigué de ne pas utiliser ma Force » (ou mon potentiel, ou mon pouvoir personnel, prends le mot que tu veux). Réfléchis là-dessus. Cherche ce qui vient l’entraver ; en toi et au-dehors. Parce que ne pas pouvoir exprimer pleinement et généreusement sa propre humanité en devenir, voilà qui est absolument et totalement destructeur…

Commentaires

"nous ne faisons plus les choses pour la lumière qu’elle pourrait nous offrir": mon cher filleul, bravo !! tu commences à dire des choses qui me font dire "ça j'aurais voulu le dire" !!! y'a pas, tu es un exemple frappant de métamorphose...

Écrit par : Patricia Gaillard | 04/10/2015

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