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18/08/2015

Le travail du coeur

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Un Bouddha en Thaïlande...

 

Bombes à Bangkok, à Bagdad, au Pakistan, énième massacre en Irak, folie meurtrière immonde de Daesh, attentats en série au Cameroun, plusieurs génocides répertoriés depuis cent ans… partout, partout, l’homme sème la mort.

Extinction massive d’espèces animales et végétales, épuisement des ressources, réchauffement climatique, destruction de la forêt primaire… Partout, partout, l’homme sème la désolation.

Pose de murs un peu partout dans le monde, frontières murées, migrants rejetés à la mer, haine des noirs, des arabes, des juifs, des roms, de l’autre… Partout, partout, l’homme sème la séparation, l’exclusion.

Tout se passe comme si l’être humain était possédé par une transe violente de laquelle, malgré la morale, la culture, les codes sociaux, il ne parvenait pas à se soustraire. Possédé par une ombre que l’on croit parfois refoulée mais qui revient toujours, par spasmes qui n’en finissent jamais. 

Si l’espèce humaine n’était pas dans cette transe, cela ferait longtemps qu’elle aurait décidé de mettre tous ses moyens (qui sont immenses) pour la faire cesser et passer à autre chose. Mais elle ne le fait pas. Et la seule question qui vaille serait alors : pourquoi ne le fait-elle pas ? Pourquoi ne décide t-elle pas de mettre tous les moyens d'éducation et d'éveil au service de ce but ? Si elle le voulait, elle le pourrait, mais elle ne le fait pas. Parce que ce fonctionnement pulsionnel entièrement construit sur le manque nourrit bien sûr tout un système économique et de pouvoir, bien sûr. Et parce que cela nécessiterait de passer pour chacun d'un stade de petit enfant capricieux coincé au stade anal vers un adulte plus autonome de ses choix qui, n'ayant plus besoin de rendre « l'autre » responsable de tous ses empêchements et de toutes ses frustrations n'aurait plus besoin de le haïr ou de vouloir le détruire. 

Finalement, la seule responsabilité qui nous incombe vraiment –individuellement et collectivement- serait de faire en sorte d’éradiquer de soi (et non de refouler ce qui serait pire) cette violence tapie que nous retournons régulièrement contre l’autre, nos proches, le groupe social d’en face, le voisin, le pays d’à côté, celui qui n’a pas les mêmes pratiques religieuses, la terre, le ciel, l’eau, les animaux…

Nous ne le faisons pas, tout simplement parce qu’il n’y a pas de violence sans peurs et sans blessures préalables, qui fonctionnent alors comme une matrice à spasmes et crispations.

Nous pouvons retourner les choses dans tous les sens : nous ne sommes en mesure de prendre en compte les besoins et les souffrances de l’autre –quel qu’il soit- qu’à la condition que nous parvenions, un tant soit peu, à nous mettre à sa place. C’est par ce léger glissement, un peu à côté de soi, que nous entrons dans l’acceptation de l’autre. « Ne fais pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse »  ne peut être entendu qu’à la condition que la souffrance causée à autrui puisse résonner en nous comme si nous étions à sa place

Éradiquer la racine de la violence en nous exige un travail de l’esprit, long, difficile et peu complaisant. Nous l’appellerons le « travail du cœur ». Car le Cœur n’est pas qu’un organe qui pompe le sang dans nos artères, il est aussi le siège de l’amour. L’antidote à la violence en soi, c’est l’empathie et la compassion qui sont des variantes de l’amour. 

Enfant, j’avais la conscience très forte que je ne pourrais jamais me mettre complètement à la place d’un autre. J’imaginais que chaque personne, au plus profond d’elle-même, attachait à elle-même autant d’importance que moi-même en accordait à ma personne. De ce fait, très jeune (et alors véritable éponge), je me suis entraîné à percevoir ce que pouvait ressentir l’autre et j’ai tenté –souvent sans succès- de ne pas lui faire subir de violence surgie de mes propres blessures intérieures. 

De ce travail de prise en compte empathique de l'autre en naît un autre : la nécessité de nettoyer en soi les scories, les ombres, les peurs… Pourquoi ? Parce qu’ils sont autant de filtres qui, d’une part, m’empêchent de percevoir l’autre dans son absolue singularité ; d’autre part, qui viennent obscurcir, opacifier, ma « mécanique du cœur ». Le cœur est une vibration qui peut être discordante, vibrante, harmonisée, désharmonisée, pleine, vide, ouverte, fermée, faible, forte, dense, légère, lourde… C’est par le Cœur que je suis en contact avec le monde, bien plus qu’avec mon appareil discursif. 

Bouddha a enseigné cela et bien des temples et cœurs éclairés continuent de le faire. Mais pour beaucoup d’êtres humains n'existent que leurs propres manques, leurs propres frustrations, leurs propres désirs qui deviennent alors des diktats. Et cette impression de se dissoudre dans un vide anxiogène s’ils devaient s’en éloigner. Parce que nos peurs à un moment, c’est ce qui nous structure. Que nous les perdions et alors nous ne sommes plus personne… 

Il faut apprendre à accepter ce vide-là. Nous sommes dans un monde qui remplit tout parce que terrorisé par le vide. La voie du Cœur (1) exige une franchise qui nous dénude. Nous devons apprendre à nous désencombrer de nous-mêmes. Non pas par simple plaisir de faire le ménage, mais parce que c’est là la seule solution pour faire entrer en nous un peu de lumière, et ce que nous appelons l’amour et qui est devenu un mot fourre-tout sur lequel nous avons beaucoup de mal à nous mettre d’accord. 

Quelles foutes blessures et frustrations faut-il pour s’imaginer que mettre une bombe en tuant nombre d’innocents va réparer quoi que ce soit du monde et faire avancer un tant soit peu ce que nous appelons nos « idées » et qui ne sont qu’un poison violent qui vient pourrir le monde ?

La question dès lors n’est pas : « qu’est ce tu penses ? » mais « à partir d'où tu le penses ». Les plus belles idées, les plus belles visions de société deviennent des tyrannies dès lors que ceux qui les professent n’ont pas suffisamment effectué en eux ce nettoyage du cœur. Comme certains qui militeraient pour la non-violence avec le cœur bouffi de haine contre ceux qui ne pensent pas comme eux. 

Il faut donc étudier la source de notre intention. La motivation profonde de nos actes.

Sur la voie du Tambour, hier, on me l’a dit, avec ce sens de la formule sans appel qui la caractérise : « Acquérir des pouvoirs, c’est facile ! Acquérir une renommée, c’est facile ! Mais acquérir un cœur propre, ça c’est autre chose ! » Nous devons apprendre à nettoyer notre cœur, à le polir. Nous devons d’abord commencer par nous changer nous-mêmes avant que de vouloir changer le monde. 

Certains objecteront que tout cela est bien beau mais qu’il faut parfois se battre, que la vie est aussi violence et rapports de force. Bien sûr ! Ils ont entièrement raison ! Ce que j’appelle « ce travail du Cœur » n’est pas un retrait du monde. Elle est une autre façon d’être en présence avec lui, de dialoguer avec lui. Par exemple, face à la mainmise des grandes multinationales sur le monde -et de la monétisation du monde qui va avec-, il nous revient de nous opposer et d’inventer des alternatives crédibles. Mais il nous revient de le faire à la condition de nous être posé cette question au préalable : « comment est mon cœur en ce combat ? Est-il bouffi de haine et de rancœur, ou bien alors est-il calme et tranquille ? » Nous devons être humbles, forts et tranquilles. Pleinement baignés de cette ascèse du cœur, tout autant que portés par la solidarité et la nécessité des combats…

Pour ma part, je sais maintenant que c’est le chemin qu’il me revient de faire maintenant : le nettoyage du cœur. S’entraîner à avoir le cœur propre. Alors tout le reste trouvera sa juste place… 

(1) : j'ai découvert après avoir écrit ce texte que « la voie du cœur » était un livre d'Arnaud Desjardins.

Commentaires

Puissant !

Écrit par : flo | 19/08/2015

PS : Quand j'étais petite je me demandais si les autres voyaient les objets et surtout les couleurs exactement de la même façon que moi....et je crois que je n'en serai jamais sure à 100 %

Écrit par : flo | 19/08/2015

Cette réflexion,méditation est très belle, très profonde...
Merci beaucoup Dominique...Vraiment...
Oui, c'est la chambre du coeur le véritable temple de la Présence...
Il est dit au livre de la Sagesse que Dieu, le Divin cherche parmi les hommes et les femmes de cette terre un lieu pour son repos ...
L'homme et la femme en paix dans le coeur profond sont demeure de Dieu...
Nous croyons chercher Dieu, alors que c'est lui qui inlassablement nous cherche...
Porter en nous comme le flambeau de la Présence d'Amour: une tendresse, une bienveillance, un pardon, une générosité,une patience, qui peuvent toucher chaque être en ce monde...Tout cela peut se vivre en communion avec le cosmos...Dans un ciel qui nous élargit, dans une terre qui nous enracine...

Écrit par : Caroline de Candia | 23/08/2015

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