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11/08/2015

Un jour pas comme les autres

 

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Photo : Sebastiao Salgado

 

Ce jour-là pour le Voyageur n'était pas un jour comme les autres, parce que ce jour-là, cela faisait très exactement un an, jour pour jour, que celle qui avait été la Tant Aimée était partie définitivement dans les contrées lointaines de ceux qui ne vous aiment plus.

Violent, abrupt, inenvisagé ; cela l'avait été, et même plus encore. Cela aurait pu le détruire (et il avait tant écrit dessus, qu'il n'avait pas trop envie d'y revenir) et comme tout le monde en ces circonstances il avait cherché alors des bouées de sauvetage auxquelles s'accrocher. Il en avait trouvées, bien plus nombreuses que prévu et, -bien plus que des bouées-, il avait aussi trouvé de nouveaux courants porteurs qui l'avaient déposé sur de nouveaux territoires inexplorés.

Mais sur le coup, cela avait été comme un accident de voiture. Juste avant tout va bien, et puis d'un coup, tout explose ; et, si l'on s'en sort, on se remémore ensuite pendant des jours et des nuits ce qui s'est passé, à quel moment cela aurait pu être évité, les gestes que nous n'avons pas faits, ceux que nous avons faits mais qui n'ont fait qu'aggraver la situation... Oui, pendant des jours et des nuits. Jusqu'à ce moment, miraculeux, où l'on décide de deux ou trois choses : un, constater que nous sommes vivants et que cela est un miracle ; deux, arrêter de vouloir comprendre le pourquoi du comment en acceptant qu'il y ait des choses qui puissent échapper à notre compréhension ; trois, décider qu'un tel accident ne peut advenir pour rien, et qu'obligatoirement il a eu lieu pour qu'il se passe quelque chose qui ne se serait pas passé sans lui.

Et le futur lui avait donné pleinement raison. Depuis, une autre flamme s'était allumée dans deux cœurs. Et puis, à l'occasion de ce séisme, s'étaient ouvertes en lui de grandes portes d'entrée par lesquelles la voie du Tambour avait pu faire son chemin, puissante et majestueuse.

Et sur ce chemin-là, la veille de cette journée anniversaire -l'être humain adore fixer des anniversaires pour tout-, une femme très ancienne et au faite de toutes les choses de l'amour, lui avait appris deux ou trois choses et lui en avait rappelé d'autres. 

-  « Oui, vois-tu, lui avait-elle dit, les grandes blessures d'amour doivent ouvrir le cœur, créer une béance, plutôt que de le fermer ; car c'est par là que rentre ensuite l'amour universel, inconditionnel. Tu as fait du chemin, une autre flamme s'est allumée depuis, mais il reste en toi un chagrin inconsolé. Et pour l'instant, tu dois vivre avec, car c'est par cette blessure qu'est entré, et continuera d'entrer, l'inenvisagé dans ta vie. Cette béance qui te fait si mal est aussi celle qui t'ouvre à nous, à la Voie du Tambour, à notre enseignement... Il faut donc que tu la remercies et pour cela, la meilleure manière est de poursuivre sur cette Voie du Tambour : la voie de la Présence, du Tambour et de l'Amour. Le reste n'est pas important. Il ne peut y avoir de guérisseur et de guérison s'il n'y a pas la Présence et l'Amour... Ta blessure et ta douleur sont sacrées ! Car, en étant sensible, tu es... vivant ! Seuls les morts ne ressentent et ne pensent rien. Tour ce qui t'arrive, tout ce que tu ressens, penses, reçois, donnes, est l'occasion d'une expérience : celle d'être vivant ! Et nous sommes en vie, juste pour honorer le Vivant, pour honorer la Vie. La Vie est un perpétuel cadeau à elle-même ! » 

Une vie est une traversée et il faut en aborder chaque instant comme un capitaine de bateau en territoire inconnu. Un jour mer trop calme, un autre une tempête, et à chaque fois .passer, traverser, avancer, attendre... stable sur ses jambes, l'esprit libre de saisir toutes les éventualités possibles. Et nos blessures comme zone de buvard pour se remplir du Monde... 

Plus tard, après une longue marche, sur la Voie du Tambour, le Voyageur reçut un dernier cadeau pour ce jour. Un vieil homme qui lui a expliqué -et fait ressentir dans la moindre de ses cellules- que tout était une seule et même conscience. Que tout résonne en elle, du plus petit acte au plus gigantesque. Que tout est lié en elle. Le pas du crabe sur la plage, l’irruption d'un volcan.. Tout résonne en elle, parce qu'elle est le moindre atome et parce qu'elle est dans le moindre atome ! Nous sommes dans cette conscience et nous sommes cette conscience. Nous sommes comme une bouteille d'eau ouverte plongée dans l'océan. Nous sommes à la fois la bouteille et l'océan. Le Un et le Tout.. 

Un an ce soir, oui, un an. Honorons nos blessures. Si elles ne nous brûlent pas le cœur, elles nous l'élargissent. Et quand le cœur s'élargit, l'âme respire pour autant. Et tout ce que nous élargissons en nous, résonne dans le monde. Aucun acte, aucun geste, aucune pensée qui n'aient pas d'échos. Tout interfère avec tout. Nous sommes Conscience et dans cette immensité, nos peines de cœur, nos manques, nos empêchements, nos peurs, nos maladies, nos chagrins, nos rêves, nos colères, nos forces, nos faiblesses sont comme autant de particules, autant de murs et de promesses, qui font vibrer le monde comme il va... 

Un an, jour pour jour. Le 11 août. Tous les ans. Le 11 août. J'honorerai la blessure qui m'a fait...

Commentaires

"Pendant des jours et des nuits ce qui s'est passé, à quel moment cela aurait pu être évité, les gestes que nous n'avons pas faits, ceux que nous avons faits mais qui n'ont fait qu'aggraver la situation... Oui, pendant des jours et des nuits. Jusqu'à ce moment, miraculeux, où l'on décide de deux ou trois choses.... "
Le temps de laisser ces deux ou trois choses émerger de la boue de soi et devenir des évidences.... Un an c'est très peu et c'est déjà beaucoup aussi.

Écrit par : Tanakia | 12/08/2015

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