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31/05/2015

Le jeu sacré : retour d'âme assuré

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Brassaï : la cartomancienne

 

Nous vivons entourés de continents oubliés, de froissements d'icebergs en des mers inconnues.

Dans cet inconnu incertain, nous avançons, éclairés de la lanterne de nos compréhensions antérieures. C'est une exploration sans fin parce que située dans des mondes infinis que nous découvrons au fur et à mesure.

Ainsi, au tout début de mon travail de conteur, avais-je présenté les contes comme « des créatures douces, chaudes et vivantes qui nous aident à grandir ». Je le dis toujours. Mais il me plaît d'avoir eu la prescience que toute chose est vivante et interagit de manière dynamique avec ce qui l'entoure et même au delà...

Et puisque toute chose est vivante et est comme une créature habitant le monde, ainsi en va t-il de l'âme en nous. Oui, l'âme nous habite et vit par nous et en nous. Elle est en nous et au-delà de nous, toutes les âmes -peut-être, mais il me plaît de le penser- étant ensuite reliées en un tout qui nous dépasse et nous englobe. Oui, nous portons en nous, une entité, une chose, une créature, un esprit que nous appelons l'âme et qui est ce que nous avons de plus précieux parce qu'elle est notre authentique, notre vérité la plus parfaitement réalisée. Parfois elle est malade. Parce que nous nous en occupons mal, parce qu'elle a souffert, parce que l'écosystème dans laquelle on la fait vivre n'est pas fécond. Et je sais maintenant que les âmes peuvent se rencontrer et être soignées. Certains disent aussi qu'une partie d'elles nous survit...

Là où j'en suis de ma vie, il me semble que le travail de l'âme est la seule chose importante. Non pas nos discussions souvent mondaines, non pas ce que nous pensons, le travail que nous faisons, le monde comme il va (mal, ça tout le monde le sait !), nos egos arrogants et mal menés ; non, l'âme. Simplement l'âme.

Il est possible en une fraction de secondes de voir en chacun la nature du lien qui le relie à la sienne.

Oui, l'âme est comme une magnifique créature chaude, immense et sensible qui attend en des royaumes inconnus que nous la retrouvions et que nous entamions avec elle un chemin vers les étoiles. Nourris-la et elle te le rendra au centuple. Et notre corps et ce que nous sommes sont un temple dans lequel elle a vocation à s’épanouir.

Les âmes niées souffrent et s'étiolent à attendre. Nous vivons dans un monde trop souvent sans âme. Un monde trop souvent mort. Et je sais maintenant, que ce que j'ai à faire -profondément- est de réenchanter le monde. C'est pour cela que je suis conteur, écrivain, musicien, tarologue, apprenti guérisseur d'âmes : pour réenchanter le monde. Je me sais passeur -modeste- entre les mondes, celui qui contribuera à faire réentendre le chant des arbres, des plantes et du vivant en ce monde coupé de tout. Que le travail soit immense, certes, mais chacun à sa mesure brodera le motif. Et plus notre monde sera sombre et anxiogène plus il conviendra de rappeler cette exigence des âmes qui attendent...

Hier, j'ai vécu une expérience tout autant étonnante que bouleversante.

Avec d'autres collègues, nous organisons dans la ville pour laquelle je travaille une grande fête qui a lieu une fois par an et qui avait donc lieu hier. C'est une fête qui essaie de mêler l’événementiel des grandes fêtes de villes (près et peut-être même plus de 3 000 personnes hier) avec des aspects plus merveilleux et plus légendaires. Une sorte de mouton à cinq pattes qui semble plutôt pas trop mal fonctionner. Dans le cadre de celle d'hier, nous avions imaginé -le thème en étant « les rêves »- une caravane dans laquelle serait installé un interprète de rêves. Une sorte de décalque ludique des madames Irma, un entre-sort forain, jouant sur les codes de la fête foraine et les détournant légèrement dans la mesure où il s'agissait d'apporter des réponses étayées aux rêves racontés.

Pour ce faire, j'avais demandé à une grande amie conteuse (une Marraine qui plus est) de jouer ce rôle. Mais, sombre coup du sort, un problème de santé l'a contrainte à annuler sa participation à la veille de sa prestation. Je me suis donc retrouvé à la remplacer au pied levé...

Costumé, dans la peau de mon personnage, une sorte de mage de pacotille dénommé « Siloë l'Onirocrite, aidé d'une assistante faisant la jonction avec le dehors du nom d'Ophélia (dire que nous nous sommes tous les deux bien amusé serait un euphémisme), j'ai donc commencé à recevoir des personnes en consultation « pour rire ». J'avais inventé tout un rituel, avec introduction légèrement cérémonielle avec fermeture d'un rideau rouge, tambour, protocole de prise de paroles, conclusion avec une carte de Tarot commentée... Cela aurait du être une douce rigolade sur une après-midi entière... Sauf que... Au bout de deux minutes, nous nous retrouvions, consultants et mage, au cœur même de la vie humaine comme elle va, et que jamais de toute ma vie, tout au long de de ces presque quatre heures de consultations non stop et sans doute pas loin de 25 personnes, je n'ai reçu autant de paroles profondes, sincères et intimes. C'était bouleversant et beau. Cette femme veuve depuis peu, cette adolescente parlant du cancer de sa mère, cette autre parlant de sa découverte du désir, ces adolescents un peu bravaches en entrant et exprimant soudainement leurs élans du cœur les plus personnels, cette jeune femme survivante d'un grave accident de voiture et ayant peur qu'un autre ne survienne, cette petite fille parlant des fées, cette femme rêvant d'une petit maison à sa retraite au bord de la mer, ce jeune garçon footballeur de talent ayant peur quand des grands clubs viennent le voir jouer, cette femme prisonnière d'un travail qui ne lui convient plus... C'était beau, profond, tellement vrai et puissant ! Et moi je me laissais guider, j'écoutais, je répondais, j'aidais, j'éclairais. Et rarement de toute ma vie je me suis senti autant « à ma place » et légitime dans ce que je faisais et répondais. Et Ophélia l'assistante de me faire remarquer que les personnes sortaient différentes qu'en entrant...

Comment en quelques minutes pouvions-nous entrer dans une telle intimité et une telle confiance ? Je crois que cela tenait au dispositif. Je n'étais ni psy, ni éducateur, ni tarologue, ni prof ; j'étais juste une sorte de bouffon qui faisait que du coup, les personnes ne « risquaient rien ». C'était juste un jeu. Un moment de quelques minutes sans engagements, sans suite, sans argent, sans obligation.

Sans le savoir, nous avons réinventé ce que Jodorowsky appellerait une sorte de « tricherie sacrée ». Une fonction du « bouffon sacré », la réunion dans le Tarot du Mat et du Bateleur.

L’Émerveillée en ses Terres me fait souvent remarquer que selon elle je suis un guérisseur qui s'ignore. Par peur camouflée d'une légère fausse modestie, j'ai tendance à éluder. Mais après hier je m'avoue vraiment troublé.

Un bouffon sacré guérisseur d'âme parcourant les marchés avec sa caravane, aidé d'une assistante tout autant finaude que zélée, et recevant par monts et par vaux les confidences les plus rares, guidé par une magique étoile l'aidant à trouver les mots justes et bons et faisant en sorte que chacun ressorte de cette prosaïque caravane le cœur allégé et l'âme heureuse que l'on se soit occupé d'elle.

Une nouvelle vie à réinventer... Et quelques âmes qui exultent...

Commentaires

Que du bonheur à lire çà ! Apporter de la légèreté aux âmes en sachant rester léger, un double cadeau ...

Écrit par : amiedesmots | 31/05/2015

Et voilà comment le gardien d'un beau trésor en vînt à faire le Lien entre ses découvertes récentes et le trésor qu'il gardait depuis tant d'année....
Instant de grâce....

Écrit par : Flo | 31/05/2015

Excellent !
Et en plus, cela rejoint quelques-unes de mes expériences...
j'ai souvent constaté que, par le "jeu" et le "non-sérieux", on pouvait toucher à l'essentiel...

Comme si le fait d'y aller "directement" effrayait...et qu'il faille prendre un détour...passer par le "gratuit"...

Merci à toi pour ce très bel article...

Écrit par : La Licorne | 31/05/2015

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