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16/01/2015

"Reboiser l'âme humaine" disait-il

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Madonna Filippo Lippi (Détail)

 

Ainsi donc, lorsque trois fous inondèrent d’un sang qu’il aimait tant les écrans radars de son monde, le Voyageur était-il loin, là-bas dans les terres du Sud-ouest, occupé à reverdir son âme, à faire refleurir son cœur et à terminer un livre.

Curieuse expérience que de vivre comme à distance ce mélange d’effroi, de peur, de sidération et de colère. En ces Terres de Là-bas, il n’avait pas -ou si peu- de connexion internet, écoutait très peu la radio, et la télévision ne fut allumée qu’une fois, le soir-même de cette tuerie sidérante.

C’est en rentrant le dimanche qu’écoutant la radio dans sa voiture, il prit la juste mesure de l’onde de choc de cette tuerie et que, seul dans sa voiture, il put mesurer –enfin ! serait-il tenté de dire- ce qu’étaient des millions de personnes qui découvraient soudain qu’ils étaient un peuple.

Il put voir aussi comment, dès ce dimanche, certains –dont des amis à lui- rechignaient déjà à cet élan collectif sous toutes formes de raisons, préférant dès lors la logique d’empêchement à celle d’opportunité. Et le Voyageur s’est dit alors que c’était entre autre cela qui nous éteignaient tant et tant, pendant qu’à côté des dingues fourbissent leurs armes ; c’était cette peur panique de la récupération, du non cohérent, d’une concession faite à qui que ce soit, alors, qu’il convient, parfois, juste de lâcher un peu et de se dire qu’un peuple et une nation sont nécessairement composés de sensibilités très différentes, voire opposées, dont il convient parfois de faire fi. Parce qu’à cette occasion, il s’était fait la réflexion –et ça lui avait fait bizarre- qu’il était de fait plus proche d’un Nicolas Sarkozy que des dingues de Daesh et qu’il convenait parfois de le rappeler…

Ce drame, ce flot de sang sur nos consciences, nous oblige à l’intelligence et il faudra des jours et des jours pour trouver les bonnes réponses, c’est-à-dire, celles qui ne nous feront pas devenir comme eux, qui feront en sorte qu’un jeune homme ou une jeune femme perdus en notre pays ne finissent pas par se convaincre que faire le Djiad est la seule issue possible, simplement parce que le discours pyscho morbide qui leur sera proposé ne prendra plus ; qui feront que nos hommes politiques cesseront de cliver la société française par stratégie électorale, qui feront que les artistes et les penseurs seront à nouveau audibles (et pas que dans les derniers cercles de la république), qui feront que le fait religieux continuera de vivre en plein accord avec les lois de la république, qui feront que la police sera utilisée à autre chose qu’à tuer (même sans intention de le faire) un jeune homme pacifiste et désarmé sur un site de travaux, mais utilisée à ce qui fait sa grandeur (ainsi avait-il appris que lors de l’assaut à l’intérieur du supermarché à Vincennes, les policiers qui y sont entrés savaient que le preneur d’otages disposait d’engins explosifs mais qu’ils ne savaient pas s’ils avaient été enclenchés ou pas…). Qui feront que les français musulmans et que les musulmans dans leur ensemble ne seront pas rendus responsables des délires d’autres personnes avec lesquelles ils n’ont rien à voir. Qui feront que beaucoup, y compris des français bon teint, arrêteront de délirer sur la supposée emprise juive sur le monde. Qui feront que nous arrêterons de considérer les jeunes issus de l’immigration non pas comme des dangers potentiels mais comme une ressource, et surtout, qui feront qu’après des années d’amnésie nonchalante, chacun et chacune, se rebougera un peu les fesses et se sentira à son niveau responsable de la part de république dont il est dépositaire et recommence par la même occasion à penser.

Nous vivons dans un monde tellement désenchanté, que n’importe quel rêve -même sanguinaire- peut apparaitre comme digne d’intérêt. Il y a donc urgence à réenchanter le monde. A redire que si le monde est injuste et cruel, la Vie est extraordinairement belle ; et c’est cela qu’il faut réapprendre à nos enfants. Oui, comme le disait Julos Beaucarne en une lettre qui reste pour le Voyageur comme une des plus belles choses jamais écrite, il faut « reboiser l’âme humaine ». Parce que les intégristes de tous poils détestent au moins trois choses : le sexe, l’humour et la joie, c’est-à-dire la Vie. Il faut donc réinsuffler celle-ci dans des imaginaires morts d’avoir été nourris que par des cauchemars et des peurs  Il faut reparler de beauté et d’amour. Il faut reparler de bienveillance et de tolérance. Il faut réensemencer nos imaginaires malades d’herbes douces en autant d’éco systèmes florissants. Il faut reparler tout simplement. Il faut se reparler. Reparler aussi politique mais loin de la caricature ambiante. Il faut reparler histoire et d’histoires. Il faut que arrêtions de vouloir vivre planqués et peinards et que nous acceptions que nous pouvons être pour chacun porteur d’une lumière, d’un élan et d’une curiosité qui contribuera à rallumer quelques bougies dans l’obscurité de certains cœurs meurtris…

Et puisqu’il est question de réenchanter le monde, et puisque telle est la mission du Voyageur, il lui revient de partager un émerveillement vécu pas plus tard qu’avant-hier. Car oui, il faut absolument que le voile noir soulevé la semaine dernière ne vienne pas obscurcir notre capacité à être pleinement vivants.

Ainsi, après ses étirements et sa séance de zazen, le Voyageur comme tous les matins faisait son tirage de Tarot de la journée. Il était assis sur un coussin et comme tous les matins battait les cartes ; longtemps, environ deux à trois minutes.

Pendant ce temps juste bercé par le bruit des cartes glissant les unes contre les autres, il a soudain ressenti une émotion très forte –inexplicable-  et a comme entendu en lui la phrase suivante :

- Aujourd’hui, tu vas voir en t’a préparé une surprise !

Puis, comme tous les matins, il a dans une intention particulière retenu une des cartes, puis  celle sur le dessus du paquet. Il les a posées, puis retournées. C’était pour lui, le tirage parfait : le Monde et l’Etoile. Il a fait la translation numérique (21 + 17 = 38, soit 11 la Force), puis a pris le paquet de cartes pour y chercher cet arcane. Il l’a fait, comme on le fait toujours : il a ouvert le jeu en éventail pour mieux voir et a laissé glisser ses yeux sur le jeu… 1, 2, 3, 4…

- Tiens, le jeu est rangé numériquement dans le bon ordre au début, c’est drôle !

5, 6, 7, 8, …18, 19, 20… Jusqu’à ce que soudain il comprenne qu’après plus de deux minutes de battage du jeu, celui-ci était parfaitement rangé dans son ordre numérique !

Et sur le coup, il a eu peur. Il jure qu’il a été saisi d’un effroi devant une situation qui d’un point de vue statistique est pour ainsi dire impossible à l’échelle d’une seule vie. Un effroi merveilleux très vite suivi d’un doute : « et si je les avais bien rangées après avoir tiré les deux cartes puis avait oublié l’avoir fait ? ».

Ainsi, toute la journée a-t’ il douté. Avait-il assisté à une sorte de miracle, ou bien perdait-il la tête au point d’avoir oublié de les avoir rangées ? Une amie, l’Emerveillée en ces Terres, lui avait répondu qu’elle pensait que cela s’était vraiment produit en raison de l’émotion particulière ressentie pendant le battage des cartes. Oui, toute la journée, il fut dans une sorte d’état particulier ; entre deux… On ne reste pas intact lorsque l’on est à cette exacte ligne de fuite entre le miracle et la déraison !

La réponse lui fut donnée le lendemain matin de la plus incroyable des façons.

Parce qu’alors, il a battu les cartes, longtemps. Il en a choisi deux. A fait la translation numérique pour obtenir la troisième. A pris le paquet pour la chercher, concentré sur tout ce qui se passait. Et il a vu.

Vu que non, le jeu n’était pas impeccablement rangé de 0 à 21 comme la veille, mais était parfaitement rangé en deux séries sur l’éventail. A gauche de 0 à 8, et à droite de 9 à 21. C’est-à-dire un autre résultat tout aussi insensé en termes de probabilités ! Comme une façon de dire :

- Bon, on ne va pas te refaire le coup d’hier, parce que quand même, il y a des limites, mais on va quand même te donner une preuve que tu n’as pas déliré. Et la prochaine fois, tu croiras en ce que tu vois…

Oui, en ces temps sombres, il importe de rappeler que nous sommes baignés de merveilles, mais tellement usés que lorsqu’une se présente à nous, nous refusons d’y croire ou de la voir. Pour sa part, le Voyageur savait qu’il avait ceci à apprendre : avoir la foi dans la merveillosité aimante de la Vie et accepter que parfois certaines choses lui échappent.

Et il se dit que oui, si ces trois pauvres types sanguinaires qui avaient –entre autre- commis le premier massacre d’humoristes de l’histoire avaient accepté l’idée que des petits miracles étaient à leurs portées sans qu’il soit nécessaire de passer par un dogme ressassé par cœur et de déléguer toute raison à des fous machiavéliques les manipulant, peut-être, peut-être ; il dit bien « peut-être », ne se seraient-ils pas persuadés qu’il fallait qu’ils tuent pour se sentir vivre.. et mourir.

Oui, il faut apprendre à réenchanter les consciences dans les mêmes temps où nous mènerons une guerre. Une guerre d’arme à arme quand il le faut malheureusement, et une guerre de l’intelligence contre la surdité du cœur et de l’esprit. Des millions de petites lueurs contre l’aveuglement mortifère d’intégristes de toutes obédiences.

Commentaires

Merci Dominique... réenchantons.

Écrit par : Françoise | 16/01/2015

la voie du milieu, où je te reconnais bien...

Écrit par : Patricia Gaillard | 11/02/2015

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