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18/11/2014

Homme-graine, toujours tu chériras la terre... et le ciel !

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Ami, un jour peut-être, feras-tu l’expérience d’être graine. Tu te laisseras, toi Homme, tomber jusqu’à la terre, tu t’y enfouiras, percevant les odeurs, la terre contre ta peau, le froid, le chaud, l’humide… Tu t’y rouleras voluptueusement, tu rétréciras jusqu’à devenir un point minuscule, un germe, une graine. Peu à peu, la lumière disparaîtra. Tu feras connaissance alors avec l’obscurité de la terre, l’obscurité de l’enfoui ; là où la lumière ne passe plus ; privé de la vue et de l’ouïe, tu ne seras plus que surface de contact et d’échanges, membrane poreuse, puissance potentielle infinie. Tu te laisseras descendre de plus en plus profond et tu découvriras l’attente immobile, le temps qui passe en un infini qui s’étire. Tu n’auras plus d’égo, plus de volonté ; juste la force inextinguible du vivant qui n’a besoin que de croître envers et contre tout, que de retrouver le vent et la lumière, et puis de mourir pour redevenir graine, puis croissance à nouveau.

Alors, quand tu auras atteint ce point d’extrême concentration, quand tu ne seras plus que cette petite boule déposée au hasard du monde, tu découvriras quelque chose de stupéfiant. Tu découvriras que la graine sans son environnement n’est rien et n’a aucun avenir. Rien.

Oui, exactement : rien. Plus aucune promesse de devenir, plus aucun potentiel à réaliser. Car sans les nutriments qui la baignent, sans l’eau qui l’hydrate, sans cet écosystème extraordinairement complexe et élaboré au fil des siècles, la graine meurt. Elle ne peut exister que par ces milliers d’interactions avec son environnement qui la nourrissent et lui permettent de croître et d’amorcer sa poussée vers le haut. Elle ne peut croître que dans cette immersion matricielle qui la nourrit. Et veux-tu l’entendre ? Tout ce grandiose et petit monde se remercie depuis l’aube des temps et pour une éternité encore…

La graine, en partie, se décompose dans cette obscurité du monde. Il ne peut y avoir de gestation sans obscurité. La lumière viendra plus tard, comme une explosion chantant le passage vers un nouveau cycle, une nouvelle matrice, une métamorphose. Pour l’instant, la graine est encore sous terre, un germe déchire sa membrane comme une promesse en devenir, se meut vers le haut selon un savoir que nous ne connaissons pas encore. Et puis, enfin, la lumière ; à l’osmose noire avec la terre, au contact de membrane à terreau, succèdent le vent et la lumière. La graine ne perd pas son enracinement dans la terre ; elle ne le perdra jamais, même- et surtout- quand l’arbre qu’elle sera devenue pèsera plusieurs centaines de tonnes et touchera la cime du ciel. Simplement, désormais, elle sera de deux mondes : du monde de l’obscur et du compact et de celui de la lumière et du fluide ; vent, pluie et énergie du ciel. Et ces deux mondes-là, qui jusqu’au bout la nourriront sans fin, avant que morte ce qu’elle sera devenue ne les nourrisse à son tour, elle les réunira en une osmose jouissive, orgasmique, chantant la simple joie d’être et de vivre.

Entre les deux, comme un pont les reliant, la tige et puis le tronc. Solidité de ce qui soutient ; invisible de ce qui nourrit : lumière, sédiments, chlorophylle, chimie du vivant, physique de toute forme. La graine est potentiel dans l’invisible de l’obscur enfoui, poussée vers le haut d’une puissance inouïe, verticalité vers la lumière, souplesse s’abandonnant au vent. Elle est d’au moins trois mondes et des quatre éléments : air, terre, eau, feu.

Ce qu’elle est, ce qu’elle devient, pas une micro seconde ne sont, ne serait-ce qu’une seule fois, coupés de ce qui la baigne et la nourrit. Elle ne peut vivre qu’ainsi : reliée, immergée, imprégnée, baignée, traversée, irradiée, ondoyée…

Alors, toi Homme, devenu graine, puis germe, puis brindille fragile, puis arbre ; toi ayant refait en ta moindre cellule, ce processus universel ; percevant tes racines se déployant profond sous la voûte de tes pieds jusqu’au centre de la terre, sentant ton corps droit -pont entre terre et ciel, incarnant ta cime et tes branches en une exaltation de lumière reçue et dansant avec le vent jusqu’aux fin-fonds du ciel ; alors, tu comprendras. Tu comprendras ontologiquement, définitivement, que tu es dans ton monde d’homme comme graine dans la terre et arbre dans le ciel.

Que comme la graine nourrie de la terre qui l’enserre, tu respires par ta peau, que tout autour de toi : lumière, air, eau… te sont nourriture et nutriments pour grandir. Que tu es baigné et parcouru d’énergies venues du bas comme du très haut. Et que sans cet environnement que tu as méconnu presque toute ta vie, tu n’aurais aucune chance de survivre. Ainsi, es-tu interagi en permanence ; la vie qui est en toi, t’as été donnée et ce que tu appelles « je » n’y est absolument pour rien. Ton « je » a juste pour mission de faire prospérer et croître la graine qu’il représente afin que la vie dont il est dépositaire ait matière à réjouissances.

L’homme est pont entre ciel et terre ; il a besoin pour vivre tout autant de nutriments que de lumière. Il est un potentiel surgi de la terre pour bondir vers l’éternité du ciel. Certains disent qu’il a été déposé dans la matrice du corps par un principe plus grand que lui et qu’il ne connaît pas… Il est corps et lumière. Matière et particules. Il est une matrice de possibles, un athanor qui se doit d’apprendre à concilier terre et ciel en lui. Et plus il s’élève plus il doit s’ancrer. Et plus il s’ancre plus il se doit de s’élever. La Vie est croissance sans fin, dans toutes les directions et dans tous les possibles, et la conscience aussi. L’Homme se pense seul alors que tout autour de lui le nourrit et le porte. Il est immergé dans un océan d’amour et de dons auxquels il reste trop souvent et désespérément sourd.

Marchant, tu peux te sentir comme un nageur dans un océan de cadeaux qui le nourrissent. L’air que tu traverses, les énergies qui te rencontrent, sont comme la terre pour la graine ou l’eau pour la créature marine. Tu es relié au monde par l’air que tu respires, par l’eau que tu bois, par le légume ou la viande que tu manges, par le sol sur lequel tu poses tes pieds, et, d’un point de vue plus subtil, par tout un réseau d’intentions et de pensées qui un jour finissent par prendre corps.

Ainsi, peu à peu, la graine que tu es est-elle bouleversée de prendre conscience de l’infini de ce qui la porte et la nourrit, elle qui s’épuisait à se sentir si seule. Et se connectant à ce principe de dons reçus, elle peut enfin accomplir ce pour quoi elle est faite : croître, grandir, pousser vers la lumière et faire se rejoindre en un élan de vie l’obscurité du sol et la lumière du ciel… Elle, ce qui la baigne et quelques esprits bienveillants qui l’éclairent…

Et c’est peu de dire alors, à quel point de ce moment de bascule, la perception du monde et du vivant change. Chaque parcelle de terre, chaque arbre, chaque brin d’herbe, chaque particule de ciel, deviennent pierres précieuses et présences amies. La Terre-mère n’est plus un mot mais une compréhension profonde. Relié à eux, nourri d’eux, conscient de ta responsabilité d’honorer la vie qui t’a été donnée en partage, tu entres dans une autre dimension de l’âme et du cœur. Redevable de tout mais réceptacle de tous les miracles…

Commentaires

Magnifique texte, et qui a le mérite de nous rappeler notre dépendance à l'environnement, c'est à dire à l'univers. Merci.

Écrit par : Françoise Gabriel | 26/11/2014

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