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08/10/2014

Aller au désert et écouter les bêtes

Saint Marc et le Lion.jpg

Mark the Evangelist with the lion. (XIV siècle)

 

Suite à un accident d'amour, la Vie m'a envoyé au désert. Au début, il y avait des bêtes menaçantes rodant dans la pénombre. J'ai allumé des feux et elles se sont éloignées. Parfois, elles reviennent et j'ai compris qu'il ne fallait jamais laisser les foyers s'éteindre. J'ai aussi appris à crier fort pour les faire fuir.

Le désert est le lieu de tous les dénuements et de toutes les révélations. Il te brûle la peau et te blanchit les os. Dans ce désert de l'âme le moindre événement fait sens. J'apprends à écouter les quelques arbres, l'eau qui coule, ce qui me disent les bêtes, ce que me murmure la voix du tambour...

Nous vivons une époque qui a rendu le monde muet à force de bruit. Pourtant, à qui sait l'entendre le monde n'est que bruissements et la solitude n'existe que de façon relative. J'écoute les voix du silence et c'est comme un gigantesque brouhaha jusqu'au fin-fond de l'horizon. Dans ce désert, j'apprends à écouter les voix du monde. Elles me guident et m'enseignent. Homme-arbre, j'apprends à développer mes racines en me laissant agiter par le vent. Je pose mon front sur le museau de quelques bêtes sauvages. Je suis un ermite vivant dans une solitude saturée de présences.

Je sais maintenant que lorsque nous sommes perdus, la meilleure chose est de taire notre tumulte intérieur pour écouter ce que la Vie nous murmure. Depuis cet accident d'amour, la Vie a été très douce et très généreuse avec moi, comme si elle ressentait la nécessité de me faire comprendre que ce qu'elle avait fait n'était pas que pour me nuire, mais était avant tout une manière abrupte de me remettre sur mon chemin. J'ai reçu quelques très beaux cadeaux, j'ai rencontré quelques belles âmes -dont une en train de devenir une étoile, je me suis dépouillé de quelques kilos (six), de quelques illusions et croyances, je suis né au monde à nouveau et je porte en moi un embryon dont je suis seul responsable.

Les étoiles conspirent en silence à des achèvements d'aube à vous laver le cœur.

Et pourtant, ma vie est remplie comme un œuf. Je me lève à 6 heures, je déjeune et me lave, je fais une demie-heure de gym et d'étirements, quinze minutes de zazen, puis j'apprends à prier, je tire le Tarot et je pars travailler. J'ai beaucoup de travail, je m'occupe d'une équipe de près de quinze personnes ; rien qu'aujourd'hui j'ai remis à mon employeur un projet culturel et un cahier des charges. J'ai plusieurs réunions par jour. Quand je rentre le soir, je refais un quart d'heure de zazen, puis j'enfourche le cheval-tambour. Et comme Ceux qui Parlent parlent par ma bouche, j'enregistre ; et le lendemain midi, je passe chaque jour une heure à retranscrire par écrit ce qui m'a été dit la veille. Je suis comme un étudiant. Chaque soir je vais recevoir mon enseignement et puis je fais mes devoirs. J'ai en cours l'écriture de deux livres, je lance mon activité de Tarot chamanique (le site a été mis en ligne ce soir), je joue de la guitare, je répète mes spectacles, j'écris mes textes...

C'est un désert tout relatif, tu vois. Mais un désert quand même. Je vis seul, mais entouré d'amis et de présences qui font que je ne me sens jamais seul. Parfois triste ou en colère, oui. Mais seul, jamais.

Je suis convalescent, et en ce désert, je réapprends à vivre. Je suis comme une plaque sensible, je me dépouille de mes couches empilées pour résonner avec le vent ; et comme les feuilles de l'arbre, je me laisse agir. J'apprends à devenir disciple de la Vie. Tous les matins je me demande ce que sera l'enseignement du jour et s'il passe par de la souffrance, j'apprends à la traverser.

J'apprends à me laisser guider. J'ai perdu depuis longtemps l'idée du contrôle même si je garde ma liberté. Nous sommes obsédés par l'idée de « mener notre vie » alors que ce qui. nous revient est simplement d'apprendre à vivre. Je ne cherche pas à rester jeune, j'apprends à être sage. Il paraîtrait qu'il y aurait de fortes chances pour que je vive très vieux. Tant mieux, ça me laissera du temps pour comprendre.

Bientôt, je le sais, je vais sortir du désert pour entrer dans la forêt de tous les miracles et de tous les sortilèges. La forêt est mon biotope, c'est là que mon âme respire et là que vivent mes frères arbres et animaux.

Tu ne peux pas savoir ce que le monde peut nous dire pour peu que l'on apprenne à l'écouter. Tout est Parole, tout est signe et tout est enseignement. Nous avons perdu le lien et mon passage au désert me l'a rendu.

J'embrasse de ma bouche et de mon cœur tous les Saint François d'Assises, qui se connaissent ou qui s'ignorent. J'embrasse de mon cœur et de mon âme tous les ermites retournés à la magie du vivant ; tous les chercheurs d'or et de silence.

Mon cœur était brûlure, il devient béance près à accueillir le monde.

Je connais maintenant ma mission de vie et j'apprends à la réaliser. L'autre soir après une contée, une femme que je ne connaissais pas et au visage très beau, m'a dit en larmes que mes histoires lui avaient rendu son chemin de vie. Pour une des premières fois de ma vie, j'ai alors eu l'impression d'avoir fait ce pour quoi j'étais fait. D'avoir fait mon travail... Et c'est peu de dire que j'étais aussi ému qu'elle.

Dans le désert, nous sommes guidés par les étoiles et nos os blanchis vibrent de la résonance du monde quand l'amour l'effleure.

Je vis seul et pourtant rempli de tous les murmures portés par le vent,

Un accident d'amour m'a envoyé au désert. J'y écoute le murmure du monde et apprends la confiance dans les étoiles.

Demain, je reprendrai le cheval-tambour. Ils continueront de m'apprendre ce que vivre veut dire... 

Commentaires

C'est très beau ce témoignage , Dominique. Je suis profondément touchée par ce cheminement que tu exprimes si bien, après l'effondrement! Merci pour ce partage qui est une véritable aide pour les autres. Merci pour ton absolue sincérité.
Je serais partante pour une lecture de tarot. Je travaille avec Moreno depuis quelques mois mais ton regard m'intéresse. Tu as mes coordonnées.
L'homme n'est plus au bois dormant, il me semble...
A toi, sensiblement, dans la fraternité des coeurs.

Écrit par : Martine | 10/10/2014

Merci Martine pour ton message qui me touche. J'ai la chance de connaître plusieurs Martine qui pourraient avoir écrit ce texte ; donc, il faudrait que par mail tu puisses me dire à quelle Martine je parle... Bonne journée et merci encore.

Écrit par : l'homme aubois dormant | 10/10/2014

Peut-être connais-tu plusieurs Patricia, cependant il me semble que tu sauras laquelle je suis.
Je suis ravie de sentir dans tes écrits une "sérénité dans la souffrance", signe que tu laisses la vie traverser ta chair et te guider calmement vers la lumière que tu portes en toi. Continue, mon cher filleul, a te laisser faire ainsi par la vie, qui nous aime et nous malmène pour mieux nous accomplir. Elle sait ce qu'elle fait et celui qui la reçoit est sur un chemin de sage.
Tu sais que je ne suis jamais loin, et que mes pensées t'accompagnent.
Elles sont, elles aussi, dans le rythme du tambour...

Écrit par : Patricia Gaillard | 19/10/2014

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