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27/09/2014

Renaître

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Il y avait eu dans la vie du Voyageur beaucoup d’inaccompli, beaucoup d'amours perdus, beaucoup d'inachevé, beaucoup de conflits, beaucoup de choses bien commencées et mal finies... Et la situation -tout autant effrayante que fascinante- dans laquelle il se trouvait, l'obligeait à tout égard à trouver certaines réponses qui jusqu'alors n'avaient cessé de se dérober.

Ils étaient une douzaine dans cette salle, tout comme lui, voyageurs et chercheurs, arpenteurs de vérités, chercheurs d'or, explorateurs de contrées oubliées. « Celle qui Aide à passer entre les Mondes » avait alors chevauché le Cheval Tambour et tous étaient partis, à la recherche de bribes perdues et de passés oubliés, remontant tel des saumons au torrent, vers le lieu et le moment de leur origine et même un peu avant...

Oui, le Voyageur était remonté jusque là, car, oui, ce moment où quelque chose s'incarne dans un embryon existe vraiment...

Ainsi avait-il compris que la façon de chacun d'investir le monde et sa vie dépendait en grande partie de la manière avec laquelle il a été attendu, espéré, accueilli... Comment prendre toute sa dimension dans un monde qui ne vous attendait pas quand la rage même de s'imposer vous manque ? Comment construire en soi la confiance à vivre quand dès les premières secondes, quelque chose ne voulait pas ? Comment se sentir légitime quand dès le début nous étions déjà un embryon usurpateur, un non-désiré s'imposant envers et contre tout ?

S'inscrit alors en soi comme une matrice reproduisant à l'infini le même schème : « de toute façon, je n'ai pas ma place, je ne serai ni d'ici ni de là, je serai de nulle part, je briserai tout ce que j'ai installé, je ne mérite pas d'être aimé, et surtout, surtout, je ne me permettrai jamais de prendre mon plein essor, puisque je me dois de prendre le moins de place possible, moi l'usurpateur, le non voulu, le non accueilli... »

Heureusement, il existe des mondes où l'on répare pour nous ce qui a été défait et brisé. Et puisque dans la vie du Voyageur, les clairières sont les lieux de toutes les métamorphoses et de toutes les cérémonies réparatrices, il y eut donc la Clairière de la Femme-Jardin.

Il y régnait une lumière d'or pur, et en cette clairière, allongée sur le dos, jambes écartées, ventre rond de parturiente, reposait une femme géante faite de feuilles et de plantes. Une femme-jardin-végétale. Par son sexe, le voyageur entra de son plein gré et en toute confiance. Et lorsqu'il en sortit -enfin, tous étaient là riant et applaudissant : père, mère, esprits, guides, grands parents... l'accueillant enfin et à jamais et lui souhaitant la bienvenue en ce monde ; leur monde.

C'était comme une nouvelle naissance joyeuse et féconde, au cours de laquelle tout conspirait à un bonheur sans faille dans une lumière dorée de renaissance italienne.

Alors, ivre de vivre et d'amour, en cette clairière, le Voyageur entendit pour la première fois une voix qui lui murmurait :

- Le temps est venu pour toi dorénavant de trouver ta place en ce monde. Le Monde n'attend qu'une seule chose ; c'est que tu prennes ta place. La Vie attend avec impatience de voir, d'entendre, sentir et résonner ce que tu vas bien pouvoir faire désormais. Rien ne l'attriste plus et ne l'appauvrit plus qu'une vie humaine qui ne trouve pas sa juste mesure à vivre, parce qu'alors quelque chose meurt dans l'ordre immuable des choses. La seule chose que la Vie attende de toi est que tu vives pleinement dans l'expression de tous tes potentiels, et si tu veux la servir, tu as juste cela à faire... Ainsi es-tu né aujourd'hui pour de bon. Aujourd'hui ton âme est née au monde et a été accueillie comme elle aurait du l'être il y a maintenant bien longtemps... Attendu et accueilli par la Vie, tu pourras enfin t'y autoriser à exprimer tous tes potentiels. Tu n'as plus de peur à avoir, tu es légitime à vivre, légitime à être aimé, légitime à construire et à bâtir, légitime à trouver ta place...

Oui, une nouvelle vie commençait et le Voyageur en était maintenant certain : la psyché humaine ne fonctionne pas par la logique et la raison ; elle fonctionne par les symboles, la métaphore et les rituels. Pourquoi n'apprend-on donc pas cela à l'école ? Pourquoi ne nous apprend-on pas à remonter à notre origine ? Pourquoi nous coupe t-on de la Source ? Combien d'âmes mutilées et de cœurs malheureux ?

Une semaine plus tard, par une après-midi ensoleillé d'été indien, de sombres remugles lui remontaient à la surface, faits de chagrin, de colère, d'incompréhensions et d'une tristesse sans fond. Le Voyageur s'est alors surpris à une réflexion : celle de se dire que chaque remontée de boue venait lui nettoyer le cœur, comme un principe de bassin de décantation. Un peu comme ces bouillons de pot-au-feu que l'on écume à froid pour retirer le gras remonté à la surface, jusqu'à ce que le bouillon soit clair. Oui, du chagrin et de la douleur, il avait eu sa dose et il lui appartenait désormais de se purifier le cœur de ses miasmes. Chaque sombre remontée, progressivement, venant lui purifier le cœur.

« Le cœur est une coupe, on ne peut le remplir que lorsqu'il est vide », lui a t-on soufflé quelques heures auparavant. L'amour est une lumière parcourant le monde à la recherche de cœurs à remplir... Le cœur du Voyageur est encore bien noir et une lourde peur de l'amour s'y est installée, mais il apprend, en ces premiers jours de sa nouvelle naissance, à peu à peu le nettoyer... Un jour, la lumière y reviendra. En attendant, vivre... Et en cas de doutes, retourner dans la Clairière de la Femme-jardin...

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