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13/09/2014

Les âmes-lucioles

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Etty Hillesum

 

Plus la vie du Voyageur soufflait en vent contraire et plus ses voyages intérieurs étaient beaux.

Et quand certains postulent que la foi et la prière ne sont que le réconfort illusoire de ceux qui n'ont plus rien, il savait désormais que c'était très exactement l'inverse : le dénuement n'étant pas un vide cherchant compensation, mais une des conditions pour que foi et prière puissent enfin se déployer. Elles ne peuvent naître et éclore que dans le secret d'un cœur à nu. Ici, pas question de prières ressassées sans intention à l'infini, pas plus que d'un catéchisme appris par cœur. Ici, il est question d'une âme et d'un cœur qui, ensemble, s'inscrivent en un Tout plus grand qu'eux, et résonnent avec le monde en des échanges de dons et de réciprocités confiantes et mutuelles. La foi n'est, ni plus ni moins, qu'une confiance inconditionnelle en un meilleur à venir quelles que soient les contrariétés en cours. Une confiance tranquille. La prière, une relation de cœur à cœur avec le Monde.

En un mois le Voyageur avait fait le tour de toutes les désillusions, de toutes les déceptions, de toutes les cruautés et de bien des souffrances ; et dans le même temps, cette épreuve l'avait en quelque sorte révélé à lui-même et avait ouvert un espace béant de possibles dans lequel il avançait dorénavant. Le chagrin, après une histoire d'amour défaite, est proportionnel à l'intensité de cet amour perdu. La colère qui en résulte est en proportion de la souffrance vécue. Les compréhensions qui en découlent sont à l'aulne de ces peines pour peu que l'on veuille bien s'en donner la peine.

Tout est une question d'histoire que l'on se raconte.

Ainsi, après deux jours de pur cauchemar au cours desquels toutes les étapes et espoirs (en terme de travail, de logement, de processus de guérison) sur lesquels il avait misé s'étaient vus disparaître, le Voyageur, exsangue, ne savait plus quoi faire. Le logement espéré ne marchait pas, un espoir d'évolution professionnelle avec augmentation à la clé ne verrait jamais le jour (il y apprit entre autre à cette occasion que sa propension à poser certaines questions, à se focaliser sur la question du sens, ses exigences, l'avait fait basculer pour son employeur dans le rang des emmerdeurs et qu'à ce titre il n'avait plus rien à en attendre. Sans doute avait-il des progrès à faire dans la manière d'exprimer les choses tant dans le travail que dans son ex vie conjugale...)

Il y eut donc ce soir où, à bout, en larmes et démuni comme un enfant égaré, il enfourcha le Tambour-cheval pour un voyage qui se devait d'être plus qu'un simple voyage : il devait sauver son âme et l'empêcher de sombrer dans les abîmes du doute, de la désespérance et de l'impuissance.

Peu à peu, les voyages devenaient pour le Voyageur comme une vie complémentaire et se peuplaient au fur et à mesure d'êtres qu'il retrouvait régulièrement en fonction des besoins, des questions ou de l'humeur de ceux-ci. Peu à peu aussi un bestiaire se constituait, ainsi qu'une géographie avec des lieux plus fréquemment visités que d'autres.

Il avait appris à trouver dans ces voyages les réponses qu'il ne parvenait pas à trouver seul. Et rien que cela, en soi, était miraculeux.

Ainsi le Voyageur comprit-il lors de ce voyage, que des signaux contraires envoyés par la Vie peuvent être aussi des signes envoyés pour le sauver ; simplement parce que ce n'était pas ce qu'il attendait qui était bon pour lui ; et que cela un jour lui apparaîtra comme tel.

Ainsi se vit-il dire (et sur quel ton véhément !) que jamais plus sa Vie ne connaîtrait une telle béance de possibles : il n'avait plus de femme, plus de logement pérenne, plus de contraintes de lieux... alors qu'il continuait de fonctionner comme si tout cela existaient encore.

Il y a un mur, lui a t-on dit, un mur contre toi, mais parce que tu n'es pas à ta place. Tu ne fais pas ce qu'il y a à faire. Tu fais des choses, mais pas les bonnes. Pauvre idiot ! Tu as besoin de faire racine et de prendre racine en toi-même. Ce qui ne va pas en ce sens est nul et non avenu. Avec zazen, avec le Tarot chamanique, tu fais souche. Tu dois avoir tes propres racines, pas celles des autres. Le temps est venu pour toi de travailler pour toi. Il faut que tu vois clair en ce que tu veux vraiment. Jamais plus ta vie ne sera ouverte à ce point-là. Alors que tout est possible, tu continues de penser « petit », laborieux. Ouvre ! Agrandis ta vision ! Ce n'est pas la Vie qui est contre toi, c'est toi qui est contre la Vie. Apprends à faire les bons choix...

 

Et puis, au cour de ses trois derniers voyages, était apparu Etty (oui, Etty Hillesum ; celle dont le journal avait fait basculer sa vie, il y a environ huit ans et dont il avait tant parlé dans ses blogs),

Elle lui était apparue, telle qu'en elle-même, son visage si beau, encore un peu poupin et qui ne serait jamais affiné par la maturité de l'âge, sa jupe de laine épaisse, son pull en laine rêche et son cœur aussi doux que de la soie. Et ce qu'elle lui avait dit, mon dieu, ce qu'elle lui avait dit...

- Je te parle d'au-delà des mondes. Dieu -je l'appelle comme ça- est en toi... Tu as ouvert la porte sur l'immensité du sacré, ton cœur et ton âme sont comme des coupes enfin prêtes à le recevoir. Ouvre ton cœur ; notre cœur est le Graal et le Graal est l'amour. L'amour de Dieu, de Bouddha, de la Vie...

Ce qui est en cause, c'est ta foi. Moi, je ne l'ai pas perdue, même aux pires moments. Prie ! Apprends à prier, laisse-toi tomber au sol s'il le faut. Il faut que tu voies clair en toi-même. N'oublie pas le Fil de la Merveille. Moi Etty, je te le dis, tu mérites d'être aimé. Tu es aimé. La Vie t'aime. Les mauvais choix elle les éloigne de toi, même de manière abrupte, violente, brutale ; mais la Vie est comme ça. La Vie n'est pas là pour avoir de la pitié. La Vie se sert juste elle-même. La Vie sert la Vie. La profusion l'exubérance, la richesse du Faire, les essais, les tentatives, l'énergie... La Vie maintenant te parle le langage de la Vie. Avant, elle se taisait, elle était loin. Maintenant, elle te parle son langage, et son langage c'est : elle aide ce qui fonctionne comme elle. Ce qui est authentiquement et sincèrement profond et juste. Ce qui est fait en toute congruence et légèreté, en toute évidence. La Vie se nourrit de la Vie qu'elle produit. Si tu ne produis pas de Vie, elle se désintéresse ; donc, cherche à produire de la Vie ! Encore et encore et la Vie s'intéressera à toi. Là, en ce moment, tu en produis de la Vie ! En nous écoutant, tu en produis. Et moi Etty, je te le dis : je suis ta sœur, ta sœur d'âme, ta sœur spirituelle et je serai toujours là pour toi, pour toujours et à jamais. Je t'aiderai à faire souche et à prendre racine et je t'accompagnerai toujours et encore...

 

Et puis, lors de la première visite de Etty dans un des voyages du Voyageur, il y eut cette vision :

Le voyageur était dans une clairière, de nuit. Son corps était translucide et juste délimité par une membrane transparente. Les traits de son visage étaient d'une beauté parfaite, et à l'intérieur de son corps, il n'y avait qu'un cœur d'or, comme en feu ; et aux alentours, dans la clairière d'autres êtres comme lui, se cherchant dans le silence de la nuit. Alors, la Grande déesse de l'amour (on y voyait aussi ce cœur d'or brûlant à l'intérieur d'elle-même) dit :

- Je suis la déesse de l'amour, la déesse des Coupes du Tarot. Je connais tous les secrets de l'amour. Installe-toi dans le champ de l'amour. Laisse ton cœur briller tel une luciole. Dans cette clairière-là, dans cette Clairière des Amours à Venir, installe-toi et appelle. Appelle. Ton cœur brille, ton cœur brûle. Tu as été entendu, quelqu'un va s'approcher.

Arrive alors un vieil homme, l'Hermite, qui ajoute entre autres choses :

- Tu es enfin arrivé dans la Clairière des Amours à Venir, avec ton cœur qui brille dans la nuit. Tu es une « âme-luciole », tu éclaires le monde. Tu recherches d'autres âmes-lucioles ; tes sœurs d'âme et de cœur, et tu les trouves. Et de toutes ces âmes-lucioles, il y a une avec laquelle tu partageras quelque chose d'immense, de grand et de beau. En attendant, ancre-toi en ta foi et n'oublies pas que tu es arbre...

Et puis, Etty est arrivée et a dit :

- Prends mes mains, sens la foi et la confiance que je te donne. Nous sommes deux âmes-lucioles, deux âmes-lucioles...

 

Etty était là désormais ; elle et tant d'autres. Le Voyageur savait qu'une part de lui était arrivée dans la Clairière des amours à venir. Il savait qu'en tous les mondes, les âmes-lucioles finissent toujours par se trouver. Il savait ce qu'il avait à faire. Il remercia tout le monde, tout ceux qui étaient présents et dont il n'a pas parlé ici, et il sut alors qu'il n'avait plus rien à craindre. Etty était là...

Commentaires

Wow !!!
Merci pour ce partage...

Écrit par : La Licorne | 13/09/2014

Je n'étais pas venue vous rendre visite depuis bien longtemps...
J'ai lu vos mots récents, très respectueusement, faisant silence pour les accueillir.

Je quitte ma réserve pour partager quelques mots de Bobin qui me viennent à l'esprit quand je lis les âmes-lucioles :

"Je crois que pour vivre il faut avoir été regardé au moins une fois, avoir été aimé au moins une fois, avoir été porté au moins une fois.
Et après, quand cela a été donné, vous pouvez être seul. La solitude n’est plus jamais mauvaise. (...) ce qui a été donné, vraiment donné, une fois, l’a été pour toujours.
A ce moment-là, vous pouvez aller vers la solitude comme une hirondelle peut aller vers le plein ciel".

C'est cette dernière image qui m'est venue à l'esprit à la lecture des âmes-lucioles : comme si vous voliez vers le plein ciel - dont je n'imagine pas que pour vous il soit un ciel de solitude - de ce vol net et vif qu'ont les hirondelles.

Merci

Écrit par : Flore | 15/09/2014

Ouch ! Quel texte ! Quelles rencontres ! C'est fou ce que la littérature comporte de lucioles. Voilà ce qui me vient ;)

Écrit par : Frédérique | 15/09/2014

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