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08/09/2014

Quand j'y pense

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Marc Chagalll - Le cirque

 

"Quand j’y pense, l’histoire qui m’arrive est quand même la chose la plus pitoyable et ridicule qui ne me soit jamais arrivée.

Ce blog étant public, je garderai pour moi ce que j’en pense, mais disons que dans un processus de deuil, il y a une étape qui s’appelle « la colère » et que je crois bien y être entré de plein pied ; y compris contre moi-même pour avoir cru à une histoire aussi abracadabrantesque."

Et que je dise, pense ou écrive ces mots, et immédiatement, me voici disloqué, pulvérisé, anéanti, en cendres…

Je vis donc avec en moi deux créatures : une sorte de chimère monstrueuse qui porte en elle toutes les colères, tous les chagrins, toutes les désespérances, les ressentiments, les manques et les incompréhensions ; et une autre, créature de lumière qui m’enseigne qu’une telle chose ne peut advenir pour rien, qu’obligatoirement quelque chose de magnifique va apparaître née de ces décombres, que le but est le chemin, et que cette saison en enfer peut être la porte ouverte à une nouvelle naissance.

Et à chaque seconde de ma vie, ballotté entre les deux, j’essaie de faire taire la première et de nourrir la seconde en un combat de chaque instant littéralement épuisant. Les périodes où nous vivons chaque seconde avec la conscience que l’état mental que nous cultivons va colorer la seconde suivante - soit en nous plongeant en enfer, soit en nous ouvrant à un nouveau possible- sont somme toute assez rares. C’est une initiation d’une cruauté extrême et dont je me serais bien passée, mais qui a potentiellement la vertu de pouvoir me faire naître à un autre moi-même.

J’ai écrit un jour de détresse, que quelle que soit ta peine, quelle que soit ton chagrin ou ta douleur, la terre te porte pareil et le bleu du ciel ne change pas. J’essaie d’apprendre à vivre en regardant par-delà ma souffrance, dans l’espoir d’y trouver des bribes de lumière qui me sauveront l’âme. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas.

Je m’exerce en grandeur nature et sans filet à une pratique propre à la méditation : j’observe mon esprit et les mouvements de mon cœur. J’apprends à voir et à nommer la colère, la tristesse, la peur, l’incompréhension quand elles montent et à les désactiver pour ne pas qu’elles viennent nourrir la bête immonde. J’apprends à les regarder de face et à leur causer. J’apprends à me connecter au royaume où vivent ceux qui apportent des réponses, du réconfort, de la lumière, de la compréhension. Je suis un exsangue qui s’entraîne à retrouver la joie. Et à défaut de joie, j’ai au moins la foi qu’un meilleur est absolument à venir pour peu que je nourrisse en moi la bonne créature. Sans filet, je marche sur un fil ; parfois je tombe, à d’autres je traverse, et chaque seconde c’est à recommencer.

J’aspire à retrouver la joie, à renouer avec le courant vif de la Vie et de l’Amour. J’aspire à retrouver la légèreté et l’innocence. Je croyais les avoir, enfin, trouvés et me retrouve stupéfié d’avoir tout perdu en un petit quart d’heure.

La Vie est un looping sans fin ; ses feux d’artifice sont aussi féeriques que les disgrâces que parfois elle impose et qui sont implacables.

J’essaie sur ce blog de faire taire la bête immonde et de mettre en lumière l’ange qui veille, et ce sont ces mots partagés qui, en partie, je crois, me sauvent.

Certains ont des vies plus compliquées que d’autres, et il est aisé de se dire que tout cela est bien injuste. J’ai eu un temps la faiblesse de penser qu’après les épreuves j’avais enfin légitimité à prétendre à la paix. Visiblement, je dois encore avoir des choses à comprendre. Une de celles-ci dit ceci : j’ai cru atteindre ce bonheur grâce à la relation d’amour avec une femme. Que cette femme disparaisse (pour des raisons qui, après réflexion, je crois,  n'ont sans doute pas tant à voir avec moi) et le bonheur s’enfuit. Mirage, illusion, chimère... La joie doit être en toi. Il convient de n’attendre de personne et d'aucune relation qu’ils te la donnent. Comprendre qu’un amour se doit d’être deux joies qui s’unissent et non une relation qui viendrait apporter aux concernés ce qu’ils n’ont pas en eux. Que ce soit, la joie, le bonheur, la confiance ou toute autre chose.

J’apprends à vivre au milieu d’un désastre sans nom et m’entraîne à voir la lumière malgré tout. J’ai 54 ans et je sais que le temps m’est dorénavant compté et que je n’ai plus de temps à perdre. Cela m’oblige à éviter les mauvais choix.

Je cherche l'eau de la fontaine qui me lavera le cœur, et une voix en moi me dit que je n'en suis plus très loin...

J’ai plus confiance en la Vie qu’en moi. Je m’en remets à elle en essayant d’être à sa hauteur. Et advienne que pourra.

Commentaires

Quel élève studieux tu es ! Oui je comprends ton épuisement, la lucidité est inconfortable et épuisante sans doute au début. Je veux dire par là tant qu'on voudrait que cela soit autrement que cela n'est ou pour le dire encore autrement tant que nous ne vivons pas en ayant le sentiment d'être en terre inconnue et neuve, d'y être libre de ses conditionnements. Moi c'est une image qui m'aide quand je suis dans ce déchirement, pour un autre sujet que toi, regarder avec un oeil neuf qui est là qui s'exprime sans prendre partie, juste regarder et observer en sachant bien que je ne peux pas comprendre, juste regarder. Tout mouvement d'allant vers ce qui me semble désirable déclenche son opposé avec la même intensité. Le prix du désir est infini.... Je trouve que c'est lui le plus compliqué de tous les personnages... J'ai compris cela à Prague où je fais (plus) simplement des choses qui me demandent un effet conséquent à Paris. A Prague, je sais que je ne sais pas, et je suis en paix avec cela, et paradoxalement cela rend tout plus simple... Je suis de tout coeur avec toi en pensée sur ce chemin caillouteux aux drôles de marches émotionnelles. Bises.

Écrit par : Frederique | 08/09/2014

Immonde Chimère, ou Ange purificateur ?

Vos cœurs connaissent en silence les secrets des jours et des nuits.
Mais vos oreilles se languissent d'entendre la voix de la connaissance en vos cœurs.
Vous voudriez savoir avec des mots ce que vous avez toujours su en pensée.
Vous voudriez toucher du doigt le corps nu de vos rêves.
Et il est bon qu'il en soit ainsi.
La source secrète de votre âme doit jaillir et couler en chuchotant vers la mer,
Et le trésor de vos abysses infinis se révéler à vos yeux.
Mais qu'il n'y ait point de balance pour peser votre trésor inconnu,
Et ne sondez pas les profondeurs de votre connaissance avec tige ou jauge,
Car le soi est une mer sans limites ni mesures.
Ne dites pas: "J'ai trouvé la vérité", mais plutôt: "J'ai trouvé une vérité".
Ne dites pas: "J'ai trouvé le chemin de l'âme". Dites plutôt: "J'ai rencontre l'âme marchant sur mon chemin".
Car l'âme marche sur tous les chemins.
L'âme ne marche pas sur une ligne de crête, pas plus qu'elle ne croit tel un roseau.
L'âme se déploie, comme un lotus aux pétales innombrables.

Votre joie est votre tristesse sans masque.
Et le même puits d'où jaillit votre rire a souvent été rempli de vos larmes.
Comment en serait-il autrement ?
Plus profonde est l'entaille découpée en vous par votre tristesse, plus grande est la joie que vous pouvez abriter.
La coupe qui contient votre vin n'est-elle pas celle que le potier flambait dans son four ?
Le luth qui console votre esprit n'est-il pas du même bois que celui creuse par les couteaux ?
Lorsque vous êtes joyeux, sondez votre coeur, et vous découvrirez que ce qui vous donne de la joie n'est autre que ce qui causait votre tristesse.
Lorsque vous êtes triste, examinez de nouveau votre coeur. Vous verrez qu'en vérité vous pleurez sur ce qui fit vos délices.

Certains parmi vous disent: "La joie est plus grande que la tristesse", et d'autres disent: "Non, c'est la tristesse qui est la plus grande."
Moi je vous dit qu'elles sont inséparables.
Elles viennent ensemble, et si l'une est assise avec vous, a votre table, rappelez-vous que l'autre est endormie sur votre lit.

En vérité, vous êtes suspendus, telle une balance, entre votre tristesse et votre joie.
Il vous faut être vides pour rester immobiles et en équilibre.
Lorsque le gardien du trésor vous soulève pour peser son or et son argent dans les plateaux, votre joie et votre tristesse s'élèvent ou retombent.

Khalil Gibran
"Le prophète"
( extraits)

Écrit par : Bernie | 09/09/2014

Merci mesdames et messieurs pour vos mots, que ce soit ici, sur Facebookou via des mails ou sms. Si vous saviez comme ils me portent ! Ce que j'ai appris de ce séisme et de quelques autres pratiques par ailleurs, c'est que, quoi que nous pensions, nous ne sommes jamais totalement seuls. Et la chaîne humaine qui s'est formée autour de moi depuis maintenant un mois fut, et est, pour moi un cadeau du ciel qui me portent et me touchent au plus profond du cœur. Merci à vous... infiniment...

Écrit par : l'homme au bois dormant | 10/09/2014

Ce qui fait le plus écho en moi en vous lisant c'est cette similitude de mots de verbe. J'avais coupé avec le moi "passeur" et j'y reviens mais en en comprenant encore + le sens de l'"éveil"

Écrit par : Nouvel_antre | 02/01/2015

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