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05/09/2014

Danse avec les ombres

arbre Irène Kung.jpg

© Irène Kung

  

La journée avait été la plus rude depuis longtemps. Un moment de relâchement sans doute, accentué par le fait qu’une séparation implique une multitude de démarches administratives, comme autant de fils à couper, renvoyant parfois le Voyageur à l’insupportable blessure.

Au soir venu, il avait enfourché son Tambour-cheval pour le Monde où vivent Ceux qui aident. Il était monté en haut d’un arbre et une sorte de Fée légère et malicieuse lui avait dit :

« - Bonjour à toi. Je suis l’esprit de cet arbre, je suis l’esprit des branches et des feuilles et c’est pour cela que les oiseaux viennent y nicher. Sens le tronc contre ton dos, les branches contre tes jambes, les racines tout en bas, le ciel tout en haut.

Il faut que tu retrouves tes racines. Tu avais fait racine Celle partie dans le Monde des Amours perdus. Tes racines c’était Elle et le futur que tu pensais avoir avec elle. Cela et ce village de l’Aveyron étaient ton terroir. Un terreau sur lequel tu pensais pousser et te déployer. Tu n’as plus de terreau, tu es pour l’instant « hors sol », et il faut que tu retrouves un terreau, un terroir, un enracinement. Tu es blessé, perdu, déchiré, parce que tu n’as pas encore trouvé un autre endroit, une autre place –géographique, psychique, corporelle, spirituelle, affective- pour planter tes racines. Elle était devenue ta « racine-maître » et de ce fait, tu lui avais donné beaucoup trop de pouvoir.

En quoi peux-tu prendre racine ? Tu peux prendre racine avec ton corps, avec la méditation les exercices corporels ; sentir ton ancrage dans le sol. Ton nouveau terreau c’est le chamanisme : c’est là que tu dois t’ancrer. Le bouddhisme, le chamanisme, le Tarot. On te l’a déjà dit : il faut que tu apprennes à vivre en devenant ton propre terreau. Cela ne veut pas dire se couper du monde, au contraire ! Cela signifie ne plus donner un tel pouvoir à quelqu’un d’autre. Cela veut dire couper tous les fils, et vous en aviez tellement !

Ancre tes pieds dans le sol, partout et tout le temps, quand tu le peux, parce que tu es un arbre : enracinement dans le sol, esprit dans le ciel et les étoiles ; entre les deux, un lien, un tronc immense qui va des racines à l’infini du ciel : ton corps. Il faut que tu sentes ces énergies-là ! Pour un temps, tu n’as plus de passé proche (trop douloureux) et tu n’as plus de futur visible ; tu n’as que le Présent et il faut que tu apprennes à t’y ancrer.

Ce présent n’est ni bon, ni mauvais, ni positif, ni négatif : il est. Si tu captes le présent sans t’y projeter, si tu es dans la Présence, tu souffriras moins. Qu’y a t-il au-delà de ton chagrin, de ta tristesse, de ton déracinement, de ton éviction ? Qu’y a t-il ? Si tu retires cela, le présent est de même nature que ce qu’il était avant et que ce qu’il sera plus tard. Juste la Présence. C’est pour cela que tu te dois de méditer encore en encore. La posture, rien que la posture ! Et le tambour… La fin de cette histoire, aussi douloureuse soit-elle, est le début d’une nouvelle page.

Pour l’instant, tu dois apprendre à devenir ton propre terreau, ton propre terroir. A ne plus jamais remettre ta vie entre les mains de quelqu’un d’autre. Tu peux partager ta vie, mais tu ne dois plus jamais remettre à un autre ce qui t’appartient en propre. Parce que dès lors que cet autre s’éloigne, pour des raisons qui ne peuvent que lui appartenir et qui, somme toute à bien y réfléchir, ont peu à voir avec toi ; et tu te retrouverais à nouveau sans ancre, sans centre, comme l’âme amputée d’une moitié. Il faut que tu apprennes à cultiver ta complétude. Cet énorme part de ton âme qui vient de t’être arrachée, elle n’était pas toi, elle ne t’appartenait pas. Un jour sans doute, rencontreras-tu à nouveau une autre âme avec laquelle faire voyage comme deux étoiles se croisant dans l’infini du ciel. Fais en sorte alors que vos racines s’entremêlent sans que jamais au grand jamais, aucun des deux n’abandonnent les siennes.

Voilà, tu peux rentrer maintenant, tu peux rentrer… »

Alors le voyageur est reparti, a retrouvé d’autres guides et son jardin sacré, puis le Tambour-cheval s’est tu.

Quelques minutes plus tard, le téléphone sonnait et une amie lui offrait les clés qui lui manquaient pour que ces paroles prennent tout leur sens et viennent alors comme une formule magique et sacrée dissiper les ombres pour un moment au moins … Danser avec les ombres… Chevaucher la lumière ; le Voyageur était en train d’apprendre… Quel qu’en soit le poids de souffrance à payer.

Commentaires

Un arbre a de multiples racines ancrées dans la terre nourricière
Notre "arbre de vie" est semblable
Quand une partie de la racine est abîmée d'autres continuent à nourrir l'arbre...

Écrit par : Françoise | 05/09/2014

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