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11/06/2014

Le lieu d'où

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 Angkor...

 

"Nous sommes tous des caméléons" se disait-il souvent. Nous nous adaptons pour nous faire adopter, pour survivre, pour s'en tirer sans trop de mal...

Nous avons intérieurement à notre disposition une multitude de personnages ressources que nous allons chercher autant que de besoin.

Par exemple en cas d'annulation d'un train que nous devons prendre :

Le rationnel : C'est certes embêtant, mais il faut comprendre que si la rame était défectueuse, il est préférable de ne pas la faire rouler.

Le politique : putain de politique libérale ! Ils n'ont qu'à en mettre du personnel au lieu de mettre à bas les services publics !

Le sage : impermanence, impermanence : voici une leçon que m'offre la vie, je dois apprendre à l'accepter et à profiter de cette occasion pour parfaire mon esprit.

Le salarié culpabilisé : et merde, je vais arriver en retard au boulot, ça la fout mal, déjà hier, je ne me suis pas levé et je leur ai dis que c'était à cause d'un problème de métro.

Le dragueur : tiens, elle est jolie la femme à côté de moi...

Le positiviste : bon, ce n'est qu'une  annulation, heureusement, ce n'est pas un accident !

Le poète : "au dessus du quai de la gare, un nuage s'évapore"

Etc...

Nous adoptons ces personnages d'adaptation sans même nous en rendre en compte, mais finalement, y a t-il un "vrai moi" ? Quel est celui qui réagit et que je suis vraiment ?

Cette question le taraudait -lui qui depuis l'enfance était passé maître dans l'art de se mettre "à la place de" et avait multiplié à l'infini les rôles intérieurs de référence-, tant et si bien, qu'un jour, il s'était dit qu'il était temps de le trouver vraiment ce "vrai moi".

Le chercher l'avait obligé à poser la question de comment le reconnaître s'il venait un jour à le rencontrer. Parce qu'il s'était dit que ce ne serait pas marqué sur son visage : "coucou, je suis ton vrai moi" ! Il avait fini par se dire que ce devait être le personnage par lequel il ne jouait plus, dans lequel il se sentait intrinsèquement sincère et entier, et surtout celui dans lequel il se sentirait non seulement le plus juste, mais aussi le plus accompli, le plus entier; le plus plein.

Un jour, le conteur en lui avait compris que le public l'écoutait de l'endroit d'où il contait, et cela avait été pour lui une grande leçon. Car au fur et à mesure qu'il expérimentait la chose, il se rendait bien compte qu'il contait souvent du même endroit, et que lorsqu'il était "là", le public partait avec lui bien plus profond qu'habituellement. Ce qui au passage lui avait confirmé que ce qu'il recherchait n'était pas tant un personnage qu'un lieu.

Déplacer sa recherche du théâtre à la géographie -fut-elle intérieure- fut pour lui comme se baigner dans un source jaillissante. Et lorsqu'il comprit et expérimenta que ces royaumes intérieurs dont il parlait depuis des années n'étaient pas qu'intérieurs mais existaient vraiment -à leur manière", sa vie prit alors un nouveau tournant.

Dans ces royaumes-là, il se mit donc en quête du lieu. Il chercha longtemps partout ou presque, jusqu'à ce qu'un jour une simple petite grenouille ne lui indique le chemin d'une simple cabane de bois au fond d'une forêt. Il était conteur, et après tout, il était normal que les grenouilles viennent le secourir !

D'extérieur, la cabane ne payait pas de mine, mais que l'y entrât et  l'air lui-même semblait différent, comme si les particules aériennes brillaient de l'intérieur, irradiant une douce lumière de vitrail. Il y avait là un vieil homme, un sage, un maître . Il enseignait à des enfants perdus et abandonnés qu'il avait recueillis dans la forêt. Il y avait en lui du Saint François, mais aussi de ces moines bouddhistes des forêts ou de ces poètes errants du haïku...

Ce jour-là, le voyageur sut alors qu'il était arrivé à la fin de quelque chose et par voie de conséquence au début d'autre chose. Longtemps, le vieil homme lui parla : du sacré, des arbres, de la vie, de la Parole... Et puis il lui dit ceci :

"Ainsi, tu voudrais un conseil n'est-ce pas ? Et bien voilà : toi et moi sommes pareils. Poli ton cœur, poli tes mots. Apprends à parler de cette cabane dans laquelle je suis. C'est de là que tu dois parler ; de cette cabane simple dans un bois. Tu dois parler de cet endroit-là ! Géographiquement, métaphysiquement, poétiquement. C'est là que tu seras juste.

Avant de repartir dans le monde des enjeux sociaux, dans le monde de la vie de tous les jours, avant de te faire des rêves plus grands que toi, n'oublie pas cela : tu doit parler et agir de cette cabane où je t'enseigne aujourd'hui, avec cette simplicité, cette humilité, cette bonté-là. Et avec aussi cette connexion au végétal, à la terre, au ciel, aux étoiles. Ton centre, le cœur de ton royaume, c'est ici. Innombrables sont les hommes qui ne trouvent jamais le leur. Toi, tu l'as trouvé. N'en démérite pas, c'est pour toi un nouveau chemin qui commence. Va maintenant, va... Tu n'auras plus peur, je te le dis".

Le voyageur le salua puis repartit, la grenouille l'attendait. Et sur le chemin du retour, en lui, la conviction absolue d'être dépositaire dorénavant d'un trésor, d'une source à l'énergie inépuisable : la clé et le lieu emblématique de son royaume, là où à chaque passage il renaîtrait à lui-même et au monde. Et puis aussi, cet appel insistant : celui de ne pas faillir à sa mission : parler et agir de là et uniquement de là... Comme une morale exigeante, une vigilance constante, un travail de tous les instants, une obligation de sincérité, un antidote à l’orgueil, un entrainement à la bienveillance, un entrainement à faire taire en lui tant de voix discordantes...

Commentaires

cette histoire c'est moi ... au boulot fau une belle déco et de bons personnages...

Écrit par : Sally | 29/06/2014

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