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09/06/2014

Le voyageur des Arcanes : La Papesse

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A la sortie d'un tunnel, un cheval attend le voyageur et le guide. Ils marchent longtemps côté à côte, l'homme posant sa main sur l'encolure du cheval, jusqu'à ce qu'ils parviennent sur une hauteur surmontant un paysage d'une beauté à couper le souffle, et que liés par la beauté du monde, ils ne posent leurs têtes l'une contre l'autre.

Lentement, ils redescendent vers une clairière dans laquelle la Papesse est assise contre un arbre. C'est une clairière aux arbres jeunes, poussant droits et hauts. Au début, la Papesse semble comme un hologramme, sa voix est douce et sans affect, jusqu'à ce que lentement, elle prenne chair. Le voyageur, alors, s'en approche :

« C'est moi, la Papesse. J'attends. Je suis loin du monde. Parle-moi, je suis seule. J'apprends, et parfois la solitude me pèse, mon statut me pèse. Je couve, j'apprends. J'apprends les choses de la nature. J'apprends les arbres, les tisanes. Je suis là, dans ma forêt : la forêt du savoir. Je n'ai pas besoin des autres, je suis en attente de devenir l'Impératrice, c'est-à-dire, celle qui a terminé mon apprentissage et est prête à entrer dans le monde pour y agir. Moi, j'ai besoin de savoir avant, de me connaître.

La lune, la nuit, j'appartiens aux cycles de la femme mais je ne suis pas une amoureuse.

Qu'y a t-il dans le livre ouvert devant moi ? J'en suis les signes avec mon doigt. Ce sont des signes à déchiffrer. J'apprends à déchiffrer le monde.

Je suis vêtue d'un grand manteau, c'est ma maison, mon palais. Je suis sur un trône fait pour ne pas que je me mêle du monde et il n'est pas très confortable.

Je regarde l'invisible, ma peau est couleur de lune. Je vis dans un monde obscur, pas bien éclairé ; une sombre forêt, quelque château, un couvent... Je suis le retour au silence, je suis celle qui a appris à se taire, je suis celle qui ne parle pas, je suis celle qui est dans l'athanor de l'attente, de la maturation, de la macération parfois. Oui, quelques fois je rabâche, quelques fois je rumine. J’entraîne mon esprit, j'apprends les cycles.

Le Pape, je ne le vois presque jamais. Nous sommes deux principes, le Pape enseigne, moi je médite. Le Pape porte la Parole, moi je la pense ; je l'élabore dans le grand silence. Je suis la papesse du silence.

Autour de ma tête, il y a un ciel d'étoiles, car je suis dans l'esprit. Où que je soir, je suis dans l'esprit, quand bien même voyagerais-je dans le monde, j'aurais toujours ce ciel d'étoiles autour de moi.

Je suis la patience, quelques fois l'ennui. Je suis là pour dire qu'il y a toujours quelque chose à réfléchir, à étudier, à apprendre. Dans un tirage, je suis là pour dire « qu'il ne faut pas y aller », que le temps n'est pas encore venu de décider, d'agir, de transmettre, de parler, de dire...

L'Hermite a toute une vie derrière lui, moi, je suis encore jeune, en devenir. Dois-je écrire ? Je ne sais. Je me remplis du livre devant moi, ce que j'écris et si j'écris, je l'écris pour moi. Cela doit rester dans le grand secret. Je suis la Papesse du secret. Parfois des secrets lourds à porter, enfouis ; parfois des secrets qu'il faut savoir garder par devers soi.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas parlé à quelqu'un, c'est même une des rares fois que je le fais. Avec le Pape, nous nous parlons d'âme à âme, nous utilisons peu la Parole entre nous. Lui s'en sert pour transmettre, moi je suis celle qui apprend à savoir mais qui n'en dit rien. C'est un travail intérieur en solitaire que je ne fais pas pour les autres, mais pour moi.

Tu me vois là près d'un arbre. Aujourd'hui mon siège est de bois et non de pierre et, à la limite, je préfère. On en voit pas mes pieds, ils sont cachés. Ma peau est blanche à force de si peu s'exposer. Je suis presque un hologramme, je ne suis pas de chair. Parfois, je vous visite, je passe, je vous traverse, je suis l'appel de l'esprit, je suis l'appel à savoir. Mes yeux sont grand ouverts car ils veulent voir. Mon chapeau est là pour cacher mes cheveux. Je te l'ai dit, je ne suis pas une femme, je suis juste un souffle : le souffle du savoir et de la connaissance (elle souffle...) Je suis la trace de ce souffle-là, l'aspiration à connaître, l'aspiration à Devenir dans le grand secret de l'âme.

Voilà ce que je suis. Je suis celle qui prend son temps. Je n'en suis qu'au tout début de ce long parcours que vous appelez Tarot. J'en suis un peu là où tu en es en ce moment d'ailleurs...

Parfois, je me sens un peu enfant avec mon envie de vouloir tout étudier, tout connaître. De vouloir tout savoir, c'est même un peu présomptueux ! J'aspire à être légère et pourtant, je me trouve parfois si lourde ! Il arrive que les livres soient de pierre, qu'ils soient parfois aussi lourds que la pierre.

D'autres, ou même moi parfois, apprennent à lire dans les écorces. Apprendre à lire le langage du vivant, le codage du vivant.

En tout cas, je t'accompagne, plutôt bienveillante. Il m'arrive d'être rigide... si on me laisse faire !

J'ai tendance à être tendue vers mon but, je sais qu'il faut que je fasse attention ; c'est pour ça qu'après moi, il y a l'Impératrice.

Je ne suis pas facile à trouver, tu sais. Mais tu l'as fait, c'est bien !. C'est grâce à ton cheval que tu m'as trouvée ! Tout seul tu n'y serais pas parvenu ! Je ne sais si nous nous reverrons.

Je suis une lumière blanche, je n'ai pas encore la couleur des feux de l'amour ; je suis du côté du verre, de la transparence, je ne sais si j'entends bien, car ce que j'entends, ce n'est pas le monde mais mes voix intérieures. J'apprends à les déchiffrer, à les connaître. Un jour, d'autres les murmureront. Je suis celle qui va dans le labyrinthe de ses voix intérieures, dans le silence. Je pourrais être nonne. Toi, tu es un homme, tu pourrais être moine. C'est vrai que je suis du côté des cycles féminins, mais... Toi aussi tu les as en toi. Tu les portes en toi ! Comme beaucoup d'autres. Va, le cheval t'attend !

Elle est belle cette clairière ! Elle est belle ! Cette clairière où tu m'as trouvée est mon temple. Mon temple n'est pas de pierre, mon temple est le Vivant, et je l'apprends. Je l'apprends... »

Le voyageur rejoint le cheval et s'en va, l'homme en noir apparaît alors :

- C'est bien, c'est bien, dit-il, tu le portes le Tarot ! tu le portes et il te portera ! tu verras...

Puis, le voyage du retour. Devant le tunnel, le voyageur dit au revoir au cheval qui s'en va. Au galop.

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