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02/04/2014

Un pépin de pomme

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L’autre jour, sur la table de la cuisine, il y avait un pépin de pomme. Un simple pépin de pomme coupé en son milieu par un couteau insouciant trop occupé à séparer une pomme en deux.

Je l’ai pris entre mes doigts pour le jeter. Oui, un geste tout simple pour un objet tout simple. Et ce faisant, une réflexion m’est montée, insistante ; peut-être la revendication du pépin : qui se souviendra de ce geste ? Qui se souviendra que le samedi 29 mars 2014 à 12 h 18, Dominique Motte a pris entre ses doigts la moitié d’un pépin de pomme coupé en deux par un couteau pour le jeter à la poubelle ? Et combien de gestes indispensables, effectués sans fin au fil des jours, anonymes, oubliés, même pas pensés, même pas préparés, tombés dans les oubliettes de la mémoire ? Des gestes faits pour personne, à peine pour soi-même. Des gestes simples pour un objet simple : un pépin de pomme ! Un geste minuscule, presque clandestin, pour un objet minuscule.

Et pourtant, un pépin de pomme n’est pas n’importe quoi. Il porte en lui le germe d’un pommier tout entier. Des tonnes de pommes au fil des ans, des floraisons printanières à n’en plus finir, du bois, de l’ombre, des enfants qui y grimperont, des abeilles qui viendront s’en repaître, des oiseaux s’empiffrer, des feuilles à ramasser, de l’humus pour la terre… Oui, un pépin de pomme n’est pas n’importe quoi ! Il contient même de l’arsenic, sans compter un léger goût d’amande…

Et pourtant ce geste de le prendre pour le jeter, au-delà de son inconvenance -le mettre à la poubelle c’est le priver de la terre pour laquelle il est fait- porte en germe toute une éternité. Les enfants ont cette capacité, que les adultes perdent ensuite, de se perdre dans l’infini d’un moment minuscule. Les choses ne sont riches ou pauvres que de l’importance que nous leur donnons ou pas.

L’histoire retient les grandes œuvres, les fracas, les chocs et les morts. Qui se souvient du trognon de pomme jeté par Rembrandt un beau matin de printemps avant de se rendre à l’atelier ? Qui a gardé la trace de ce parfum de rose respiré par une jeune fille il y a de cela bien longtemps, un matin sur un chemin de campagne ? Et du papillon qui voletait autour ?

Personne et c’est peut-être tant mieux. Car cet éphémère, ce minuscule-là, nous obligent alors à l’attention, à la précaution.

Un site internet me dit que j’ai aujourd’hui, très exactement, 19 879 jours de vie. Et dans tous ceux-ci, combien de milliers de gestes oubliés à jamais ? Combien de pépins de pommes avalés ? De jours oubliés sans événement notable ?

Ainsi, grâce à un pépin de pomme, pouvons-nous observer nos vanités, notre propension maladive à vouloir une postérité à tout, alors que la seule chose qui nous est demandée est que chaque seconde de présent, bulle éphémère aussitôt disparue, soit pleinement habitée par notre conscience, glissant ainsi d’une illusoire longévité à une plénitude pleine et éphémère…

Commentaires

Bref un pépin qui nous emmène loin...
Merci Dominique pour ce sujet de réflexion.

Écrit par : Françoise | 02/04/2014

je voulais discuter de macrocosme ds le microcosme
avec les yeux de mes toute petites filles et te parler de Vent d'Haiku

Écrit par : ferdinand | 02/04/2014

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