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20/12/2013

L'Esprit de la Graine du Rêve

Anselm kiefer 1995.jpg

Peinture Anselm Kiefer (1995)

 

En fait, il serait possible de dire que nos impossibilités, nos états d'âmes récurrents, nos scénarios psychiques, comme « je veux être à tout pris reconnu socialement », ou « de toute façon je ne suis bon à rien », ou « je veux être le meilleur à tout prix », ou « de toute façon la vie est triste » sont comme des esprits, des créatures vivantes, qui à la longue phagocytent nos âmes et prennent le contrôle de nos vies.

La vie psychique n'est pas une chose abstraite ; elle est un champ de bataille sur lequel des forces bien réelles s'affrontent et parfois s'allient ; et c'est pourquoi quiconque la prend à la légère s'expose au pire. Elle n'est pas une chose molle et inerte, elle est traversée par un champ d'énergie incommensurable que nous passons notre temps à calmer pour le rendre supportable.

Alors oui, nous sommes peuplés d'esprits, présents pour le meilleur et pour le pire, à qui, pour ainsi dire à notre insu, nous remettons les clés, les laissant faire à leur guise. Et crois-moi, mieux vaut être vigilant à qui tu les remets. Car que tu les remettes à certains, là pour se servir et non pour servir la Vie-même, et alors, comme me le disait magnifiquement une amie hier après-midi : « tu ne parviendras plus à semer les graines de ton rêve ». Tu ne sèmeras que des cauchemars !

Il se trouve que je me suis libéré ces derniers mois de trois esprits qui avaient au fil des ans pris un peu trop de place.

Le premier était de nature féminine (ne me demande pas comment je le sais, j'ai promis de ne pas le répéter, et de toute façon tu me prendrais pour un dingue). C'était l'esprit de « la tristesse intérieure ». Un état constant, présent en permanence qui avait pour avantage d'être profondément inspirant. Il était ma muse. Que je me connecte avec et émergeait alors une intériorité un peu souffrante qui a fait -entre autre, les beaux jours des textes de ce blog et m'a permis de créer quelques jolies choses musicales ou conteuses.

Le deuxième était un esprit bien masculin pour ce qui le concerne. C'était « l'esprit de la colère et du ressentiment ». Un esprit installé depuis tout petit, qui s'est nourri de choses qu'enfant je n'aurais pas dû voir, de quelques années d'internat et de difficultés à se comprendre avec certaines personnes et pas des moindres... Cette rage-là, bien que ne s'exprimant pour ainsi dire jamais, était très puissante et fonctionnait comme une énergie structurante qui me donnait -entre autre- le cap pour les choix à faire.

Le troisième était l'esprit que j'appellerais celui des « féeries alcoolisées ». O, non pas que je fus pochetron non ! C'était un esprit joueur qui rendait la vie plus légère, me permettait un lâcher-prise et me donnait une sensation de liberté. Un esprit joyeux ma foi, sachant ne jamais dépasser les bornes mais présent malgré tout tous les soirs. Ah les merveilles gustatives du vin et les joies de ses ivresses ! Un univers à part entière dans lequel il est si facile de se perdre. Il était lui aussi profondément inspirant. Combien de phrases très belles me sont venues sous son murmure ? Combien de notes de guitare que je n'aurais pas su trouver tout seul ? Combien de bienheureuses empathies avec des amis proches ?

Ces trois esprits, celui de « la tristesse intérieure », celui de « la colère et du ressentiment » et celui des « féeries alcoolisées » étaient liés entre eux. Le deuxième venait dynamiser la tendance à l'inertie du premier, le troisième permettait le relâcher la pression causée par le second et ainsi de suite. Ils avaient tous les trois passé un pacte secret que j'ignorais et avaient fini par décider de tout à ma place.

Oui, à ma place.

Alors, je les ai chassés et ils sont partis. Oui ; absolument : partis ! Me rendant ainsi un pouvoir que je leur avais donné. Magnifique n'est-ce pas ? Sauf que non : en partant, ils ont laissé un vide. Un vide terrible. Une forteresse vide, abandonnée, qu'il faut que je repeuple. Mais par quoi ? Par qui ? Par quels nouveaux esprits plus conciliants et plus proches de la Vie qui coule majestueuse ?

Je pourrais me sentir libéré comme jamais ; je me perds dans une solitude abyssale, sans cap et sans boussole. « Semer la graine de mon rêve » ; oui, mais quel est ce rêve ? Je suis en deuil de mes chers esprits dominateurs. Une ultime facétie de leur part qu'ils m'imposent en partant.

J'étais dans une transe qui était la leur. Je suis à l'aube d'une nuit d'orgie sans nom. Il me faut trouver d'autres danses, d'autres chants, d'autres prières, un autre élixir de Vie.

Sur ce chemin, je sais avoir de nombreux esprits alliés : l'amour, la confiance et le soutien d'amis et de proches, le Tarot, une maîtrise du Verbe, les contes, la littérature, la musique, une compréhension de certains processus. Je sais que l'esprit de « Tempérance » veille sur moi depuis toujours...

Nous, êtres humains, sommes comme ces pays que l'on dit, dans une expression désolante, « du tiers monde ». Nous regorgeons comme eux de richesses inouïes, mais captées par des esprits escrocs et captateurs, qui les détournent à leur unique profit.

J'ai poliment, mais fermement demandé à trois de ceux-ci de bien vouloir s'absenter. Ils l'ont fait, mais en laissant un champ de ruines (et une bronchite qui m'a laissé exsangue...). Il me revient de trouver une nouvelle transe plus saine et plus féconde en pactisant avec de « bons esprits » avec lesquels nous sauront repeupler la forteresse vide et retrouver inspiration et fécondité... 

Et en attendant ; serrer les dents... Mais pas trop non plus : parler chez le dentiste a toujours été difficile...

Commentaires

Bonjour Dominique,

Peut etre plus besoin de remplir le vide ?
Le laisser être, en confiance ?

Lise

Écrit par : Lise | 21/12/2013

Bonjour Lise ! Ravi de vous revoir par ici, d'autant que j'ai bêtement perdu, à l'occasion d'un ménage malencontreux de ma boite mail, votre nouvelle (enfin pas tant que ça maintenant !) adresse de blog. Pouvez-vous me la retransmettre par MP ? Belles fêtes de fin d'année à vous.

Écrit par : lhommeauboisdormant | 21/12/2013

Oh, je continue à vous lire. Le temps me manque pour commenter ou écrire toutefois.

Je pensais au jardinier de l'eden en vous lisant ce matin. Se mettre en jachère totale pour que pousse et fleurisse ce qui s'impose ?

A bientôt
Lise

Écrit par : Lise | 21/12/2013

Bonjour,
Je croise virtuellement votre route par hasard (hum, hum...) amenée là par une représentation d'une lithographie de Fabienne Verdier.
Et puis sensible à votre musique (des mots écrits, des mots contés, des mots inconnus c'est à dire ce que j'imagine comme ceux de l'irrationnel du tarot), j'ai repéré le chemin pour revenir là me promener.

Quelle joyeuse idée que de concevoir nos difficultés, nos gouffres, comme autant d'esprits - malgré tout élégamment nommés !
Pour moi ce qui est joyeux c'est votre imaginaire de voir nos difficultés comme des "structures finies". Ainsi une fois identifiées, cernées, elles sont priées d'aller exercer leurs maléfices ailleurs. Bon débarras !
Il y a là du rassurant pour moi et ça laisse de la place pour déployer la joie d'exister et en fertiliser ses graines de vie.

Vive le ménage intérieur d'hiver, pour qu'au printemps de la nouvelle année, notre terre soit accueillante et féconde.

Flore

Écrit par : Flore | 22/12/2013

Merci Flore pour vos mots. C'est toujours un plaisir pour moi de mieux connaître ceux qui passent par ici au-delà de l'anonymat de la lecture. "déployer la joie d'exister et en fertiliser ses graines de vie" : C'est sacrément joli comme pensée...

Écrit par : lhommeauboisdormant | 24/12/2013

Je suis venue ici en passant par chez Patricia Gaillard et j'ai beaucoup aimé cet article. merci.

Écrit par : ariaga | 03/02/2014

Les commentaires sont fermés.