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18/11/2013

Nos vies sont des fictions et les ânes ont des ailes

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Âne Gonfaron - villa de Noailles

 

Je te l'ai dit, c'est une période étrange aux obscures mobiles. Le Tarot ne cesse de me parler de grands changements et de grande mutation, de changements brutaux et il ne se passe rien. En tout cas, rien de notable. Les jours se suivent, un peu lassants . un rien me lasse, un rien m'amuse.

Parfois, les fils de nos vies se tissent à notre insu dans l'obscurité des venelles de l'âme. C'est novembre, la nuit tombe tôt, le froid commence à engourdir les os, et nos cœurs sont moins prompts à l'extase. Cette nuit, fais un rêve pourtant sur-signifiant dont je ne comprends pas le sens.

Et puisque nos vies sont des fictions écrites au jour le jour et qu'il semble même que les ânes aient des ailes, alors, je vais te raconter trois histoires (J'ai posé mon après midi pour écrire ce texte après plusieurs jours sans ordi, j'espère que ça en vaudra la peine).

Première histoire :

C'était dans les années 70 aux Etats-Unis et l'homme était un écrivain pauvre et quasi inconnu. Il travaillait dans une laverie industrielle le jour et vivait chichement dans un deux pièces avec sa femme et leur jeune enfant qui dormait dans la cuisine. Il n'avait alors publié que quelques nouvelles, que seules d'obscures revues érotiques avaient accepté de publier (c'était en somme des jours heureux, où des revues pornos publiaient des écrivains, partant du principe que l'on pouvait à la fois être porté sur la chose ET sur la littérature, ce qui, avouons-le, a bien changé...)

Un weekend, sans doute, il écrivit un début de livre qui lui parut si peu concluant qu'il en jetât le manuscrit à la poubelle. Le lendemain, sa femme faisant le ménage en son absence, trouva les boulettes de papier, les défroissa, commença à les lire, les repassa avec tendresse, et attendit le retour de son mari.

- Tu sais, c'est pas mal ce que tu as mis à la poubelle hier !

- Oui, bof, et je ne sais pas comment continuer. Tu sais, ça se passe dans un milieu de lycéennes et d'étudiantes, et donc dans un milieu de jeunes filles et de jeunes femmes, et je suis un homme, et tout ça, je ne connais pas trop...

- Mais je vais t'aider, tu vas voir !

Elle l'aida, le soir sans faire de bruit, pour ne pas réveiller le bébé qui dormait et pendant que les factures s'accumulaient, puis, il envoya le manuscrit à son agent (car oui, en ces temps, mêmes les obscurs écrivains avaient des agents ! Quand je te dis que c'était une époque bénie...) et le temps passa.

Un dimanche, plusieurs mois après, son agent l'appela excité comme une puce :

- Tu sais le manuscrit que tu m'avais envoyé, celui qui se passe à la fac...

- Oui, et alors ?

Je l'ai vendu à Hollywood !

- A Hollywood ? Combien ?

- 400 000 dollars !

- 4 000 dollars ?

- Non, 400 000 !

Sur le coup, il eut du mal à y croire. C'était un dimanche, il se dit qu'il faudrait qu'il fasse un cadeau à sa femme, vu que c'était grâce à elle. Et comme tous les magasins étaient fermés sauf la pharmacie, il lui offrit un sèche-cheveux.

Il s'appelait Stephen King, et le roman s'appelait "Carrie"...

Deuxième histoire :

Trois semaines avant de mourir, Jimi Hendrix envoya un télégramme à Paul Mc Cartney, que ce dernier ne reçut jamais. Il était alors terré en Ecosse, les Beatles partaient en lambeaux, la rumeur le donnait pour mort et la dépression rôdait.

Plus de 40 ans plus tard -il y a peu donc- un journaliste lui demanda un rendez-vous pour une interview. Ils parlèrent de choses et d'autres quand le journaliste finit par sortir une feuille sur laquelle était scanné un télégramme retrouvé par un de ces collectionneurs fous comme seul le rock en fabrique, et lui fit voir. Il était signé Jimi Hendrix et disait en substance :

" Entrons dans un mois en studio avec Miles Davis. pour la rythmique, nous avons pensé à Tony Williams pour la batterie, et à toi pour la basse. Ça te dirait d'en être ? "

Paul a regardé le journaliste, il a regardé le télégramme jamais parvenu jusqu'à lui jusqu'ici, comme hébété, lui qui en ces temps lointain aurait donné n'importe quoi pour jouer avec Hendrix, mais n'avait jamais osé le faire savoir. Et le fait que le guitar-hero y ait pensé lui apparut sans doute comme la plus grande reconnaissance dont il ait jamais rêvée. Avec Miles et Tony ! Cette histoire sans doute était trop belle, trop forte, trop prometteuse. A eux quatre, soit ils se seraient bouffé le nez, soit ils auraient révolutionné la musique.

Oui, parfois un télégramme peut mettre 43 ans à nous parvenir, comme ces baisers que l'on envoie vers l'horizon et qui arriveront peut-être un jour...

Troisième histoire :

Il y a peu, j'ai vécu la nécessité d'un travail de réconciliation et de paix avec mes origines. Pour ce faire, je me suis auto-prescrit un rituel (oui, il faut s'auto-prescrire des rituels, cela évite de tomber malade ou fou !) qui consistait à la réalisation d'un objet que je souhaitais ensuite brûler. Je m'étais fixé une date d'échéance pour ce faire, qui tombait un dimanche. Il se trouve que dans la semaine qui précédait, la Dame assurait la traduction d'un stage encadré par un américain amérindien, en partie d’origine Lakota, à la fois psychiatre et guérisseur traditionnel. Celle-ci sachant pour le rituel mais ignorant et les dates d'échéance et le final "pyrotechnique".

Là-dessus, la veille de la date par moi choisie, elle me demande :

- Tiens, demain en clôture de stage, nous allons dans un parc pour brûler de manière rituelle dans le cadre d'une cérémonie, des objets apportés par les stagiaires. Tu n'as rien à brûler ? Parce que, si tu veux, je pourrais les apporter...

Oui, la veille de la date d'échéance, et sans qu'elle n'en sache rien ! Mon bonheur d'imaginer les volutes de fumées et les chants les accompagnant. Je sais que celui qui était concerné, là-haut, ou là-bas, les a reçues...

Parfois, les télégrammes arrivent, parfois ils n'arrivent pas. Parfois on voit ce qui se passe, parfois on ne le voit pas. Nous voyons une infime partie du monde, le reste nous échappe. Nous sommes comme des naufragés sur la banquise, voyant le blanc horizontal mais ignorant tout du monde du dessous et de celui d'en haut. Nous sommes fil de laine dans une grande tapisserie dont ne verrions qu'un minuscule détail. La Vie se joue de nous, et nous jouons avec...

Commentaires

"nos vies sont des fictions"...
Lire ou relire "L'espèce fabulatrice" de Nancy Huston :-)

Écrit par : Françoise | 18/11/2013

Les ânes ont des ailes et les voies du destin sont surprenantes...

Clins d'oeil et coups de pouce...synchronicités qui ne sont "renversantes" que parce qu'elles renversent notre point de vue habituel et nous laissent envisager que les caprices de la vie n'en sont pas...que peut-être, tout est si bien agencé et si bien "conçu"... qu'il n'est pas nécessaire que nous comprenions le plan d'ensemble pour...remercier !

Merci pour cet article qui me parle "énormément"...

Écrit par : La Licorne | 18/11/2013

Bonjour...

Un beau programme de contes :

http://generateur.cg64.fr/minisites/biblio/upload/programme(3).pdf

Écrit par : Petite Voix | 21/11/2013

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