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10/11/2013

Après

enfant dans arbre.jpg

 Photo : William Ropp

 

 

C'est une période étrange : celle de l'après.

De l'après métamorphose.

Comme tu as du le comprendre en filigrane de ce blog, ces derniers temps ont été l'occasion de grands nettoyages intérieurs.

Disons, sans qu'il ne soit nécessaire de tout dire (il est des domaines qui se doivent de rester dans le secret des mystères des choses un peu cachées au monde) que je fus habité depuis tout petit par quelques ombres, quelques présences, quelques souffrances, qui peu à peu avaient pris ma place. Habiter pleinement sa vie, être présent à soi-même, sont des projets qui durent une vie et dont on ne voit sans doute jamais le bout.

Quelques unes de ces ombres, donc, m'ont quitté. Et je fais le vœu que, là où elles sont, elles soient elles aussi heureuses et apaisées.

Quand des présences t'habitent, elles prennent un peu -parfois beaucoup- la place qui te revient. Et lorsqu’elles partent, elles laissent contre toute attente, à la fois des possibles et un terrain dégagé ; mais aussi un vide. Car elles remplissaient des rôles. Ces ombres seraient quasi inutiles qu'on ne les garderait pas en soi au fil des ans. Elles décident, elles ressentent à ta place, elles s'interposent parfois, donnant l'impression de te protéger ; au gré de pactes non dit entre toi et elles.

Tu les a laissé faire et prospérer à des moments où tu avais besoin d'elles et où tu ne savais faire autrement.

Plus elles étaient là, moins tu étais là. Tu les prenais pour toi, mais elles t'étaient exogènes. Pas étrangères, non, exogènes ; car liées intrinsèquement à ta vie et à tes origines. Certaines étaient des héritages, d'autres des co-constructions.

Dans beaucoup de cultures de types chamaniques, il existe un concept très puissant : le recouvrement d'âme. On y fait appel lorsqu'un être humain a perdu la sienne, soit parce qu'on la lui a volée, soit parce qu'elle a été considérablement affaiblie par des épreuves, soit parce qu'elle est restée prisonnière en certains endroits du corps, de l'esprit, ou de supposés mondes parallèles ; et qu'il faut alors la libérer (dans notre psychologie occidentale, certains parlent de « crypte ».

Plutôt que « d'âme», peut-être pourrions nous aussi parler de conscience ou d'autre chose. L'important étant de bien comprendre qu'il s'agit là de notre potentiel énergétique à nous accomplir.

Alors oui, tout le monde, toi et moi, pouvons « perdre notre âme ». Et nous le faisons, malheureusement, mais jamais complètement, car alors, signifierait la mort.

Dans ce processus consistant à retrouver cette énergie, et la pleine possession de notre âme (Je le redis, tu peux dire comme tu veux : notre conscience, notre potentiel de réalisation ou autre chose...) il y a des étapes, des processus. Pour ce qui me concerne, et sans que cela n'ait été concerté en aucune façon, ce processus a consisté à m'acquitter de certaines dettes psychiques, à pactiser avec des présences obsédantes et à me défaire de certaines liens, dépendances et scénarios psychiques.

Reste donc pour l'instant un vide : ce qui ressentait à ma place est parti ; qui va ressentir maintenant ? Moi ! Mais où est « moi » ? Qui est « Moi » ?

Alors, cette tristesse latente, qui était toujours là sans que je ne m'en rende compte, n'est plus là (Ou beaucoup moins là). C'est elle qui m'amenait à l'écriture. Elle qui, par la brèche de vulnérabilité qu'elle ouvrait en moi, me rendait sensible à la souffrance du monde.

Le récepteur, les contours de la plaque sensible qui me reliaient au monde ont changé. Il faut trouver maintenant les nouvelles plaques pour que l'ensemble de cette « révélation » puisse être vue...

Du coup, oui, peu d'écriture en ce moment. Les textes qui me venaient sans que je ne les pense vraiment, mais simplement que je les appelle, peinent à venir. Que faire d'un monde nouveau ? C'est là tout l'enjeu, et je te tiendrai au courant.

Reste que je ne suis pas entièrement « nouveau », je suis le même, juste libéré de quelques poids et de quelques illusions. Et il reste encore des masses des fonctionnements d'avant, comme celui mis en lumière il y a peu, et qui consiste à chaque instant à émotionnellement me connecter sur le problème potentiel, à se brancher directement sur les hypothèses des problèmes à venir. Comme si j'étais doté d'un radar conçu pour anticiper les emmerdes, me privant alors d'une vertu O combien puissante : la confiance. Comme l'autre soir à un concert (magnifique!) où j'eus un mal de chien à m'abstraire du comportement d'un homme assis en face de moi et qui dans l'obscurité de la salle ne cessait d'allumer son portable pour prendre des photos... Cette hyper vigilance me fut très utile enfant lorsqu'il s'agissait d'anticiper sur un éventuel départ en vrille d'un adulte déficient. Mais maintenant ?

Vivre, c'est aussi -comme dans la photo illustrant cet article- apprendre à se réfugier dans la présence magnifique d'un arbre sans faire une fixation sur les araignées qui pourraient débarquer...

Commentaires

J'aime beaucoup la chute... je chasse les araignées et les ombres en détricotant le fil. Des bises.

Écrit par : Paola | 10/11/2013

Heuh c'est mon ordi ou bien tu as changé la mise ne page, plus aéré, qui respire plus ? Ma clique rajouterait bien tout un bestiaire à tes modestes araignées... Et oui, mille fois oui ces ombres, ces forces inconscientes ont une vraie valeur, elles nous ont permis à un moment de notre vie de rester debout, elles ont le droit à toute notre gratitude. Le problème c'est qu'elles croient toujours que c'est nécessaires des dizaines d'années plus tard.... alors expliquer patiemment que non merci, ce n'est plus nécessaire, ou alors pas en mode automatique. Tu décris très bien ce flottement quand quelque chose se détache, flottement que l'on pressent souvent, et qui fait que parfois on préfère rester cramponner à ce qu'on connait et qui fait souffrir, plutôt qu'ouvrir les mains et aller vers l'inconnu.
Je lisais tout à l'heure que, selon C. Dejours, la confiance dans une relation ne tient pas tant à des dimensions psycho affectives qu'à à la qualité des régulations, et bien je crois que la confiance en soi dépend de cela aussi, notre capacité à réguler les relations entre les personnages de notre théâtre intérieur... Belle fin de dimanche !

Écrit par : Frédérique | 10/11/2013

A propos des "ombres" : certes elles s'imposaient à toi, à présent "dégagé" d'elles le territoire qu'elles occupaient est il vide? C'est apparemment le sentiment que tu en as.
A mon humble avis, toi en tant que toi, ne peux-tu pas être leur accompagnateur? Ne serait ce qu'avec la mémoire et leur souhaiter le meilleur avec bienveillance? Ce ne sont plus à présent des ombres mais des "entités" révélées, conscientisées, elle SONT à part entière, elles sont ELLES à présent.
Déjà se rappeler qu'elles font partie du paysage même si elles deviennent un point insignifiant de l'horizon du passé, c'est un peu de moins de vide avéré.
Rien ne se perd tout se transforme, disait l'autre.
Elles t'ont accompagnées jusqu'à il n'y a pas si longtemps, à toi de prendre le relais pour transformer.
C'est pas vide tout ça, c'est pas vide du tout.
Le vide est une sensation...prend conscience du contact de tes pieds avec le sol, de l'air qui passe dans ton nez, d'un bout à l'autre il est là le lien pour transformer tout cela.
Aller GO c'est parti, y a du travail sur l'ouvrage et du pain sur la planche !

Écrit par : flo | 11/11/2013

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