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13/10/2013

Du conte et du Tarot comme facettes d'un même miroir

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 Salomon Trismosin : "splendor solis" - (1582)


L'annonce du lancement de mon activité de consultation de Tarot provoque des retours tout à fait surprenants : des compliments, de l'enthousiasme, mais aussi certains qui se sont demandé, à la réception du mail l'annonçant, si mon adresse mail n'avait pas été piratée ; et aussi un mail à la limite de l'insulte... L'impression que cette nouvelle activité va susciter du ménage dans mes relations... Un effet imprévu ma foi. 

Autrement, beaucoup de réflexions en ce moment sur les relations entre conte et Tarot. L'idée que dans ma vie, l'une est le prolongement naturel de l'autre s'impose. 

J'ai d'ailleurs (je viens de m'en rendre compte) commencer à m'intéresser au Tarot, en même temps que je devenais conteur. 

Les deux ont recours à l'utilisation de symboles et d'archétypes. Les deux sont autant de parcours initiatiques, les deux sont la narration d'un « héros » en chemin. Les deux sont des leçons de vie. 

Ils nécessitent tout deux du silence et une certaine forme d'écoute bien particulière. Ils ont besoin de temps, de lenteur pour être compris. Ils parlent à la psyché et à notre royaume intérieur. 

A tous les possibles du monde, répondent tous les possibles des milliers et des milliers d'histoires, et les millions de combinaisons du Tarot. Ils sont tous les deux miroirs de nos ombres et de nos lumières. Une de leur différence toutefois, est que le conteur connait à l'avance l'histoire qu'il va raconter, alors que le tarologue découvre à chaque tirage une nouvelle histoire qu'il devra comprendre. Le conteur transmet un bijou lissé et poli par le temps, le tarologue surfe sur l'imprévu et l'incertain... 

Mais surtout, conte et Tarot, ont pour fonction essentielle, celle de réparer les âmes et les cœurs abimés. 

Ils sont tous les deux, fiction réparatrice. Le conte en ce qu'il contient souvent une ou plusieurs résolutions, le Tarot en ce sens qu'il permet de mettre des mots, puis de définir une nouvelle histoire dans une situation dans laquelle souvent le consultant s'est égaré dans une histoire qui le fait souffrir et pour laquelle il a besoin de trouver une nouvelle issue. 

Dans les deux cas, c'est la Parole qui agit : celle du conteur et celles croisées du tarologue et du consultant, tous deux à l'écoute de la voix silencieuse -mais au combien puissante, du Tarot. 

Dans les deux cas, c'est donc une mise en mots de scénarios psychiques visant à rétablir un équilibre perdu et à nourrir notre part la plus vivante. 

Sur le concept de « fiction réparatrice » (le terme en tant que tel n'est pas de moi, il est de Marianne Costa et j'y ai trouvé, comme je l'ai déjà dit je ne sais plus où dans ce blog, le mot qui me manquait et autour duquel je tournais depuis des années) m'est venu l'autre jour un flash sidérant. 

Tous les conteurs le disent : si les histoires qu'ils racontent s'imposent à eux, ils ne comprennent souvent que très tardivement les raisons profondes pour lesquelles ils les racontent. 

Ainsi cette histoire du rabbin de Vienne, que j'ai entendue de la bouche de Christiane Singer et qui est maintenant insérée dans mon dernier spectacle « les Messagers". 

La voici : 

"Un jour, un vieux rabbin newyorkais est revenu à Vienne pour la première fois au bout de cinquante ans. 

C’est un rabbin comme on en voit dans les livres ; merveilleux d’humanité, de sagesse et d’humour. Après sa conférence, une femme lui pose une question qu’elle n’aurait jamais du poser : 

- Pourquoi revenez-vous ici seulement après cinquante ans ? 

Parce que bien sûr que tout le monde le sait pourquoi il n’est pas revenu à Vienne, Autriche, pendant cinquante ans. Et tout le monde le sait aussi pourquoi il a du en partir. 

Mais le rabbin, qui a passé l'âge des colères et des querelles, répond. Il dit : 

- Vous voyez, je suis un bien vieil homme et je vais bientôt faire le grand passage. Alors avant de mourir, je me suis demandé, dans la profondeur de mon être, ce que je pouvais faire pour ce monde qui va si mal avant de mourir. Ce que je pouvais faire dans les jours qu’il me reste à vivre. Et la réponse est montée fulgurante : ne laisse aucune trace de ta souffrance sur cette terre si tu veux vraiment faire quelque chose pour le monde. 

Et voyez-vous, toute ma vie j’ai essayé de sublimer cette souffrance de la dernière guerre et subitement une mémoire m’est montée : j’avais douze - treize ans, et j’ai été pris à parti par un groupe de jeunes nazis qui m’ont jeté des pierres alors que je passais sur un pont de Vienne, me laissant pour mort. 

Alors ce matin madame, savez-vous ce que j’ai fait ? Je suis allé sur ce pont retrouver l’enfant que j’étais, et il était là m’attendant ; je l'ai pris dans mes bras, je l'ai consolé, je lui ai pris la main et nous sommes rentrés ensemble. 

Et voyez-vous, au moment où je vous parle, il n’y a plus aucune trace de ma souffrance sur cette terre, Plus aucune ». 

C'est une histoire sublime qui me bouleverse et je crois que j'ai compris pourquoi. C'est que cette histoire est l'incarnation absolue de ce que peut être, justement, une fiction réparatrice. Elle montre le chemin que chacun peut faire, consistant à revenir sur le lieu (symbolique ou réel) de ses blessures, à les nommer et, par le pouvoir de la Parole et de cet instrument sublime qu'est notre psyché, de les réparer ; pour renaître à une nouvelle histoire plus heureuse. 

Oui, changer la fiction que nous nous sommes faite de nos vies est possible. Oui, consoler l'enfant blessé en nous est possible. Oui, aucune histoire n'est définitive ; les ressources de notre âme sont infinies. Oui, notre mémoire est une gigantesque anthologie des fictions que nous nous racontons à chaque instant et à partir desquelles, pas à pas, nous nous construisons. Certaines sont belles et bonnes, d'autres destructrices, et il importe alors d'en inventer d'autres plus heureuses. 

Le conte et le Tarot sont des instruments extraordinaires grâce auxquels il est possible de faire œuvre de réparation, de construction, de nourriture. 

Quant à ceux qui persistent à ne voir dans le conte que puérilité non scientiste (je sais, je l'ai entendu !) et dans le Tarot qu'une arnaque à gogos, je réponds que oui, tout cela peut être vrai quand ils sont dévoyés. Mais qu'à leur source même, ils sont de sublimes portes d'entrée vers la Merveille que pourrait être nos vies. Et cette Merveille, ils nous l'apprennent... Conteurs et tarologues n'étant alors que leurs respectueux passeurs...

Commentaires

Tout ce que tu dis est très juste...

Comme d'habitude, les "clichés" ont la vie dure et les personnes non-versées dans ces domaines vous donnent immédiatement une étiquette négative, en se fondant sur leurs a-priori (tarologue = Madame Irma, diseuse de bonne aventure)...on n'y échappe pas !

Je vois bien les liens que tu peux faire entre Tarot et Contes. C'est très intéressant, le lien est sans doute à chercher du côté des symboles et des archétypes, qui sont "puissants" et qui soignent en effet...

Sur le thème de la "fiction réparatrice", il y a un livre (que je n'ai pas fini, je l'avoue...mais je vais le faire) qui s'appelle "Ces histoires qui guérissent" (sous-titre, "la sagesse du coyote" car c'est en rapport avec la culture amérindienne).
Un des chapitres s'intitule : les archétypes, des agents de changement.

Sans doute les lames du Tarot nous placent-elles devant les archétypes qui sont en train d'animer notre vie au moment du tirage...
Le conte peut avoir le même effet quand il tombe "au bon moment"...

Écrit par : La Licorne | 13/10/2013

Bonjour Domi,

Le conte de Christiane Singer, que je vient de découvrir, m'a mis les larmes aux yeux ... il est merveilleux ....
Les contes ont une grande importance pour moi ... ce sont des soignants ...
Et les Tarots m'ont toujours attirés ...
Je ferai appel à Toi un de ces jours prochains ....
Merci à Toi ...
Et surtout .. ne change rien ....
Bises à Toi et à Ta Douce et Tendre ....
CaThY.

Écrit par : Fernandez Cathy | 13/10/2013

Pour écouter Christiane Singer raconter elle-même cette histoire du vieux rabbin (qui n'est pas un conte mais une histoire vraie) :

http://www.youtube.com/watch?v=IOHa-lOSZZQ

Bon dimanche !

Écrit par : La Licorne | 13/10/2013

Pour écouter Christiane Singer raconter elle-mmêm cett histoire du rabbin (histoire vraie) :

http://www.youtube.com/watch?v=IOHa-lOSZZQ

Écrit par : La Licorne | 13/10/2013

Cathy : on se voit très bientôt d'après ce que j'ai compris !
La Licorne : merci pour ton regard et tes analyses et merci pour avoir mis la vidéo de C. Singer (c'est grâce à celle-ci que j'ai découvert cette histoire, et sa voix demeure assez magique...). J'ai rencontré lors d'une après midi de stage l'auteur du livre dont tu parles. C'était passionnant. Et je crois que le chamanisme (ici amérindien) travaille aussi autour de ces items. Je vais du coup relire le chapitre dont tu parles.

Écrit par : lhommeauboisdormant | 13/10/2013

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