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24/09/2013

Parfois

Marc Ferrrez enfant amérindien.jpg

Marc Ferrez - Enfant amérindien du Mato-Grosso (vers 1880)

 

Parfois, nous pouvons nous sentir orphelins de nos ombres chassées.

Elles s’en vont en créant un vide que nous ne savons comment habiter.

Cela se passe en plusieurs étapes : il y a tout d’abord le choc de la compréhension, un impact presque physique qui nous offre la certitude que cette fois est la bonne. Suivent quelques jours d’effervescence joyeuse, voire un peu foutraque et puis enfin une période d’indolence, de flottement, d’absence à soi-même et au monde ; comme une période de cicatrisation. Comme si l’organisme avait besoin de se reposer après l’effort.

Nous sommes habités, souvent à notre insu, par des ombres, des présences, des champs de force que nous créons ou qui nous sont imposés. Certains ont des effets positifs, d’autres peuvent nous détruire.

La psyché humaine est un écosystème terriblement complexe et vivant, peuplée de chimères en tout genre et de forces inconnues qui échappent le plus souvent à notre compréhension.

Pour le meilleur, une de ces forces est la Vie elle-même qui nous habite ; une autre est cet embryon de conscience que nous abritons, la plupart du temps sans savoir qu’il nous revient de le faire prospérer.

Pour le pire, toutes nos dynamiques obscurcissantes, nos pulsions les plus inavouables, nos colères les plus refoulées, les malédictions familiales les plus torves, les ressentiments les plus haineux, les désamours de soi les plus puissants. Pour le bouddhisme, les fameuses perturbations mentales racines (auxquels s’ajoutent les 20 perturbations secondaires…) : l’attachement, l’aversion, l’orgueil, l’ignorance, le doute, les vues erronées. Autant de dynamiques très puissantes qui prennent parfois la forme de monstres surgis des profondeurs…

J’ai longtemps été tiraillé par un paradoxe insistant : comment prendre en compte ces ombres, sans, dans le même temps, les renforcer ? Comment se fixer sur l’analyse d’une chose sans qu’elle ne vienne occuper le champ de la conscience ? Un ami enseignant bouddhiste à cette question m’a l’autre jour répondu de manière fulgurante : en cherchant ce qui peut les éclairer.

Oui, fulgurance de la réponse ! Et définition même –par la même occasion- de la mission du héros dans les contes, mythes et légendes : éclairer nos parts d’ombres pour réparer quelque chose qui a été défait, réunir ce qui a été séparé, accomplir ce qui n’est qu’embryon et demande à grandir.

Misère et grandeur de notre destinée d’humain. Car que sommes-nous d’autre en cette existence qu’un héros cherchant à accomplir une quête ? Innombrables sont les obstacles et épreuves. Innombrables les alliés (êtres vivants ou objets) sur lesquels nous pouvons nous appuyer. Infinies les promesses de chaque aube. Cruelles les pertes subies. Injustes les départs avant terme.

Les monstres et ombres rôdent tout autour de nous. Cachées en des cavernes obscures nous attendent les chandelles qui les éclaireront. A notre portée les brasiers et lumières qui les disperseront.

Le héros devient héros lorsqu’il se met en chemin. Il le reste lorsqu’il refuse de se soumettre à de supposées impossibilités, à des déterminismes familiaux ou sociaux. Il avance lorsqu’il parvient à faire de chaque être ou objet rencontré un allié. Il s’accomplit enfin lorsque la Bête meurt et que la paix revient.

Dans les alliés que nous pouvons rencontrer en ce royaume si contracté, il y a entre autre les contes merveilleux. Et, comme le dit Clara Pinkola Estès traduite par l’amie Christine : " Les contes vivants qui sont authentiques cherchent des cœurs capables d'être habités".

Nos cœurs sont-ils capables d’être habités par ces contes ? Sont-ils capables d’être habités par la lumière de l’aube ? Sont-ils capables de battre au rythme du monde ? Sont-ils capables de se dépouiller de leur gangue de colère et de frustration ?

C’est pourtant le seul chemin qui vaille. Et sur ce chemin, il y a, à un moment, deux options possibles : Creuser toujours au même endroit jusqu’à atteindre l’eau qui forcément se trouve dans les profondeurs de la terre et de notre psyché pourtant si asséchée ; ou bien, creuser en plusieurs endroits différents, jusqu’à ce que le sable s’effondre et laisse jaillir cette eau. A chacun de choisir sa méthode…

Nous vivons dans un monde où tous les savoirs nous sont accessibles. Il nous appartient juste d’en faire une connaissance, en les expérimentant : thérapies, sciences du vivant, pratiques spirituelles, pratiques corporelles, chamanismes, arts…

Dans toutes les histoires, le protagoniste se met en marche pour assumer sa destinée de héros en devenir suite à des catastrophes diverses et dévastatrices. Au vu de l’état de notre monde, il semble bien que nous y soyons… Alors allons, allons, sur les chemins de l’âme, les clairières aux murmures ; traversons nos royaumes intérieurs, terrassons nos peurs et nos monstres, et accomplissons ce qui doit l’être… Car ce n’est qu’à cette condition-là que notre action dans le monde sera réellement fructueuse…

« Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir heureux et courageux » écrivait Rainer Maria Rilke…

Commentaires

Bonjour Dominique,
Justement, s'est tissé ce matin en moi un bout de récit qui pourrait s'intituler d'Orphée à Perséphone "
A suivre dès que je trouve un moment pour l'écrire.
A bientôt !
Lise

Écrit par : Lise | 25/09/2013

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