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13/08/2013

Guérir

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Alexandro Jodorowsky raconte que lorsqu’il était enfant, il s’était fortement attaché à un chat, jusqu’à ce que son père, craignant que l’animal ne soit porteur de la tuberculose, ne l’abatte devant l’enfant d’une balle de révolver dans le jardin.

Il raconte que, suite à ce drame, toute sa vie, il s’est entouré de chat, jusqu’à ce qu’il rencontre son chat. Un chat extraordinaire avec lequel il a eu une relation magique jusqu’à la mort de ce dernier à 16 ans.

Il ajoute qu’il a créé « Le Tarot des Chats » après la mort du sien. Comme un hommage. Et qu’il a souhaité que celui-ci soit immédiatement accessible, même sans connaissance particulière du Tarot, d’une manière presqu’enfantine. Comme une façon aussi de guérir sa blessure d’enfance consécutive à l’assassinat de son chat.

Si je raconte ça, c’est parce que cette histoire vient résonner avec toute un champ de réflexions qui m’habitent en ce moment.

La mort de son chat enfant aurait pu être une blessure terrible et ravageuse : il l’a soignée en accueillant d’autres chats chez lui, puis bien plus tard, il a soigné le chagrin de la mort d’un autre chat en faisant le Tarot des Chats et a ainsi fait se rejoindre la guérison des deux blessures en créant un jeu qu’un enfant pourrait s’approprier.

Par ces actes-là, il s’est guéri. Et là où je veux en venir, c’est qu’en se guérissant, il a aussi guéri le monde de ses blessures.

Parce que je pense que si tout est lié, si nous sommes tous liés, par un réseau de liens qui pour certains restent encore à expliquer, alors, toute douleur vient en quelque sorte irradier le monde de sa souffrance. Nous sommes tous dans un même et grand cercle ; celui de l’humanité ; chaque acte d’un seul vient impacter les autres. Ainsi, me semble-t-il de plus en plus important, que chacun travaille sur ses propres blessures et inaccomplissements. Non pas que pour lui-même, même si c’est déjà primordial et important, mais aussi pour les autres.

Il est acquis maintenant l’importance qu’un parent règle autant que possible ses problèmes avant de concevoir un enfant. Qu’il réfléchisse à ce dont il est héritier (le bon comme le mauvais), et à ce qu’il pourra transmettre à ses enfants. Il l’est moins d’élargir ce constat au-delà du cercle familial. Pourtant, je pense de plus en plus que tout cela résonne bien au-delà de sa propre famille : vers les amis, les relations sociales et professionnelles et au-delà…

Ne serait-ce que parce que la Vie te parle de là où tu es.

La Vie est énergie et circulation. Elle est fluidité. Chaque douleur, chaque angoisse, chaque conflit irrésolu vient en bloquer le cours. Et il en va de cette énergie vitale comme de l’eau : si elle ne circule pas, elle stagne, croupit et s’asphyxie.

Je pense que ces certains actes, comme celui de Jodorowsky de créer son Tarot des Chat ; et certains rituels, ont pour fonction -et pouvoir, de rendre à la Vie l’énergie qui était bloquée et qui lui était donc retirée. Et ainsi de re-fluidifier une cristallisation malheureuse, en évitant de transmettre et faire perdurer le ou les traumas concernés.

Ainsi est-ce à chacun de tenter de recoudre le monde, de le réparer de ses déchirures. Certaines blessures sont sans doute loin de notre champ et de notre pouvoir d’action, (je pense à la Syrie ou aux eaux radioactives jetées dans la mer de Fukushima par exemple), mais certaines sont à notre portée : les nôtres bien sûr, mais aussi des déchirures à proximité, comme par exemple cet arbre dont je t’ai parlé il y a peu.

Il a été abattu le mardi 6 août au matin. En même pas deux heures : un jeune homme seul, harnaché et maîtrisant les techniques de grimpe, doté d’une tronçonneuse dont il se sert comme toi d’un Opinel pour couper ton sandwich, suffit à mettre à terre en moins de deux un arbre de 25 mètres de haut et 90 ans d’âge. L’arbre était effectivement fendu sur toute la longueur et aurait fini par se casser au risque de tuer quelqu’un. Nous étions quelques-uns à avoir la gorge serrée. Mais vois-tu j’ai fait trois choses : j’ai obtenu qu’on laisse une hauteur de 4 mètres afin d’y réaliser plus tard une sculpture qui sera comme un vestige / hommage à cet arbre. J’ai récupéré une « lamelle » qui est en train d’être recollée, poncée, vernie et qui sera conservée ; et j’ai écrit une chanson…

J’ai fait (et on m’a laissé faire) tout ceci mû par une sorte de nécessité intérieure dont je n’ai compris le sens qu’après, à la lumière de la réflexion dont je t’ai fait part ci-dessus.

Oui, j’ai la faiblesse de penser que grâce à ces quelques actes, la blessure liée à la mise à bas de cet arbre a été guérie et qu’ainsi, quelque chose de profondément perturbé a été ré harmoniser ; En nous et en l’univers. Une sorte de rituel de guérison comme un baume sur les blessures.

Ces mystérieuses connections sont tout un monde qui s’ouvre à ma conscience. J’ai toujours pensé que l’art, les histoires que je conte, les textes que j’écris, les musiques que je compose avaient pour fonction de réparer quelque chose, de guérir des blessures, de nous reconnecter sur un monde intérieur dont nous avons perdu les clés d’accès, et ainsi de nous replacer dans la grande roue du monde et de la Vie. Impression en ce moment d’élargir ce principe de guérison vers un espace plus vaste….

Commentaires

"J’ai toujours pensé que l’art, les histoires que je conte, les textes que j’écris, les musiques que je compose avaient pour fonction de réparer quelque chose..."
Ce n'est pas faux de penser ainsi.

Écrit par : Françoise | 13/08/2013

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