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01/08/2013

un coup de foudre

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(En blanc, la trace laissée par la foudre)

 

J’écrivais dans le texte précédent que les choses semblaient parfois relier de bien mystérieuses façons, échappant, tout ou en partie, à notre rationalité.

Nous pouvons certes ne faire que constater des événements factuels, mais nous pouvons aussi essayer de les relier entre eux et d’ainsi tenter de leur donner du sens. Fécondés de ce travail-là, ces faits, qui pourraient apparaître comme anodins peuvent alors devenir, des histoires, des fictions, des légendes, des croyances, voire des systèmes de pensée.

De fait, il faut somme toute bien peu d’efforts pour que les choses qui nous entourent deviennent légendes à elles-seules.

Ainsi l’histoire de ce cèdre du Liban (plus précisément un cèdre de Chypre). Un arbre magnifique et majestueux poussant dans un parc de la ville pour laquelle je travaille. Le plus bel arbre des environs pour une commune qui en comptent plus de 20 000 pour 10 000 habitants ! (Et une ville qui compte ses arbres ne peut être une mauvaise ville…)

Toujours est-il, qu’à l’occasion d’un évènement organisé par la dite-ville, -un grand événement à la forte popularité où le merveilleux est très présent- j’y ai organisé cette année (le 25 mai très exactement) un spectacle visant à honorer ce cèdre. Plus de 400 personnes y ont assisté, participant à une sorte de rituel proposé par une cavalière et sa jument, trois danseurs « arboricoles » et deux musiciens faisant chanter le bois et le souffle du vent. Ce fut à mon sens un bien joli moment, même si j’ai appris plus tard que beaucoup n’en avaient pas compris ni l’intention, ni le propos ; ce qui d’ailleurs fut un des déclencheurs de ma décision de changer de métier…

L’arbre était beau, la lumière dorée, et il y avait un je ne sais quoi de frémissant, un petit goût de premier matin du monde, un frisson d’innocence comme peut le vivre un enfant jouant à grimper aux arbres. Le héros de ce moment, c’était lui, cet arbre si beau que nous honorions alors, comme une façon de le remercier d’être là.

Si je te raconte ça, c’est que deux mois après, à 24 heures près très exactement, l’arbre a été foudroyé, fendu en deux sur toute sa longueur (28 mètres quand même !) et que pour des raisons de sécurité il sera abattu dans les jours qui viennent.

Deux mois après : à peine un souffle pour un arbre d’une centaine d’années…

Ce qui résonne étrangement avec une histoire –vraie- que je raconte d’un chêne tricentenaire abattu par le vent pile poil le jour où sa « propriétaire » eut enfin trouvé une maison à acquérir ; elle qui avait pris l’habitude d’aller visiter les maisons à vendre en emportant toujours avec elle quelques-uns de ses glands dans ses poches. Comme une manière de lui dire : « voilà, tu as trouvé ton lieu maintenant, tu n’as plus besoin de moi. »

La foudre tombe quand elle tombe, le vent souffle quand il souffle, les arbres meurent quand ils doivent mourir ; mais avoue que ces coïncidences sont troublantes. Je ne dis pas qu’il y a causalité, je dis juste que l’on peut regarder l’ensemble et, à partir de celui-ci, inventer de belles histoires. Et le monde vit d’histoires comme le bébé de lait. Un monde sans histoires serait un monde désenchanté, car alors plus rien ne résonnerait avec rien.

Un siècle de vie, quelques hurluberlus rêveurs qui l’honorent et deux mois après le géant vacille, foudroyé. Coupé en deux en sa longueur.

J’ai la faiblesse de penser que sans ce spectacle, l’arbre foudroyé serait resté un vague souvenir vite oublié (les gens de ces contrées ont peu de disponibilités pour s’attacher à un arbre). Mais que grâce à celui-ci et à ceux qui y ont assisté, il entrera dans la légende –même chez ceux qui disent n’y avoir rien compris sur le coup…

Il est parti en pleine gloire, mais nous sommes quand même quelques-uns à nous sentir le cœur lourd, attendant l’arrivée de l’entreprise devant l’abattre un peu comme ces personnes, le cœur déchiré, emmenant leur vieux chien à bout de tout chez le véto pour la dernière piqure…

Alors nous faisons comme pour les vivants, nous essayons d’imaginer une suite, de garder le bois, d’en faire une sculpture, du mobilier urbain… Que sais-je…

Que veux-tu, j’ai toujours pensé que le rapport d’une société à ses arbres était un indice vital de son niveau d’évolution…

Curieuse histoire que celle de cet arbre foudroyé peu de temps après qu'il eut été célébré. Magie pure ou hasard, je ne sais. Ce que je sais, c'est qu'il nous arrive des choses dont nous ne savons pas quoi faire. Quelque chose nous y remue, profondément, sans que nous ne comprenions en quoi et comment. Comme un message reçu dont nous ne parvenons pas à lire les caractères.

Les arbres sont patients par nature. Persévérants sans doute. Un jour, nous comprendrons et alors nous nous dirons que le message était évident...

Commentaires

Ouh la la je souffre pour ce jour où il va être coupé
Oui en garder le maximum
cela me fait penser au Journal intime d'un arbre de D. Van Cauweleart qu'on m'a offert récemment

donc une reconversion en artisan des matières,te dit-il, peut être ?

Écrit par : Laure | 03/08/2013

J'aime les arbres et en particulier les grands arbres...

Histoire qui fait réfléchir que cette histoire de "foudre"...

Peut-être peut-on voir aussi les choses ainsi : le spectacle a été fait "avant" que cela n'arrive...et donc "au bon moment"...
Comme certaines personnes attendent, pour mourir, que certains de leurs proches les revoient...peut-être cet arbre avait-il besoin de cet hommage et de cette attention pour "partir en paix" ?
Qui sait ?

Écrit par : La Licorne | 09/08/2013

C'est très exactement ce que je me dis... Quand bien même mes collègues mettent un point d'honneur ricanant à dire que c'est le spectacle qui l'a tué... Nous vivons une époque comme ça... Mais, sans pouvoir l'expliquer, je suis intimement persuadé que dans une certaine dimension, les deux choses -le spectacle et la foudre- sont liés...
J'ai même par la suite composé une chanson à ce propos. Autrement l'arbre a été abattu mardi matin. Sa cime, suite à un premier coup de foudre il y a quelques années était en fait très abîmée. J'ai obtenu que l'on en garde 4 mètres à la base pour y réaliser une sculpture par la suite et j'ai aussi récupéré une lamelle actuellement en cours de ponçage et de vernissage. Il avait 90 ans.
Je ne sais pourquoi, mais il m'a semblé qu'accompagner la mise à bas de cet arbre était une responsabilité personnelle...

Écrit par : lhommeauboisdormant | 09/08/2013

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