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22/06/2013

Lettre à une jeune femme voilée

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Photo : Steve Mc Curry : jeune fille afghane


Bonjour mademoiselle, bonjour madame, 
 
Dans une ville de la région parisienne, récemment, des imbéciles ont agressé dans la rue deux femmes voilées, et cela m'est insupportable. J'ai toujours préféré la raison du plus raisonnant à celle du plus fort, l'utilisation des coups -plus que de la pensée- discrédite de fait celui qui les pratique.
 
J'ai toutefois décidé de vous écrire. Pour vous dire ma condamnation ferme et sans appel du comportement de ces idiots, mais aussi, pour tenter de vous expliquer pourquoi ce foulard que vous portez me fait mal.
 
Habitant en région parisienne, j'ai souvent (et de plus en plus) l'occasion de croiser des jeunes femmes comme vous portant foulard. Je parle ici du Hijab, du Niqab et du Tchador, excluant de fait la Burka qui est pour moi une insulte à la Vie-même et pour laquelle il m'est impossible d'avoir la moindre tolérance.
 
Il me fait de la peine, parce que je pense que la Vie est une belle et bonne chose, et que toute créature mérite d'être admirée et reconnue comme précieuse et belle. A ce titre, je pense qu'une femme, quelle qu'elle soit, est belle ; et c'est honorer la Vie -voire celui qui l'a créée si l'on est croyant- que de le reconnaître.
Une femme est belle, les cheveux d'une femme volant dans le vent sont beaux, le cou d'une femme l'est aussi. Comme le sont les floraisons des arbres au printemps, la pomme que l'on cueille, le jeune enfant qui apprend à marcher, les jeunes gens riches de toutes les promesses à venir, la peau parcheminée des vieillards, la lumière se réfractant sur la fenêtre d'en face... La Vie est un cadeau, une offrande à elle-même, la cacher est un drame.
Sans doute vous souvenez-vous enfant du vent agitant vos cheveux, du souffle de l'air sur la peau de votre visage. Cela ne vous manque-d’il donc pas ? En tout cas, pour ce qui me concerne ne pas pouvoir voir votre visage libre me manque et me peine.
Je dis « libre » ; sans doute ne partagerez-vous pas cet adjectif sous-entendant qu'une fois voilé il ne l'est plus. Oui, je l'admets, j'ai cette grille-là.
 
J'ai cette grille, parce que je n'arrive pas à me convaincre que l'on puisse à votre âge, en ce pays la France (pour d'autres pays en d'autres continents, je ne me prononcerai pas ; je n'y suis pas allé et je dirai sans doute des sottises) accepter ce tissus. Je sais que beaucoup d'entre vous affirment l'avoir choisi et le revendiquent, et je n'ai aucune raison de mettre en doute votre sincérité, d'autant que c'est sans doute souvent vrai : ainsi m'arrive t-il souvent de croiser de jeunes amies, sœurs ou cousines, marchant dans les rues ou dans les centres commerciaux, l'une portant le voile et l'autre pas. Comme si en effet, il s'agissait d'un choix personnel. Mais croyez-moi, si il y a une chose dont je suis sûr pour l' avoir expérimentée dans ma vie personnelle à maintes reprises, c'est bien le fait que, souvent, des choix que l'on croit personnels sont la résultante d'une invisible pression sociale, familiale, voire personnelle, qui nous échappe.
Vous me trouverez sans doute bien présomptueux de mettre en doute votre lucidité sur vos choix et vous aurez raison. Comprenez que je ne peux parler que de là où je suis.
 
Voyez-vous, il m'est arrivé de croiser des groupes d'habitants d'une ville que je connais, venant de tout horizon, dans lesquels étaient présentes une ou deux femmes portant le voile que vous portez. Et ce que je peux dire, c'est que ces voiles alors n'étaient pas que voiles de tissus : ils étaient comme des murs. Des murs souples et soyeux, certes, mais des murs qui semblaient dire : "je suis là, parmi vous, mais je ne suis pas complètement là, parmi vous." Ils posaient, oui, comme un mur entre ces femmes et les autres personnes présentes. Avez-vous déjà ressenti à quel point ce simple voile vous isole d'une manière insidieuse ? Vous me direz : dans ce cas pourquoi n'interrogez-vous pas l'attitude de ces autres personnes envers moi ? Ont-elles fait la démarche de venir à moi ? Et votre remarque sera bienvenue. Et sans doute, toutes ne l'ont pas faite cette démarche, mais je sais que certaines l'ont fait. Pour qu'une relation vive il faut être deux à accepter d'aller vers l'inconnu de l'autre. Que vous le vouliez ou non, votre voile pose un mur, une impossibilité de, une altérité farouchement défendue, qui envoie un signal si fort qu'il affaiblit considérablement toute véléité de rencontre. Certains tissus ont parfois la dureté d'un mur.
 
Reste une autre raison affirmée justifiant le port de ce foulard : celle consistant à dire qu'ainsi vêtue, vous affirmez votre probité morale et qu'ainsi vous ne vous exposez pas à la vindicte vous reprochant d'être « fille facile » (pour rester poli) ou aguicheuse, et qu'ainsi vous éviteriez d'avoir à subir des comportements déplacés au humiliants.
Une façon de dire que : « plus mon apparence sera éloignée des courbes de mon corps, plus je pourrai me déplacer sans encombre ». Mais enfin, le coupable en l'histoire, n'est-ce pas plutôt le jeune homme, ou l'homme, qui -incapable de maîtriser ses élans ou ses pulsions- commettra des actes ou des paroles (ou les deux) que, tant la morale, que de minimales règles de vivre-ensemble condamnent ? Vu de ma fenêtre -et je vous sais d'avance rétive à l'argument- vous vous imposez un vêtement enfermant, et j'imagine peu pratique, sous le prétexte de la perversité d'autres, qui eux sont libres d'aller comme ils veulent, vêtus comme ils le souhaitent en toute impunité...
Voyez-vous, je ne peux me résoudre à trouver cela « juste ».
 
Sachez, que cette lettre que je vous écris, cela fait des mois que j'essaie de vous l'écrire. Nous vivons tous deux dans une période et un pays ou tout cela devient très compliqué, entre autre parce que les discours sont monopolisés par les extrémistes de tout bord, tuant ainsi toute nuance et brûlant tout territoire compris entre les deux.
J'attendais aussi le moment de me sentir en moi assez d'amour et de bienveillance pour vous écrire, dans la mesure où, sur ce sujet, nous avons besoin d'amour bien plus que de savoirs ou de croyances.
 
En écrivant ces lignes, j'ai pensé à mes enfants qui ont peu ou prou l'âge que j'imagine que vous avez. J'ai pensé à quel point il est difficile  de se comprendre et de se penser à votre âge. J'ai pensé à ces consœurs à vous, si jeunes, et poussant déjà poussette, quand ma fille est encore loin de cela, occupée qu'elle est à trouver son propre chemin.
 
J'ai pensé à ces doctes savants affirmant que dans l'Islam rien n'impose explicitement le port de ces tenues. J'ai pensé à la douleur que je ressens parfois à croiser ces regards entre deux bandeaux de tissus noirs. J'ai pensé à ce que disent certaines jeunes femmes iraniennes, comme quoi, à propos du foulard, il y a tellement de motifs, de textures et de couleurs possibles qu'il y aurait là tout un espace de liberté à explorer, contournant ainsi les dogmes des doctes religieux... J'ai pensé qu'il y a encore vingt ans, toutes les jeunes femmes, quelles que soient leurs origines familiales ou pratiques religieuses, allaient têtes nues dans les rues de France. Et puis, j'ai pensé à cette femme croisée un jour dans le RER avec ma compagne. Elle portait le Hijab, était assise en face de nous, et nous regardait avec un visage respirant l'amour, la joie et le bonheur. C'est à ce moment-là que je me suis rappelé que les choses sont toujours infiniment plus complexes -et belles- qu'elles ne le paraissent...
 
Je vous souhaite d'être heureuse dans votre vie et je me souhaite de revoir un jour vos cheveux volant dans le vent, et sourires sur votre visage.
 
Ce sera pour moi le plus beau des cadeaux.
 
Bien à vous.
 
Un de ceux qui vous croisent...

Commentaires

Merci Dominique pour cette lettre sensible et juste, elle m'aide à mieux comprendre mon embarras. Je me disais plutôt, "je suis un homme, le risque d'être sexiste est trop grand pour que j'ose m'exprimer sur cette question".
Encore merci, à tout bientôt j'espère.
Jacques. Hameau d'Espériés 30120 LE VIGAN 06 07 01 46 58

Écrit par : LESTRAT | 22/06/2013

La communication est à plus de 80% non verbale
Les femmes voilées de la tête aux pieds, laissant à peine voir leur regard se coupe de la communication, c'est sans doute le but l'extérieur est vu comme source de danger. ce n'est pas l'islam. Ce n'est pas la religion. C'est autre chose, qui mène à la guerre, à la peur.

Écrit par : Laure | 24/06/2013

alors la reconnaissance et l'admiration ne peuvent s'appliquer qu' a l'apparence d'une femme ? mes parents, frère, sœur cousin cousine et ami ne peuvent-ils pas m'admirer pour ma gentillesse ma bonté mon courage mon intelligence ... pkoi cette admiration dont je dois apparemment faire l'objet pour être heureuse ne se traduit-elle que par l'apparence ?
je suis française d'origine allemande -espagnol, convertie a l'islam depuis plusieurs année, j'ai aujourd'hui 27 ans et ai bcp eu le temps de me documenter sur TOUTES les religion monothéistes, qui conseillent TOUTES aux femmes de se couvrir, la bible encore plus insistante ("la femme qui ne veut pas se couvrir la tete rasez-lui"tiré de la bible) ce n'est pas un hasard, je vous invite donc a vous documenter sur les raisons qui poussent une femme a porter le voile ( et si possible ne vous documenter pas sur des sites islamophobe ca me parait evident) Une chose est a prendre en compte pour comprendre n'importe quel musulman ou n'importe quel croyant sincère, la reconnaissance de l'autre n'a pas d'importance en Islam, ce qui compte c'est la reconnaissance de DIEU tout puissant seul decisionnaire pour l'entrée au paradis ou en enfer, pour vous la vie est un cadeau, un bonheur ... il faut en profiter a tout prix..., chez les musulman la vie et une epreuve qui amenera au paradis ou a l'enfer et cela durera l'eternité donc nous n'avons pas d'interet a cherir la vie qui ne dure qu'environ 80/90 ans en moyenne, car l'eternité au paradis et le plus grand des cadeaux et le fait de profiter de la vie comme vous le dites fait oublier l'importance de se concentrer sur ses bonnes action ( aumones, service,aide au parents , voisin...vouloir le bien aux autres...).
voila je ne pense pas du tout etre la victime d'une pression sociale ou familiale invisible qui m'aurait pousser a porter le voile car mes parents sont athées et j'ai muri mon chois pendant presque deux ans !

Écrit par : johanna | 26/04/2014

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