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12/06/2013

une histoire

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Il y a des histoires que j'ai tant racontées que j'en ai perdu l'envie. Oh, pas des contes, non ! Des histoires de vie. Et celle-ci je ne sais plus si je te l'ai déjà racontée. Mais comme j'en parlais à nouveau avec la Dame ce soir, je me dis qu'après tout, c'est qu'elle doit l'être ; racontée.

Un matin donc de mes 4 ans, ma mère a dit à mon père qu'elle partait acheté du beurre. Et elle n'est jamais revenue. C'est qu'elle était, en secret, tombée amoureuse du frère de mon père. Elle l'a donc rejoint, persuadée en ce début des années 60 qu'elle nous récupérerait rapidement, tant en ces temps-là les enfants étaient toujours confiés à leur mère. Elle a fait cela en toute insouciance, presque comme une adolescente.

Dans les faits cela ne s'est pas produit comme elle le pensait ; elle n'a pas eu notre garde, en a fait une dépression grave et mon frère et moi avons été, de fait et d'un seul coup, privés de mère : disparue !

Mon père, lui, en est devenu fou. Fou de chagrin et de douleur ; lui déjà dépressif, « malade des nerfs » comme on disait à l'époque, sans doute épileptique, hypocondriaque, et de façon absolument certaine ; alcoolique.

Et c'est là que je veux en venir.

Un matin (je m'en souviens parfaitement bien comme si c'était hier), il était en pleine crise. Dehors il faisait beau, sans doute les premiers jours de printemps (mais la mémoire est une reconstitution n'est-ce pas...) Il était comme possédé, assis sur une chaise dans le salon. Il m'a tordu les poignets pour me faire mettre à genoux et à commencer à me dire :

  • Répète après moi : ta mère c'est une putain et ta grand-mère une salope !

J'ai rétorqué que non, ce n'était pas vrai. Il m'a serré les poignets encore plus fort :

  • Répète après moi : ta mère c'est une putain et ta grand-mère une salope !

J'ai encore dit non.

Et puis, encore, et encore. Jusqu'à ce que je pleure en hurlant : « Non c'est pas vrai! »

Et lui d'insister encore jusqu'à ce qu'il capitule...

Si je te raconte ça, c'est parce que je ne l'ai pas dit. Jamais et définitivement : pas dit.

Si j'avais dit ce qu'il voulait ce jour-là, je serais fou, ou mort. Mais je ne l'ai pas dit et c'est ce qui m'a sauvé pour toujours et à jamais.

Notre vie parfois repose sur des moments de bascule imperceptibles. Sur des presque rien.

Alors voilà : je ne l'ai pas dit. Et toute l'estime que j'ai de moi vient de là. De ce moment précis. Et peut-être même que la vie abimée qui fut la sienne ensuite vient de là, elle aussi, comme le revers d'une même médaille.

Certains tuent l'innocence de leurs enfants comme d'autres massacrent des éléphants. En toute impunité -souvent- et en espérant un gain à court terme. Le massacre des innocents.

Sans doute que les éléphants ne peuvent dire « non ». Mais les enfant, eux, parfois le peuvent.

Ce jour-là, dans l'année de mes quatre ans, j'ai dit non. Je l'ai dit d'une zone bien plus ancienne que le petit enfant que j'étais. Mais je l'ai dit.

Et j'ai sauvé mon âme. Et ma vie.

Commentaires

Merci, je ne saurais dire plus en ce moment :'(

Écrit par : amiedesmots | 12/06/2013

Et bien et bien, quel petit garçon clairvoyant et courageux ! Un bisou à lui, qui est toujours là n'est ce pas...

Écrit par : Laure | 13/06/2013

Oui Laure, il est toujours là...

Écrit par : l'homme au bois dormant | 13/06/2013

Les commentaires sont fermés.