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11/06/2013

Petit Dragon s'agace...

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 Bruce Lee, une de mes idoles... entre autre à cause des coups de manches à balai que je me suis pris sur la gueule adolescent en voulant faire des nunchakus fabriqués maison...


Suite à certains propos entendus lors de réunions récentes, le besoin me vient de témoigner d’un agacement qui devient quotidien.

Non pas que j’aime m’agacer (c’est mauvais pour l’esprit), mais il me semble que ce qui le provoque pourrait faire réfléchir.

Tout d’abord dire que je ne viens pas d’un milieu plus cultivé et plus aisé qu’un autre : ma grand-mère maternelle était emballeuse ; ma grand-mère paternelle couturière ; mon père comptable ; mon beau père artisan du bâtiment et ma mère secrétaire. Il y avait quelques livres à la maison, c’est un fait, mais pas tant que ça, quoique j’en trouvais toujours à lire. Ainsi à 11 ans avais-je lu presque tous les romans de Jules Vernes. Il y avait -en tout cas chez ma mère- des disques ; et pas n’importe lesquels : tout Ferré, Brel, Brassens, Reggiani, Moustaki… Et c’est sans doute de là que me vient une forte attirance pour les esprits forts et la poésie.

Il n’en demeure pas moins, qu’ayant arrêté les études après un BAC pro (G1 à l’époque, soit secrétaire sténo-dactylo… si, si !), je suis ce que l’on appelle un autodidacte. Et si je suis directeur culturel, c’est entre autre, sur la base d’une culture un peu foutraque et diversifiée, qui va tout autant des Stones qu’à la poésie japonaise… et que je me suis forgée avec les moyens du bord. Quand bien même il y ait eu, comme souvent dans ce cas, un ou deux professeurs de français à qui je dois énormément…

Enfant, et jusqu’en 6ème (que j’ai sautée d’ailleurs) j’étais un très bon élève. J’étais même le meilleur de l’école (enfin si on peut appeler « école » un internat privé dans lequel les sévices psychiques et corporels pleuvaient comme gouttes de pluie en mai 2013…). J’en étais plutôt fier et je me souviens qu’un jour de mes 9 ans, en vacances à la campagne, j’avais été odieux avec une petite fille de mon âge qui savait à peine lire et écrire. Prétentieux, cruel, méprisant et arrogant, j’avais été. Elle en avait pleuré, inconsolable, pendant longtemps, et cela avait suffi pour me faire prendre conscience que tout savoir et connaissance ne devait pas servir à humilier son prochain, mais au contraire à l’éclairer (C’est dingue d’ailleurs ce que l’on peut comprendre enfant !). Je m’en étais voulu âprement et depuis j’ai toujours veillé à faire attention à ça.

Ensuite, si j’ai toujours travaillé dans des métiers de médiation et de « passeur », ce n’est sans doute pas un hasard. Originaire d’un milieu modeste, conscient de mon parcours, j’ai toujours essayé d’être le plus lucide possible par rapport à tous les enjeux sous tendus : de pouvoir, de classes sociales ou de transmission.

Si je te raconte ça, c’est qu’ayant à travailler sur l’installation dans la ville qui m’emploie d’une œuvre d’art de taille imposante (pas de la statuaire antique mais rien non plus de trop conceptuel), je me suis retrouvé à présenter la chose en diverses instances. Et ce que j’ai entendu comme propos, de tout bord et de toute obédience, est à hurler tant ça sent le mépris, l’ignorance crasse et le manque de curiosité.

Et vois-tu, j’en suis venu à me dire ceci : « Si moi, en tant « qu’intellectuel » je parlais avec autant de mépris et de désinvolture de ce qui est le plus couramment partagé (disons à titre d’exemple et au hasard : le foot, le contenu artistique du spectacle des Restos du Cœur, Michel Lévy ou Christophe Maë), je me ferais illico (et ce serait normal) traiter d’intellos bourgeois qui se la pète, d’élite méprisante et ras du col et cela dit pour rester poli… Alors que curieusement, dans l’autre sens, c’est socialement beaucoup plus accepté.

Il est donc "normal" que j’entende parler de « ton truc de merde », de « goutte d’huile à la con », de « gros cul », à propos d’une œuvre d’art (plutôt belle), alors qu’il serait perçu comme inadmissible que je les renvoie à leur ignorance crasse et auto cultivée et à leur absence pathologique de curiosité pour le «différent ».

En un mot, le respect que je leur dois ne rencontre pas le respect qui serait dû en contrepartie, non pas tant à moi, mais au moins à la sculpture en question et à l’artiste qui l’a réalisée. Et ce mépris-là, socialement accepté somme toute, a quelque chose de profondément poujadiste et retors.

Pourquoi retors ? Parce qu’en respectant infiniment le « moins cultivé » que moi, en mettant au centre de la relation l’être humain plutôt que la culture qu’il aurait accumulé ou pas, j’honore l’humanité qui est en nous (en lui et en moi). Alors qu’en refusant de faire ce travail de compréhension qui pourrait éventuellement lui apporter quelque chose, ce « moins cultivé » se met dans une » position basse » qui en revient à ce qu’il se dévalue lui-même dans son potentiel d’ouverture et de compréhension.

C’est-à-dire, que sous prétexte de conchier une proposition qui lui paraît stérile et inutile (et après tout pourquoi pas, mais dans ce cas, par pitié, évitons ces propos bas du plafond…), il se dénie la possibilité de vivre quelque chose de nouveau et ainsi d’avancer sur son chemin.

Au-delà de cela, il a bien sûr le droit d’aimer ou de ne pas aimer. Personne n’a le monopole du bon ou du mauvais goût et chacun se construit ses références. Certaines, importantes pour certains, n’existeront pas dans l’univers d’un autre, et c’est très bien comme ça.

Mais de grâce, je vous le demande : ayez au moins la politesse de rendre le respect qui vous est fait (et dû !) plutôt qu’à vous caricaturer dans une posture d’ignare revendiqué que vous ne méritez pas. N’oubliez jamais ceci : le système de production (et pas que…) a infiniment besoin d’inculture, d’ignorance et d’auto dénigrement. C’est à ce prix qu’il vend sa camelote et trouve des gens pour accepter des règles iniques. Le Savoir, qui n’existerait pas sans la curiosité, est le meilleur garant de toute émancipation.

Alors je te préviens, la prochaine réunion où quelques-uns de ces propos de bas étage seront tenus, je quitterai ma neutralité bienveillante et risque bien de ruer dans les brancards et de foutre une belle merde…

"…Faut pas faire chier Zorro !", comme dirait quelqu’un qui m’est très proche…

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