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03/05/2013

Jouer le jeu du monde

P E Victor jeune inuit endormie sur la banquise (2).JPG

Photo : Paul-Emile Victor (1936)

"Jeune inuit endormie"

 

Parfois, alors qu'il semble qu'une suie noire et grasse recouvre ta vision comme un rideau trop sale, il arrive qu'une image vienne et restitue intacte la lumière du monde.

Ce matin, je suis donc tombé (comme on tombe des nues) sur cette photo de Paul-Émile Victor d'une jeune inuit endormie un printemps de banquise, prise en 1936 (ne l'ayant pas trouvée sur le net, j'ai photogranphié la page, le contre jour sur la partie supérieure n'est pas sur la photo d'origine).

Je l'ai trouvée dans un hors série de « Sciences et Vie » consacré au sommeil... Comme quoi un rien suffit à mener à la grâce.

Ce monde, nous le savons, n'existe plus, mais il est la trace d'un paradis perdu et donc d'un paradis possible.

Il paraît que l'on ne sait toujours pas à quoi servent les rêves. Je le sais moi, à quoi ils servent : ils servent à ne pas devenir fous ! Et cette photo vois-tu, trace d'un temps où tout semblait baigner dans une lumière de premier matin du monde, où, endormis nus dans des peaux de bêtes sous la clarté des nuits arctiques, nous étions alors baigneurs d'étoiles, herbes ployées sous les corps, corps nus à la beauté d’Éden, cette photo-là, oui, nous aide à rester sains de corps et d'esprits.

Nous portons en nous tous les paradis perdus comme une blessure à jamais ouverte, une plaie béante venant laver le monde.

Conteur, ravaudeur de malheurs, j'appartiens aux histoires que je conte comme cette jeune femme appartint au monde qui accueillit ses rêves et son sommeil. Les paradis qui nous fondent sont portes sur le monde. Semences des rêves à venir.

Cette lumière originelle sur ce visage à la pureté sans fard nous inonde.

Dehors dans le jardin de la maison de mon monde, le lilas flamboyant ; dedans ces mots d'Aimé Césaire :

« ... mais ils s'abandonnent, saisis, à l'essence de toute chose

ignorants des surfaces mais saisis par le mouvement de toute chose

insoucieux de dompter, mais jouant le jeu du monde.»

(in : Cahier d'un retour au pays natal)

« Jouer le jeu du monde » : oui, mais celui des rêves et des Édens perdus et à retrouver. Le monde d'une jeune inuit endormie sur la banquise en 1936... Source vive, abandon intact, émerveillement à jamais béant sur le monde.

Notre monde devrait réapprendre à dormir...

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