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28/04/2013

fictions tarologiques 6 - du tarot, du conte et de Giotto

Char de feu giotto et chariot.jpg

Giotto : le char de feu - Le Chariot

 

On ne connaît pas exactement les origines du tarot. On sait que le plus ancien jeu de tarot connu est celui dît des « Visconti-Sforza » et qu'il date de 1450.

Au-delà de cette date presque tout est hypothèse.

Ce qui est certain c'est que son iconographie et ses références sont clairement ancrées dans le moyen-âge (voir photo), et pour une partie des arcanes, dans la religion chrétienne : empereur, impératrice, pape, papesse (quoique ce soit là plus étonnant...), Jugement, figures d'ange, Diable, tour s'écroulant (Tour de Babel ?) auréoles au-dessus de la tête de certains personnages...

Les autres arcanes font référence aux astres : Lune, Soleil, Étoile ; à des vertus : Justice, La Force, Tempérance ; à des sentiments humains : L'Amoureux ; à des actions concrètes : le Chariot, le Bateleur ; aux cycles de la vie ; l'Arcane sans nom, la Roue de Fortune ; à des manières d'être au monde : le Mat, L'Hermite, le Pendu. Et puis le Monde qui les contient tous...

Arcane est un nom masculin (je croyais jusqu'à il y a peu qu'il était féminin) qui a été emprunté à l'alchimie et qui désigne une opération mystérieuse et, par extension, un remède dont on tient la composition secrète. Étymologiquement, le mot vient de « arcanus » qui signifie secret, qui lui même vient de « arca » qui signifie coffre. Ce qui revient à dire qu'un arcane est ce qui est serré dans un coffre et donc par conséquent caché à tous les yeux (Littré).

Le secret à percer fait donc partie intégrante du tarot et c'est sans doute là sa fonction la plus évidente lors d'un tirage : chercher à percer un secret caché...

Pour en revenir à ses origines tout est donc spéculation.

L'hypothèse – à prendre comme une histoire à raconter- qui est ma préférée est que le tarot a été créé entre 1 000 et 1 400, soit à une période où l'inquisition n'était pas loin et obligeait à « coder » certains savoirs pour pouvoir le transmettre sans risquer sa vie. Qu'il a sans doute été créé par plusieurs personnes et, j'aime à le penser, par plusieurs personnes issues des trois religions monothéistes. Peut-être en Espagne quand elles cohabitaient harmonieusement ? Cette hypothèse pourrait éclairer, par exemple, le fait que l'on retrouve dans le tarot certaines analogies avec la Torah.

Comme le tarot est un langage optique et symbolique à la polysémie sans fin, il a au fil des siècles été récupéré par à peu près tout et n'importe quoi : ésotéristes, mystiques, marchands, psy... pour le meilleur et... pour le pire !

Presque tous arguant qu'ils étaient les seuls dépositaires et experts certifiés du « vrai tarot originel », avec en corollaire une croyance : c'est le plus vieux jeu connu qui serait le plus proche de la vérité qu'il souhaitait transmettre. Si je peux admettre le raisonnement, il ne ma paraît pas obligatoirement toujours juste et je ne peux m'empêcher de faire ici un raccourci avec le conte.

Comme pour le tarot, personne ne sait avec certitude d'où viennent les contes, ni qui en a créé les premiers. Tous les conteurs, eux aussi, lorsqu'ils travaillent un conte, cherchent à en retrouver la plus ancienne version connue en se disant qu'elle serait la moins altérée par les reprises successives. Et c'est en effet parfois vrai. Pourtant, si l'on connaît un nombre incalculable de versions du Petit Chaperon Rouge (par exemple!) -la plus ancienne version écrite connue étant chinoise et datée de 800 après J.C.- pas une seule de celles-ci n'est exactement semblable avec une autre !

Les gens de doctes savoirs diront qu'il y a dans chaque version d'un conte un « invariant culturel » (ce qui ne change jamais à travers les récits qui en sont faits dans chaque culture) et des « variants culturels » (ce qui peut être modifié sans changer le scénario psychique et narratif initial de celui-ci).

Ce qui fait que depuis des siècles, chaque époque, chaque conteur s'approprie à sa manière et avec des fortunes diverses, des contes ou des légendes, les faisant évoluer en fonction du contexte, mais en tentant d'en garder (je dis bien « en tentant »!) sa force vive.

Et vois-tu, je crois qu'il en est de même pour le tarot. Il contient un savoir profond, singulier, quotidien et sacré à la fois, qui n'est pas clairement explicité, caché derrière des images presque enfantines ; de la même manière que les contes contiennent un savoir caché derrière l'apparente simplicité de leurs mots.

Tous les deux débarrassés de la gangue de l'explicite rationalisé, loin des sirènes des artefacts de la « communication », ils disent plus que ce qu'ils semblent dire, préférant les cœurs simples et les âmes curieuses en chemin (ce qui n'exclut pas travail et rigueur!) aux docteurs étouffant , souvent à leurs cœurs défendant, la vie-même sous les parpaings de leurs certitudes.

C'est à cette condition-là qu'ils ont traversé les siècles, ayant conservé leurs forces vives et leur mystères intacts, et ainsi, continuent de réveiller et d'émerveiller nos psychés endormies.

Pour terminer ce texte, quelques réflexions d'un adulte découvrant le miracle Giotto comme le ferait un enfant. Une merveille qui ne parle pas de la grâce, mais qui est grâce. Et toute ces connexions : Giotto, Saint François d'Assises, Christian Bobin (avec « Le Très-Bas ») ; que je ne peux m'empêcher de rapprocher aussi d'Etty Hillsum par exemple ; tous ces arpenteurs de la grâce et du miracle... il semble qu'au moyen-âge on ne connaissait pas la perspective (Giotto en a été le précurseur en peignant des bâtiments). Il n'y avait donc pas de lignes de fuite. Tout était pour ainsi dire sur le même plan. Les personnages ne baignaient pas dans la réalité du monde, ils baignaient dans une sorte d'espace magique hors du monde, parfois comme chez Giotto flottant au milieu d'un bleu irradiant de pureté et qui pourrait vous laver l'âme rien qu'en le regardant. Compris il y a peu qu'il en était de même avec les arcanes du tarot. Chaque motif étant finalement comme découpé sur un fond blanc. Et c'est de ce blanc matriciel échappé de notre monde qu'ils apparaissent dans toute leur puissance.

Commentaires

Vos textes sont des perles précieuses, Dominique, qui font rimer simplicité et profondeur. Je m'en vais partager votre billet sur FB.

Écrit par : Frederique | 01/05/2013

Très intéressant...
De même qu'il y a un alphabet pour les mots...et qu'avec 26 lettres on peut tout écrire, sans doute faut-il voir le tarot et ses lames ou arcanes comme un "alphabet" symbolique...qui nous permet d'explorer tout l'univers du "SENS".

Toi qui baigne dans l'univers des contes, connais-tu ce tarot-là : "Les cartes de l'enfant intérieur" d'Isha Lerner ?

C'est celui que j'utilise depuis 15 ans, et je le trouve très bien fait...ses" symboles" sont ceux des contes traditionnels et de la nature...
ce qui me convient parfaitement.

C'est d'ailleurs incroyable que tu parles dans ton article des différentes versions du Petit Chaperon Rouge : c'est un sujet qui me passionne depuis des années...je me suis intéressée aux nombreuses versions de ce conte (suivant les époques et les pays) et je me suis rendue compte qu'il s'agit carrément d'une étude de l'évolution d'un mythe au cours des âges...
Connais-tu les versions très anciennes ?

Écrit par : La Licorne | 11/05/2013

Merci la Licorne pour vos commentaires ! Non je ne connais pas le Tarot dont vous parlez mais vais donc tâcher d'en savoir plus. Je ne connais pas spécialement de versions anciennes du Petit Chaperon Rouge, mais je serais curieux d'en savoir plus sur votre analyse de l'évolution du mythe au cours des âges !

Écrit par : l'homme au bois dormant | 11/05/2013

Pardonnez-moi, tout d'abord, Monsieur Dominique, de vous avoir tutoyé...c'est un réflexe chez moi quand je sens que quelqu'un a plus ou moins les mêmes centres d'intérêt que moi...
Donc, si ça vous intéresse, le tarot en question se trouve par exemple ici:
http://www.cultura.com/livre/sciences-histoire/esot%C3%A9risme/arts-divinatoires/isha-lerner%2c-mark-lerner%2cles-cartes-de-l-enfant-int%C3%A9rieur,2077727.prd
Je le recommande fortement ...à ceux qui ont encore une "âme d'enfant"...

Quant aux versions du Petit Chaperon rouge, j'en ai étudié une douzaine...il faut lire la version nivernaise, les versions asiatiques : "La vieille femme tigre"...et la version plus ancienne, version "inuit"..."Frère-Lune et Soeur-Soleil"...
J'aimerais développer mais cela nous emmènerait très très loin...
J'essaierai de publier des articles sur ce sujet un jour ou l'autre...

Écrit par : La Licorne | 11/05/2013

Tu peux me tutoyer... Je suis en effet aller voir ces cartes sur internet et il est vrai qu'elles sont très belles. Je ne pense pas parvenir à les utiliser pour un tirage (je suis trop imprégné du Marseille !) mais comme outil pour l'imaginaire et le travail du conte, ce doit être magnifique ! Je les mets sur la liste prioritaire des cadeaux à me faire... Merci pour les noms des différentes versions du conte, j'essaierai des les trouver au hasard de mes recherches (j'ai déjà entendu la version nivernaise). En attendant vos textes à ce propos sur votre blog...

Écrit par : l'homme au bois dormant | 11/05/2013

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