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13/04/2013

Déracinés

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Il y a ainsi des domaines de la recherche qui avancent à une vitesse folle, modifiant de fait une bonne part de nos croyances, et à côté desquels nous passons en général en toute ignorance.

Les neurosciences, l'astrophysique, la physique, la génétique et... les recherches sur le végétal. J'en parlais il y a peu ici.

En tout cas, cela ne fait pas si longtemps que l'on sait qu'en général les arbres ont deux systèmes racinaires : l'un, profond, aux racines plutôt larges qui leur sert d'ancrage au sol, et un autre plus diffus, composé essentiellement de radicelles qui leur sert à capter les nutriments et l'eau dont ils ont besoin. Ce que l'on ignore généralement, c'est que ce dernier se trouve essentiellement dans les cinquante centimètres de profondeur au-dessous du niveau du sol. Tasse trop le sol au pied de l'arbre, piétine-le, et ton arbre s’affaiblira considérablement. Pas difficile de comprendre alors pourquoi nos pauvres arbres dans les trottoirs des villes ne deviennent jamais bien grands... Ajoute à cela que ces radicelles sont reliées entre elles par différents champignons (les mycorhizes) au rôle très important et c'est un nouveau monde qui s'ouvre à toi !

Un réseau de racines pour s'ancrer, un autre pour se nourrir. Pas bête...

Ce qui n'est pas le cas de notre époque et du beau pays dans lequel nous vivons. Je ne sais pas... parfois je sens des choses, comme le fait que nous sommes en train de basculer, comme si ce phénomène de bascule s’amplifiait et s’accélérait. La crise partout, nos élites perçues comme incompétentes et corrompues (et c'est vrai pour certaines), l'impossibilité à penser notre futur, la difficulté à vivre le présent, l'impuissance devant la complexité du monde, des cadres de pensées et de perception qui ne sont plus adaptés... Alors, la tentation forte de se fixer à tout prix sur quelque chose, comme une tentative désespérée de se dire qu'il est encore possible de croire. Du coup tout devient clivant, caricatural, et ce mouvement-là par effet de miroir et de rebond, désintègre toute nuance, toute complexité. Réfugions-nous dans des croyances simples et nous nous sentirons mieux ! Ce qui permet de libérer la bête enfouie : ainsi soudain les homos se refont-ils massacrer la gueule le soir au coin des rues, la gauche gouvernementale, à peu de choses près, développe les mêmes politiques en direction des Roms que la droite, et même la gauche de la gauche en la personne de Mélenchon devient une caricature de ce qu'il fut, reprenant un lexique piqué à l’extrême droite (comme ce mot de « purification » entendu il y a peu...) et dont je ne suis pas sûr que mes amis sympathisant des idées du personnage se rendent bien compte de la dérive...

Du coup, clivage oblige, tout devient impossible. Ainsi ai-je appris cette semaine, qu'en raison de l'actualité du mariage pour tous et des anti qui se radicalisent, il ne fallait plus parler « d'arbre généalogique » parce qu'ainsi on revendiquerait le primat du génétique sur le lien éducatif... Qu'il ne faut plus dire « mosquée » mais « centre cultuel musulman » ; « synagogue » mais « centre culturelle israélite ». Et les églises on va les appeler comment ? « Du patrimoine historique à vocation cultuelle » ?

Dans ce contexte, les uns et les autres sont comme des toupies folles, qui tentent de tenir le coup envers et contre tout. Les temps sont durs, les fins de mois difficiles, les angoisses dévastatrices. Prends ta voiture une heure en région parisienne et tu comprendras la folie en cours... Ainsi ai-je vu aussi à plusieurs reprises des classes d'enfants spectateurs se lever et quitter une salle de spectacle alors que la lumière n'était pas rallumée et sans applaudir... Des enfants pourtant ayant déjà une habitude et des apprentissages de spectateurs, des enfants qui en plus avaient adoré les spectacles concernés. Comme s'il fallait d'un coup tout reprendre, réapprendre les codes, les enjeux. On court d'un lieu à un autre, d'une galère à une autre, d'une pression à une autre, sans centre et sans racine. On est perdu, hagard, démuni...

L'autre jour, sur le boulevard Saint Michel à Paris, un homme d'une trentaine d'années est tombé. A bout de force. Deux jours à marcher, deux jours sans manger nous a t-il dit après. Nous fumes trois à nous arrêter, deux à le relever. Il ne voulait ni manger, ni que l'on appelle les secours. Mais que voulez-vous alors ? Parler ! A-t-il répondu en nous serrant les mains comme un naufragé une planche de bois.

Pour ma part, j'ai la chance d'avoir trouvé peu à peu un sens, un centre, un axe. J'ai un métier qui me plaît et de surcroît j'ai le privilège d'être fonctionnaire donc à l'abri de la peur. Du coup, je me sens presque comme un devoir de rappeler sans cesse la beauté du monde, et la possibilité, quel que soit le chaos du présent, de trouver paix et même... amour (oui, j'ose !) en ce monde-ci, ici et maintenant.

Comme l'autre soir, une classe de seconde de la banlieue parisienne avec laquelle j'ai travaillé et qui contait sur scène pour la première fois. Un miracle, ce moment-là. Une merveille, un cadeau. Juste après eux, un rescapé du génocide rwandais venait témoigner. Oui, là, condensés en deux petites heures il y avait tous les deux visages du monde : la beauté humaine à l'état pur, et l'horreur absolue racontée par un homme bienveillant qui arrivait encore à sourire...

Dehors, le jaune fanfaron des forsythias nous pète à la gueule quand bien même l'arrivée du printemps semble reculer de jour en jour, Quatre mois quasi ininterrompus de ciels sales et gris, comment veux-tu...

Alors pense aux arbres et essaie d'être comme eux. La merveille est là, au cœur de la tourmente... Et la rumeur maladive du monde, peu à peu, se taira, nous permettant de retrouver quelques clairières à partir desquelles repenser le monde et rallumer la lumière dans des cœurs obscurcis...

Commentaires

Ton témoignage de cette classe partie sans respect du temps et du remerciement à l'espace et aux gens ( artistes comme spectateurs) me touche car très représentative. Ils ont fait comme devant un écran d'ordi ou un jeu , tu cliques tu as, tu lâches la manette et en une seconde tu laisses en plan.

Pour cet homme à Paris, perso j'ai bcp souffert à Noël de ce que j'y ai vu et sans ce contact que tu as eu qui au moins nous rend encore vivants les uns les autres.

je mets le lien de l'atelier du mardi sous mon nom : de ces choses qui me donnent encore foi, énormément, en l'autre, en moi et me permettent la survie et bien plus.
Mais hier soir, je ne sais pourquoi exactement, la radio ? les infos ? les homophobes anti mariage ( et bien plus...) qui me mettent hors de moi ? bref, je me suis endormie en pensant qu'on allait vers le F.N, tranquillement,et l'anti Europe, etc...pourtant je revenais d'un pique nique avec l'assos des paniers bio locaux, deux jeunes maraichers heureux et militants, des familles, du monde de tous âges, des inscriptions renouvelées, etc. Il y a des contrastes énormes, énormes.

Écrit par : Laure | 14/04/2013

je remets le bon lien !

Écrit par : laure | 14/04/2013

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