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26/03/2013

de l'exil et des Edens - Fiction tarologique 3

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Du haut de la tour du Mont Parnasse...

 

Un seul moment absent à l'instant présent, et nous voilà exilés de nous-mêmes.

L'exil est le propre de l'Homme. L'Homme est par nature en exil. Naître c'est s'exiler du cocon matriciel ; mourir est un autre exil. Je ne crois pas qu'il existe une seule culture dans laquelle il n'est pas fait mention d'un paradis perdu. Et jamais dans l'histoire, il n'y eut sur cette planète autant d'exilés ; peu par passion, presque tous par nécessité.

Exilés du monde, exilés de nous-mêmes. Adam et Eve chassés du paradis terrestre du moment où ils ont cru que pouvait exister une Connaissance au-delà d'eux mêmes. Du moment où ils ont, de fait, instaurer une dualité. Ils ne faisaient plus partie intégrante du monde : ils en étaient extérieurs puisqu'ils pouvaient en obtenir la Connaissance par le dehors. Dans la civilisation chrétienne c'est là que tout a commencé.

Avant, pourtant c'était bien semble-t'il... Homme et femme ne faisaient qu'un avec le Monde, chaque chose reliée aux autres dans une innocence béate. Mais l'Homme a voulu chercher, a voulu trouver ; à tout prix et ainsi, s'est-il coupé du Monde et de lui-même.

Le propre de l'Homme est de chercher ce qu'il a perdu. Mais s'il l'a perdu, c'est qu'il l'a eu ! Qu'il l'a connu ! Le bouddhisme ne dit pas autre chose : l'Eveil est en nous ; la vérité n'est pas au-delà de nous-mêmes. Il nous suffit de dissiper le voile de l'Ego pour qu'à nouveau nous soyons reliés.

S'exiler, être exilé, c'est se retrouver avec un vide intersidéral à remplir, un gouffre sans fond. Nous nous contraignons à remplir ce gouffre, alors que fondamentalement, il n'y a rien à remplir : juste à être, présent, indéfectiblement présent.

Longtemps dans les écoles d'un autre temps il y eut l'appel. Chacun devant répondre "présent" à l'énoncé de son nom. Faisons fi de nos souvenirs attristés de nos cours de récréation, prenons l'injonction au mot :

- L'homme au bois dormant ?

- Présent !

Oui, présent au Monde, aux choses, aux êtres, à la seconde qui passe, à lui-même, à l'espace qui s'ouvre lorsque plus aucun obstacle intérieur ne vient l'obstruer.

Il y eut et il y a un jardin d'Eden. Nous n'y avons pas été banni, nous nous en sommes chassés tout seul, et il nous appartient d'apprendre à y revenir.

Le Tarot de Marseille ne parle pas d'autre chose. Pour reprendre la très belle phrase de Rachel Pollack dans "La Bible du Tarot" (une fois de plus un titre à la con, le titre original étant : "Rachel Pollack's Tarot Wisdom" ; un titre sans doute un peu égocentré pour un livre avec lequel on peut ne pas être d'accord avec tout, mais dans lequel on trouve de très belles choses, en tout bien au-delà de l'immense majorité de la littérature tarologique) : "Nous pouvons décrire le Tarot comme un mythe d'exil et de retour, d'un monde brisé et de sa guérison. Nous pouvons aussi l'appeler : "le plan de la restauration".

Car oui, l'exil est ouverture, mais aussi une blessure sans nom qu'il convient de guérir. L'Homme souffre parce que coupé de lui-même et du Monde (je laisse la majuscule exprès, en référence à l'Arcane XXI) : coupé de son coeur, coupé des arbres, coupé de la beauté des étoiles et du cosmos (et à ce propos, sache que "cosmos", éthymologiquement, signifie : "beauté" ; et donc qu'un cosmétique est un "facteur de beauté". Souviens t-en, lorsque tu passeras tes onguents sur ta peau, que tu répands sur toi un peu de la beauté du cosmos...), coupé de la Merveille originelle, coupé de l'ébahissement devant la beauté et la fulgurance du Monde, coupé de la compassion, coupé de l'Amour... Coupé, séparé, mutilé, privé du "bon" par lui-même !

Je parlais il y a peu du concept de "fictions réparatrices" et il s'agit bien, in fine, de cela : nous devons nous guérir de notre exil intérieur et pour cela, le Tarot dit (et tellement d'autres traditions !) que nous devons alors "aller sur le chemin", "prendre le sentier", s'engager, aller ; résolument, "lâcher" aussi, et pour de bon !

Sur ce sentier, nous croiserons des figures, des visages : des Empereurs, des Impératrices, des symboles, des mythes, des peurs, des maisons qui s'écroulent, des roues qui refusent de tourner, des sages, des fous, des déraisons, des beautés interstellaires à couper le souffle : étoiles, astres... quelques anges et quelques diables aussi... des chiens qui nous mordront les fesses, des fins de cycle qui ressemblent à la mort tellement elles nous font mal, des énergies qui nous dépassent, des amours, des choix à faire, des besoins parfois de trouver des équilibres, des émerveillements qui nous laissent hébétés et sans mot, des rois, des reines, des pensées, des cavaliers.... Un chemin de Vie quoi... Et des histoires en nombre infini à raconter !

-"Pourquoi Dieu a t-il créé les hommes ?" demande un proverbe hassidique.

- Parce que Dieu aime les histoires, répond la voix.

"Il était un jardin" disent les chansons et les mythes, d'Eden ou d'ailleurs.

Conjuguons autrement : "Il est un jardin : en nous, ici et maintenant... Dans ce jardin est un sentier... Je le prends, tu le prends, nous le prenons, et ensemble nous cheminons... entourés de quelques tourments indignes, mais aussi de quelques sublimes Merveilles..."

Commentaires

Cette année le thème des Rencontres d'Aubrac est "Imaginaires de l'Eden" ...

Lu récemment sur Fesse de Bouc #ou ailleurs# que nous avons tous, cachées dans notre dos, deux cicatrices qui marquent l'emplacement des ailes que nous avons eues autrefois :)

Écrit par : Christine | 26/03/2013

...et cela rejoint toutes les histoires de "royaume perdu"...à retrouver...

Oui, exilé, blessé, mutilé, séparé du monde et surtout de lui-même, l'être humain a la nostalgie d'un état paradisiaque, d'un état unifié où il était "relié" à tout ce qui existe...
Il est possible que nous arrivions à un moment où cette "séparation", cette dualité ...puisse être dépassée...

En suivant la route infinie des "histoires" qui guérissent, peut-être retrouverons nos ailes...peut-être sommes-nous déjà en train de les retrouver !

Écrit par : La Licorne | 27/03/2013

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