28.02.2012

l'écho du coeur

DSC01294.JPG

 

Il y a comme un bruit de fond, un bruit qui recouvre tout, un composite de choses agréables et souhaitables, des amis, du travail, la Dame qui chante dans la pièce d'à-côté, un concert ; des choses plus ou moins subies ou voulues, les télés, les radios, le brouhaha du monde, la musak dans les restaurants, notre babil intérieur ; des choses dont on se passerait, les propos idiots des uns, la logghorée des autres, les pots d'échappements sciés...

Un bruit que l'on ne perçoit presque plus, habitués que nous y sommes, un bruit parfois nécessaire et bienfaisant, parfois une vraie torture : le bruit du monde, le bruissement du monde qui vient de son manteau de bruit recouvrir le silence des âmes.

Parce qu'il ne peut y avoir d'âme et de conscience sans le silence. Sans silence, pas d'intériorité. Sans intériorité, pas de sens. Pas de sens, pas de conscience. Pas de conscience, pas d'âme.

C'est presque mathématique comme raisonnement, en tout cas logique.

Il faut du silence pour qu'il y ait de l'être, comme il faut de l'eau pour étancher la soif. C'est aussi bête que ça.

L'esprit a cette propension particulière, que plus il est acculé, plus il est sous pression, et plus il fabrique de la pression plutôt que de chercher la soupape. Il paraît que ce fut une stratégie de l'évolution d'être plus sensible aux faits négatifs que positifs ; ça aiguise parait-il l'instinct de survie. L'adrénaline, c'est bon pour fuir, ça te fait aller plus vite. Du coup, plus il y a de bruit, plus on en fait pour couvrir le dit bruit, alors qu'il suffirait de tout débrancher.

La conscience d'être naît du silence. Apprenons le silence. Apprenons à faire silence. Le silence reçoit le monde, alors que le bruit s'y propage et l'emplit. Le silence vide le monde, le bruit le remplit et en cette époque jusqu'à saturation.

Les grands textes, les grands mystiques sont nés du silence. L'Etre y naît comme nourrisson sur le sein. Le bruit enferme, le silence ouvre. Et il faut ouvrir large car la Vie est immense.

Les corps vieillissent et meurent, le Coeur ne vieillit pas, ne vieillissant pas, il peut grandir jusqu'à la fin. Et plus le Coeur grandit, plus la Vie en soi grandit. Nous sommes chacun la petite facette d'un immense cristal taillé au milieu de milliards d'autres cristaux taillés (relire ici). Nous n'en reflétons qu'une parcelle minuscule, mais reflétée à l'infini dans les facettes des autres cristaux. Un singulier minuscule réfracté par résonnance à l'infini.

C'est dans le silence des Coeurs et des âmes que repose l'infini de la Vie. Agrandir la Vie en soi, c'est simplement la vivre en l'honorant. La Vie n'est pas question de sens, elle est juste un élan à éprouver et à vivre.

Peut-être après tout qu'une bonne part de l'expérience humaine se résume à ceci : passer de la revendication égocentrée à la gratitude, de la récrimination à la louange. Remercier pour ce que l'on reçoit plutôt que se morfondre de ce qui nous manque.

Et c'est à nouveau dans le silence que s'éprouve et s'expérimente cet apprentissage-là. Dans une sorte de dénuement volontaire dans lequel enfin la Vie peut vibrer.

Je ne dis pas que j'y parviens, j'en suis même très loin ; et c'est pour ça que je l'écris ; autrement je n'en aurais pas besoin. J'explore un sillon, une petite facette du cristal taillé -tout comme ce blog qui va inlassablement répétant plus ou moins les mêmes choses. Un jour sans doute je n'aurais plus besoin d'écrire, juste peut-être de témoigner pour partager et redonner ce que la Vie m'aura permis de comprendre...

Il existe une compagnie de théâtre qui s'est donné pour mission de ralentir le monde. Je fais mienne cette mission. Et qu'est-ce qui ralentit mieux le monde que le silence justement ?

Commentaires

Il est beau ton billet, j'ai envie de le relire quand mon fils aura fait silence ;).

Écrit par : Paola | 29.02.2012

Superbe texte! Merci!

je ne suis pas certain que vous écrivez depuis un siège où le coeur et le silence ne sont pas encore totalement installés. Tout est là et les mots que je lis là sont issus du silence. Il faut le silence pour que le mot résonne, de même qu'il n'y a pas de vague en dehors de l'océan des vagues.

Je suis convaincu comme vous que la paléoanthropologie peut nous aider à nous comprendre.

Écrit par : nat | 29.02.2012

C'est dans le silence ...que repose ...

Va inlassablement ...

Écrit par : Zeggaï Muriel | 02.03.2012

je ne peux m'empêcher d'associer aussi cela à la vieillesse / la sagesse. Hier une amie me disait avoir enfin compris qu'elle a besoin de temps pour aimer, pour grandir, pour désaimer, pour évoluer et qu'elle réalise combien elle était impatiente , jeune, combien elle a rayé de choses en un trait soudain, avançant sans cesse tête baissée...

Écrit par : LAURE | 04.03.2012

époustouflant

Écrit par : Prisca | 22.03.2012

Écrire un commentaire