03.11.2009
un comble !
"Comble" est un drôle de mot qui vient du latin "cumulus" qui veut dire "amasser" dans sa forme savante et "faîte" dans sa forme populaire.
"Cumulus", "cumulo-nimbus" (un amassement de nimbes ?), "accumulateur", "comble" ont donc la même racine.
Il y a donc les combles (le faîte de la maison), c'est une chose. Il y a donc l'expression "c'est un comble" (au sens de "alors-là c'est le sommet !" Mais on peut lui préférer "alors-là c'est le pompon" !) ; c'est autre chose.
Et puis il y a l'expression "être comblé", donc éthymologiquement "avoir suffisament amassé", être rempli, rassassié...
L'idée que l'on ait besoin de se remplir pour se sentir apaisé, d'être comme repu pour se sentir comblé.
L'être humain face au vide fondamental aime donc à se "sentir comblé". Il peut le faire avec des gourmandises sucrées, de l'alcool (et qu'est ce qu'une addiction si ce n'est tenter de combler un vide ?), des plaisirs plus spirituels ou bien par le plaisir du corps (par exemple après l'orgasme) ou bien par la satisfaction profonde d'avoir réussi quelque chose d'important ou bien du fait que la vie nous offre ce que nous espérions d'elle (Par exemple : "je suis comblé par mes enfants")
Dans cet amassement-là règne le plein, le rempli, la satiété.
Le problème pour ce qui me concerne est que je vois bien que ce qui me fait faire ou dire les choses les plus inspirées (spirituelles, artistiques, relationnelles...) m'arrivent toujours par les interstices, par les espaces laissés vacants, par les vides...
Un léger ennui, un sentiment d'attente, une nuit d'insomnie (comme l'idée de ce texte advenu lors d'une nuit blanche), une activité un peu vacante, non fixée, sont des occasions propices. La puissance inspirante des chemins buissonniers...
De la nécessité de laisser des vides pour que l'inconnu puisse advenir.
Vivre seul pour ça est une chose facilitante. Ne pas avoir d'agenda trop chargé aussi. Ce qui n'est pas mon cas actuellement.
Je suis donc comblé (en un peu près tous les sens du terme) mais insatisfait car cette satiété-là empêche ce qui m'est très cher de poindre...
J'ai l'intuition que le travail fondamental de l'artiste n'est pas d'inventer, de "chercher à trouver," mais juste de se mettre en situation pour que quelque chose advienne et puisse poindre. Au-delà de soi.
Il m'appartient donc, mais à d'autres aussi, dans ce tumulte agité que sont nos vies, de préserver des zones de jachère, de vide, de non-accumulation, de non-faire, de silence, de non vouloir. Peut-être en d'autres temps aurions-nous appeler cela des "moments de recueillement" ?
Pour ma part, j'aime bien l'idée de jachère, la métaphore agricole m'a toujours inspiré. Jachère, chemins de traverses : une manière vagabonde de déambuler, un art de la présence aux choses, à soi et aux autres tout de légereté lucide.
Certains amassent, moi j'élague.
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30.10.2009
50
Vu de l'île Saint Louis à Paris
Je suis né la même année que le Ministère de la Culture (encore un signe), que l'Unesco et que la poupée Barbie (d'où peut-être mon attirance pour les formes pulpeuses...)
Je suis aussi né le même jour qu'Astérix. Il est petit et intelligent. Ca pourrait correspondre. Mais il est aussi rusé et malin et ça, ça correspond moins. Il n'aime pas l'injustice (là d'accord) et il adore la bagarre (Là, normalement, je devrais dire "pas moi").
Sauf qu'hier après midi me promenant avec la Dame au soleil sur les bords de Seine à Paris, je me suis retrouvé embringué dans une altercation. Un truc bête. Un gars qui a failli nous écraser avec sa voiture et qui plutôt que de s'excuser est sorti de sa bagnole pour nous menacer alors que nous avions juste doucement tapé sur son capot du plat de la main, histoire de lui faire remarquer qu'il y a des choses qui ne se font pas.
Il y a comme cela des choses qui sont faites pour partir en vrille. Il est donc sorti. Insultes et le TRUCqui m'a fait pêter un cable, il s'en ait pris à la Dame plutôt qu'à moi qui était pourtant juste à côté (et pourtant la Dame en ces circonstances n'a absolument pas besoin de moi, croyez-moi).
Mais bon, une question d'hormones et de mâle dominant, allez savoir. En une fraction de secondes mon cerveau reptilien a pris le dessus. Adieu, sagesse, compassion, réflexion...
J'ai commencé à lui dire que si il touchait à un cheveu de la Dame "il était mort" (Oui, oui, je jure que j'ai dit ça). Et quelques instants plus tard, je l'alpaguais physiquement (là c'était pour me défendre, le serrant du quiqui avec son écharpe et me rappelant que dans une bagarre de rue, c'est celui qui tape le premier et le plus fort qui gagne...)
Bon là-dessus, quelqu'un est intervenu, séparant les béligérants et nous avons repris notre promenade (Mais du coup notre visite impromptue d'une boutique spécialisée en objets et jeux sexuels de toutes sortes, ne nous a pas fait plus d'effets qu'une visite du rayon bricolage au BHV. Comme quoi nous devions être affectés...).
Pourquoi, cela m'arrive t-il le jour de mes 50 ans ? Ça c'est un mystère. Je suis plutôt habituellement du genre calme et pondérant. Mais là...
Sur le fond, n'allez pas croire. Je n'en suis pas particulièrement fier. Et je me dis que décidemment, le vernis civilisé est bien mince. Je me dis aussi que c'est peut-être aussi une bonne chose que certains réflexes archaïques puissent encore fonctionner parce que ça peut être utile...
A part ça, j'ai eu une ribambelle de cadeaux (dont je reparlerai au fil des notes à venir parce qu'il y a de quoi lire...). Mais dans un premier temps juste dire qu'il est revenu :

Pour la Dame rien n'est impossible...
Questionnée sur le prix prohibitif auquel elle l'avait acquis, elle m'a répondu une phrase qui m'a fait réfléchir.
Elle m'a dit "tu sais, je sais que cet argent que je lui ai donné, ne rendra pas ce vendeur heureux, alors que je sais que ce livre te rendra heureux. Et te savoir heureux, me rend heureuse. Après pour le vendeur, c'est son karma, c'est à lui de se débrouiller".
Comme quoi, on peut être prêt au pugilat et posséder des océans de sagesse.
Bon 50 ans. Ça c'est fait.
Le temps qu'il me reste est statistiquement inférieur au temps déjà passé. A moi d'être attentif à faire de chaque instant un présent qui s'incarne...
Tout à l'heure, répétition avec l'ami Toumani. Ça va être bien...
12:49 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note


