24.10.2009
quelques premières fois
J'ai trouvé cette vidéo sur la dernière note d'un chemin. Elle même l'ayant trouvée sur le site Koreus (que je connais pas).
Elle dit bien je trouve l'incroyable énergie du vivant et ce qu'il faut de pugnacité pour croître. Parce que, comme la plante en question, nous sommes bien tous à la recherche d'appuis stables sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour le faire.
Vous avez été plus nombreux qu'en l'ordinaire (et j'adore ça) à laisser des commentaires. Désolé de ne pas avoir répondu, mais les derniers jours furent fous et exténuants. J'y répondrai dès que possible.
Elle c dit m'a tagué. Pour une histoire de premières fois.
Alors j'y souscris volontiers. Pour la première fois.
La première fois sensuelle fut deux. Je n'en dirais pas plus, pudeur oblige. La deuxième se passa sur un matelas dans un couloir après un retour de colonies de vacances en tant qu'animateur. J'étais bien moins adroit que la plante sur la vidéo, et l'amoureuse dut se montrer très pédagogue. Je me souviens d'une bonne partie de ce que nous nous sommes dit cette nuit-là sur ce matelas posé sur un parquet quand toutes les autres pièces étaient occupées. Ce durent être des choses importantes puisqu'ensuite nous sommes restés vingt ans ensemble et que deux enfants peuvent en témoigner.
Je me souviens de mon premier baiser sur la bouche. C'était dans un parking souterrain d'une cité de Nanterre (je ne sais plus laquelle). Elle s'appelait Catherine (tiens décidémment...) et a pris mes lèvres par surprise (c'est souvent les filles qui font le premier pas non ?). J'étais très embarassé à la limite du ridicule parce que je tenais ma mobylette d'une main et sa taille dans l'autre et que j'étais pris entre tenir la mobylette ou la laisser tomber pour enlacer la fille... Elle était rousse avec de longs cheveux et dire que ce fut énivrant serait un lieu commun si ce n'est qu'aucun autre mot ne me vient.
Je me souviens de la première fois où j'ai entendu le son vrombissant d'un berimbau. Et cette impression indéfinissable de déjà connaître cet instrument depuis la nuit des temps...
Je me souviens de la naissance de mon premier enfant. De la bordure du malaise quand les choses ont commencé à mal se passer, pour ensuite, heureusement, bien se terminer. Je me souviens que ma femme a dit "ah j'ai tellement mal que j'ai besoin de mordre dans quelque chose", et moi, naïvement mais dans un bel élan de générosité, de lui tendre ma main qu'elle a bien sûr presque littéralement arraché... Je me souviens lorsque l'enfant est né. Et je crois même, aujourd'hui encore et près de vingt ans plus tard, ne pas encore avoir fait le tour de cette émotion-là.
Je me souviens de mon premier brownie. J'en avais révé une nuit bien des semaines avant. Et c'était si bon ce gâteau noix chocolat que je n'avais jamais vu, que dans les jours suivants j'ai fait le tour de toutes les pâtisseries parisiennes pour le retrouver. A l'époque c'était rare. C'est un soir par hasard dans un restaurant, de sortie d'une clinique pour un avortement pendant lequel je m'étais retrouvé errant par un chemin que je n'ai toujours pas compris, dans les allées du cimetière de Montparnasse en attendant.
Je me souviens du premier mort vu de ma vie. C'était ma grand-mère maternelle dans les sous-sols d'une maison de retraite. Elle avait ce foulard que l'on ne met plus autour du visage pour retenir le menton. Elle m'a semblé alors comme une petite brindille fragile. Et en effet pas d'autre phrase qui me vient que "c'était comme si elle était encore là mais qu'il n'y avait plus personne à l'intérieur".
Je me souviens de ma première séance de zazen au dojo rue Keller à Paris. J'avais fait l'initiation et étais resté pour le zazen qui suivait. Et dans la nuit parisienne douce et octobre qui me ramenait dans ma banlieue, je sentais enfin, et pour la première fois, comme une réponse possible.
Je me souviens de la première fois où j'ai aperçu la Dame. Dans les moindres détails, à la seconde près. Et je crois bien que déjà à cette seconde-là, une part de moi savait déjà. Tout.
Je me souviens aussi du jour où j'ai acheté le livre d'Etty Hillesum. Et je me souviens de la ferveur silencieuse et bouveversée des jours et des semaines de lecture qui ont suivi et après lesquels ma vie ne serait plus jamais la même.
Jeudi, j'aurais 50 ans. 365 x 50 = 18 250 jours. Et potentiellement 18 250 premières fois. Celles du jour qui se lève et celles d'un nouveau possible à chaque jour qui s'en vient et à chaque nuit qui vient.
Parce que chaque jour devrait être un nouveau jour... Et chaque seconde une première fois. L'esprit du débutant diraient quelques uns...
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