11.10.2009
ne pas oublier
J'ai une Marraine. Une Marraine de conte. C'est une femme à la belle âme et aux belles paroles qui ne font pas que vous parler des choses mais aussi, vous les fait toucher.
Vendredi soir, elle était sur scène avec l'homme qui m'a fait entrer dans le monde de la musique, il y a de cela bien longtemps. C'était très beau et pour moi comme un cadeau du ciel.
Je sais, j'ai de la chance. Parfois, pas toujours, mais j'ai de la chance.
Ce soir là donc, la Marraine en question (son prénom est Patricia et celui de l'homme qui m'a initié à la musique est François) m'a dit qu'un ami à elle, un grand conteur, lui avait expliqué que lorsque l'on vit une grande prise de conscience, il est important alors de porter sur soi dans les semaines qui suivent un objet important qui nous permettra de ne pas l'oublier. Parce que l'être humain est oublieux et négligent quant aux choses importantes.
Elle m'a raconté avoir eu quelques jours plus tard une grande prise de conscience et que ce soir-là, merveilleuse cohérence de la Vie, sa fille revenant de voyage lui a offert une bague avec une grosse pierre noire qui lui a semblé avoir été faite pour elle tant ses doigts l'accueillaient avec facilité.
C'est important de porter ces objets pour se souvenir aux doigts, car alors on les voit facilement.
Elle a porté cette bague pendant plusieurs années jusqu'à cet été, où, à l'occasion d'une marche de conteurs (les conteurs aiment marcher parce que la marche correspond au rythme de la parole) ceux-ci à la fin de l'aventure ont décidé d'organiser une vente aux enchères au cours de laquelle chacun mettrait en vente un objet qui lui est cher.
Elle a cherché, cherché. Mais de tous les objets auxquels elle pensait, soit ils lui étaient trop chers, soit ils ne l'étaient pas assez. Jusqu'à ce qu'elle se décide pour une vieille clé (Les conteurs aiment les vieilles clés parce qu'elles sont le symbole de toutes les portes de l'âme qu'ils nous faut ouvrir).
Bien sûr elle a oublié la clé en partant de chez elle.
Quiconque, contrarié du même oubli, aurait fait demi tour. Pas elle. Elle s'est dit que si elle avait oublié cet objet, c'est que ce n'était pas cet objet-là qu'il lui fallait donner.
Là, est une première leçon. Celle nous incitant à lire les signes et à trouver des ressources même dans les pires contrariétés (C'est comme dans les contes, me dit-elle ; les héros confrontés au pire vont trouver dans des objets ou des êtres très simples : cailloux, brin d'herbe, fourmi, arbre... une ressource psychique qui va leur permettre de trouver une solution).
Une façon de dire que nous portons en nous toutes les réponses et qu'il nous suffit de faire en sorte que ces réponses adviennent lorsque cela est nécessaire. Et cela arrive peu souvent, obnibulés que nous sommes à vouloir que les choses soient comme on veut, alors qu'il nous faut apprendre à les accepter comme elles sont, a t'elle ajouté. Tant les choses ont une logique propre sur laquelle nous nous contentons trop souvent de plaquer la nôtre.
Elle a donc fini par donner la bague à la pierre noire. De toute façon ces derniers temps, elle n'arrivait plus à la glisser à son doigt aussi facilement alors qu' elle n'avait pas grossi.
Et la femme qui a fini par l'acquérir après avoir surenchéri avec véhémence avait, comme par hasard... besoin d'apprendre à se souvenir des choses importantes qu'elle découvrait au fil des jours.
Là est donc une deuxième leçon. Apprendre à ne pas oublier ce que l'on a compris et comment la Vie parfois sait si bien faire les choses.
Je me souviens d'un bambou acheté il y a bien longtemps pour me rappeler que je devais apprendre à être heureux. J'ai aussi une "bague de père" et une anneau en pendentif de 3 500 ans pour me relier au temps et à une région qui m'est chère. J'ai eu aussi un bracelet avec marqué dessus "remercier".
Ainsi peu à peu autour de moi des objets qui font sens et résonnent entre eux de manière secrète, profonde et délicate.
Vendredi soir donc sur la scène toutes ces belles personnes et ces rencontres dont je fus le déclencheur (j'ai failli écrire "dont je je fus à l'origine", mais n'est pas né celui qui saura avec précision qu'elle est l'origine de chaque chose).
Quelle mystérieuse clé a donc été tourné à cette occasion ?
Plus tard, en fin de soirée, une amie m'a raconté avoir donné, au plus loin d'une île lointaine, un de ses objets personnels les plus importants à un être qui lui avait fait un cadeau bouleversant. Et en discutant avec elle, je me suis retrouvé à dire et entendre les mêmes mots que quelques instants plus tôt avec ma Marraine.
Il nous revient d'apprendre à ne pas oublier les choses que l'on a comprises. Mais comme si cela ne suffisait pas, la Vie se charge parfois de nous l'apprendre deux fois en peu de temps.
Pour être sûre....
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