23.06.2009
nos rêves seront aussi beaux que nos jours
Il y a ainsi des nuits qui illuminent nos jours.
Dans un rêve, je discutais avec un homme d'église, un moine à l'allure noble et robuste portant une robe de bure marron clair dotée d'un grand col blanc retombant sur les épaules.
Alors que je lui demandais quelques conseils d'ordre spirituel, il s'est penché vers mon oreille et m'a dit quelque chose comme :
- Le sacré immobile.
Je dis "quelque chose comme" parce que je ne me rappelle pas exactement. Peut-être était-ce "le merveilleux sacré", en tout cas quelque chose d'approchant. Cette réponse m'était offerte comme une révélation somptueuse.
Et là je dois dire que je m'en suis réveillé, baignant dans un sentiment de béatitude comme jamais je crois je n'en ai ressenti de ma vie. Je me souviens de mon sourire aux lèvres et de mon coeur battant la chamade de gratitude.
C'était comme une révélation parfaite et comme toute révélation une libération soudaine de l'âme qui en exultait.
J'ai hésité bienheureux à me lever pour le retranscrire. Mais j'ai préféré rester dans ma joie jusqu'à me rendormir.
Un peu plus tard, j'ai fait un autre rêve. J'étais dans une vieille maison en travaux avec un groupe de conteurs. Deux hommes y travaillaient reprenant le plancher de bois. Sur des étagères, il y avait des centaines de mouches noires posées sur de curieuses structures végétales, dont des herbacées d'un bleu Klein magnifique.
Un des deux hommes qui travaillaient nous dit alors que ces plantes étaient des alicantes et que toutes ces mouches partiraient lorsque les travaux seraient terminés.
Il y a ainsi des nuits qui nous décrassent l'âme comme des poêles frottées au sable.
Ce matin, dans la voiture, il y avait Juliette Gréco qui disait qu'à la fin de la guerre elle était devenue muette. Elle sortait de prison, sa mère et sa soeur avait été déportées et elle ne percevait plus la nécessité de parler.
Elle raconte que Boris Vian, qu'elle trouvait très beau, lui avait dit de passer le voir le soir et qu'il serait chez lui. Elle y est donc allée. Ils s'asseyaient sur un canapé, il passait son bras sur le canapé derrière sa tête et il parlait, parlait, parlait pendant qu'ils regardaient assis le jour tomber et la nuit advenir. Et ainsi pendant des jours et des jours, jusqu'à ce qu'un jour, presque à son insu elle lui réponde... Elle dit maintenant que c'est lui qui lui a redonné la parole.
Il y ainsi des moments où jours et la nuits conspirent pour nous murmurer à l'âme la somptueuse merveille que pourrait être toute vie...
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21.06.2009
la rencontre
C'était une nuit d'été de pré solstice. Elle revenait d'une soirée de contes au cours de laquelle des passionnés avaient offert à la fraîcheur du soir quelques histoires qui s'en étaient allées directement parler avec les étoiles.
Elle rentrait contente du travail accompli. La nuit était douce, elle conduisait une voiture qui n'était pas la sienne et avait ouvert la vitre pour sentir sur son visage le souffle de l'été, repensant à la soirée. C'était un de ces soirs où ce qui avait été donné avait été rendu au centuple et elle se sentait légère.
C'est après un hôpital et dans une zone d'activité, qu'elle a vu la forme sur le bas côté de la route. C'était un chat tout agité de soubresauts et qui essayait déséspéremment de se remettre sur ses pattes.
Sans réfléchir, elle s'est arrêtée. Elle avait gardé de son enfance et d'un père vétérinaire une sorte de bienveillance fougueuse pour tout ce qui porte plumes ou poils et des gestes pratiques qui ne l'avaient jamais quittée. L'animal venait sans doute de se faire heurter par une voiture qui s'était empressée de continuer sa route.
Le chat ne saignait pas et cela n'était pas bon signe. Elle savait que son intérieur devait être littérallement éclaté et qu'il lui restait peu de temps.
Précautionneusement, dans la nuit qui d'un coup hurlait, elle a pris le chat et l'a déposé sur le trottoir. Elle sentait sous ses doigts sa vie qui s'en allait. Elle est restée là un bon moment essayant de lui transmettre un peu de douceur dans ses derniers instants. Les voitures, elles, continuaient de filer, insensibles à ce qui se jouait.
Elle est restée longtemps à veiller sur lui, dernier ange avant le dernier souffle, jusqu'à ce que le souvenir de plusieurs années d'assistance à des personnes en unité de soins palliatifs ne lui rappelle que souvent les êtres aiment à s'en aller seuls.
Une dernière fois, elle posé sa main sur lui, essayant de lui communiquer tout l'amour et la bonté qu'elle ressentait pour cette petite bête si fragile à la respiration irrégulière. Sans doute, que pas loin d'ici un foyer se demandait pourquoi le chat n'était pas rentré comme tous les soirs à la même heure, sans savoir qu'il ne rentrerait jamais.
Elle l'a laissé là, est remontée dans la voiture et puis a continué son chemin, le ventre tordu de la rencontre. Elle savait depuis longtemps que les choses ne nous arrivent jamais complètement par hasard et se demandait ce que cette rencontre voulait dire. Elle a roulé encore jusqu'à chez son compagnon.
Là, elle a raconté l'histoire presque sans émotion et ce n'est que plus tard dans la tiédeur du lit, bien à l'abri dans ses bras qu'elle a laissé venir ses larmes.
Elle s'était bien lavé les mains pourtant, mais elle sentait encore sur sa peau les ultimes soubresauts d'un chat écrasé par une voiture un samedi soir sur la terre, tout en sachant déjà que le souvenir de sa chaleur s'enfuyant resterait à jamais imprimé contre sa peau.
Elle a pensé à la fragilité gracile de nos vies, a bien tenté de dormir malgré tous les morts de sa vie qui d'un coup l'assiégeaient, mais la nuit est restée blanche, insondablement blanche...
23:00 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.06.2009
à méditer
18:00 Publié dans citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


