15.06.2009
voyageur
"Lorsque le voyageur-arpenteur est parvenu à se débarasser à la fois de l'attendrissement gobeur et de l'amertume rogneuse que suscite "l'estrangement", et à conserver un lyrisme qui ne soit pas celui de l'exotisme mais celui de la vie, il pourra jalonner cette distance, et peut-être, si le coeur est bon, la raccourcir un peu".
Nicolas Bouvier,
"Le Vide et le Plein" (Carnets du Japon 1964-1970) - Folio.
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13.06.2009
encore une histoire de chaussures
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11.06.2009
c'est comme ça
Depuis quatre jours je suis malade, vraiment malade. Antibiotiques, cortisone et tout le bazar. Aujourd'hui, j'avais pourtant un rendez-vous que je ne voulais rater sous aucun prétexte, alors j'y suis allé, dans une état un peu second comme un filtre entre moi et le monde.
Une journée de raconteurs, ça ne se refuse jamais.
A l'heure du déjeuner, revenant du repas nous sommes passés devant une école toute cernée d'immeubles dans ce quartier d'une ville de banlieue -lequel quoique s'étant a priori considérablement amélioré- a vécu quelques années sombres dans ce que les banlieues peuvent produire parfois de pire.
Des enfants m'ont interpellé avec ce ton crane et bravache qu'ont les mômes dans ces écoles-là :
- Et m'ssieur ! m'ssieur ! vous pouvez nous repasser la chaussures ? Me demandèrent-ils me montrant une basket passée sur le trottoir de l'autre côté des grilles.
- Ben, c'est pas un truc à faire de balancer ses chaussures de l'autre côté.
- Hé c'est moi m'ssieur ! J'ai voulu tirer dans la balle et la basket elle est partie avec.
- Ah c'et ça, lui dis-je en la lui donnant tout en voyant les lacets défaits. Tu sais tu devrais attacher tes lacets ça t'éviterait de la reperdre.
- Oui oui m'ssieur, merci m'ssieur !
Et le môme a remis sa chaussure, est reparti faire sa partie de foot bien sûr sans refaire ses lacets tellement il était impatient d'y retourner...
J'adore ses mômes là.
Plus tard, après une journée à écouter des conteurs et à conter moi-même, je me suis souvenu d'un rêve que j'ai fait il y a peu. J'y expliquais à quelqu'un que concernant ce que j'avais envie de raconter, c'était comme ça. Soit ça plaisait, profondémment, soit on y était réfractaire, ou si on était programmateur on ne savait pas toujours à quel endroit le placer.
Je n'en fais ni un titre de gloire, ni une revendication ; pas plus que je ne conteste la légitimité (pourvu que ce soit bien fait) de mes collèges qui placent leur travail dans une démarche à l'opposé.
Mais c'est comme ça. J'ai appris depuis peu en tant qu'artiste, qu'il était vain de vouloir plaire à tout le monde. J'ai ce luxe inouï d'avoir la liberté de ne faire que ce que je veux vraiment.
J'aurais (et je jure que c'est vrai) adoré être un guitariste de rock, une star, un truc à la Hendrix. J'aurais adoré aussi être un humoriste de génie... si si je vous assure.
Il se trouve que la vie m'a fait conteur, et me prie de parler de plus en plus d'un essentiel qui en émerveillera certains et en emmerdera d'autres. C'est comme ça.
Aujourd'hui, le public m'a paru plutôt content et très attentif. Et puis j'y ai rencontré de belles personnes généreuses, accueillantes à la belle âme et au talent en liesse. Que demander de plus ?
Parfois je me sens un peu comme ce môme avec sa chaussure pas lacée.
Ce fut vraiment une belle journée.
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