08.11.2009

la douceur derrière le mur

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Un jour, il faudra que je raconte mon aller et retour en mobylette entre Asnières-sur-Seine et Saint-Jean-de-Luz dans l'année de mes 16 ans. 2 000 kilomètres avec une mobylette bleue achetée avec ma première paie et tout le matériel de camping.

Je parle de ça, parce que discutant tout à l'heure avec un ami, il me racontait avoir fait à peu près la même chose, à peu près au même moment.

Et pour tous les deux cette fierté incommensurable lorsque de "vrais" motards avec leurs grosses cylindrées nous saluaient comme si nous étions des leurs avec notre modeste 49.9 cm3.

Au retour de chez cet ami, après diverses bouteilles dont une fameuse de Saint Emillion, traversant une forêt, j'ai ouvert les fenêtres de la voiture. J'ai senti alors la fraîcheur du dehors et cet incroyable mélange d'odeurs propre à la nuit des forêts.

J'aime l'odeur des forêts, surtout à la nuit tombée, parce qu'elle me renvoie à ce que j'ai de meilleur en moi.

Et quant à me renvoyer quelque chose de moi, tout conspire en ce moment à me renvoyer vers mon adolescence. Je ne sais pas pour vous, mais il me semble que ma vie est composée de cycles consistant d'une part à vivre, d'autre part à revisiter bien des années plus tard, ce que j'ai vécu des années plus tôt.

Ainsi après une enfance que l'on pourrait qualifier de chaotique, ais-je été bien plus tard animateur enfants pendant de longues années, puis père. Comme autant d'occasions de revisiter l'enfant que je fus et de remettre des mots et du sens sur ce ce que je n'avais pas compris à l'époque.

Viennent ainsi des moments au cours desquels il me semble "revisiter" des parties de mon adolescence, des périodes de ma vie de jeune adulte. Comme un retour d'inventaire, une structure en spirale pour reprendre une image chère à un chemin.

Il se trouve qu'adolescent, la musique qui me bouleversait le plus, était la musique du groupe Magma (avec celle d'Hendrix mais cela est une autre histoire). Seule cette musique me paraissait avoir l'intensité de ce que je vivais à l'intérieur de moi. Elle avait une capacité à me mettre en des état de transe qui sidéraient ma pauvre mère qui n'en pouvait...

Ces basses telluriques, cette pulsion volcanique, ces chants séraphiques, cette langue inventée, cette intransigeance étaient comme un miroir de mes états d'âme d'alors.

Sur scène, je les ai vus mainte-fois. Et de toutes ces fois, je me souviens d'un concert en 1976 dans une salle à Paris "Le Théâtre de la Renaissance" je crois, (ça ne s'invente sans doute pas...). Il y avait alors dans le groupe un bassiste du nom de Jannick Top et je crois bien que le duo avec le batteur Christian Vander constitue une des rythmiques les plus impressionnantes de l'histoire de la musique qui pourtant n'en manque pas.

Plus tard, je devais rencontrer l'âme de ce groupe et avoir des amis très proches d'eux. C'est de là que j'ai compris qu'il ne fallait mieux pas rencontrer des artistes adulés et qu'un artiste était humainement rarement à l'image de son oeuvre, comme si il y mettait le meilleur de lui-même. Parce qu'il faut de l'ombre pour faire de la lumière.

Et puis comme toutes ces choses j'ai arrêté d'écouter cette musique pour passer à autre chose. Jusqu'à ce qu'hier j'achète leur dernier album ainsi qu'un DVD d'un de leur concert.

Près de trente ans comment entendrais-je cette musique ?

Et bien, je suis bouleversé, littéralement bouleversé. Parce qu'une fois au fil des ans évacués le processus d'identification adolescente et le bazar ésotérique qui rode autour, il reste la musique. Et celle-ci est sublime, singulière, sans ascendance (qui d'autre peut se targuer de Coltrane, Stravinsky, la musique sacrée, Carl Orff, le rock et que sais-je encore ?)

De la suite composant ce dernier album une bonne partie était déjà connue, publiée par bribes au fil de divers albums. Il aura juste fallu 30 ans pour que le tout s'imbrique et soit finalisé.

Alors qu'aurais-je entendu trente ans après ou que n'aurais-je plus entendu ?

Derrière l'apparente violence et dureté de cette musique, j'ai entendu pour la première fois une indicible douceur, une tendresse d'ange. De celles qui peuvent vous soulever de terre et vous apaiser de tous vos maux aussi bien qu'elle vous écraserait dans la paume de la main.

Une musique d'ange, dont il faudrait pour l'apprécier, traverser le mur de la peur pour y trouver la tendresse.

Un parcours que la vie nous impose de faire par ailleurs, et pour lequel 30 années ne sont pas de trop...

exister

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Avant hier soir, entendu dans un beau spectacle de la conteuse Nathalie Krajcik, la phrase suivante :

"Lorsque l'on commence à exister on ne peut plus s'arrêter".