10.07.2009
départ
Des années d'internat de mon enfance j'ai gardé, et de manière confuse, une angoisse sourde au fait de préparer mes affaires avant tout départ. Une mémoire des départs hebdomadaires dans ces internats de l'enfer dont je n'ai jamais pu me défaire.
Pour l'heure l'essentiel est prêt.
Toujours un peu les mêmes choses. Penser à prendre un vêtement de pluie, un maillot de bain, des fringues pour le froid, des fringues pour le chaud. Ne pas oublier les chargeurs, bien préparer les livres qui nous accompagnerons (ce qui revient à anticiper sur ce quoi nous aurons envie de réfléchir, profitant de ce temps de vacance au sens propre).
Penser à déposer les plantes chez quelqu'un qui pourra s'en occuper, faire la vaisselle, vider le frigo, ne pas oublier de descendre la poubelle. Songer que le moindre papier qui traîne sera retrouvé exactement au même endroit lorsque nous rentrerons, chargés et changés de tout ce temps passé ailleurs.
Pour l'heure, un peu conpulsivement, on revérifie pour la millième fois que nous n'avons rien oublié sur la liste (la pharmacie par exemple), on se dit qu'il faut encore aller vérifier les niveaux de la voiture.
On sait que l'on reviendra pas tout à fait les mêmes. On espère comme tous les ans perdre quelques kilos grâce à l'exercice physique que l'on espère faire mais que l'on ne fait pas toujours. On prie en silence que le compte en banque suivra et qu'un incident majeur ne viendra pas tout compromettre.
Puis, on éteind l'ordinateur, on dit au-revoir à tout le monde en en profitant pour souhaiter à tout un chacun de belles vacances et pour le moins un bel été.
Et puis on va charger la voiture...
Retour le 4 août au matin.
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07.07.2009
pour la première ou pour la dernière ?
08:10 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.07.2009
verre brisé
La rose de la Dame
Des semaines que la Dame vide et expurge une partie de ses armoires et de sa maison pour préparer mon eménagement prévu en août.
L'autre jour elle me demande pourquoi à chaque fois que je viens chez elle, je n'en profite pas pour commencer à ramener des affaires.
J'ai parfois la visière à ras les sourcils et je réponds bêtement que c'était prévu en août et pas en juin, et que du coup je n'y avais pas pensé...
Toujours est-il, qu'une fois la visière remontée, j'ai déposé ce week-end pour la première fois un plein sac de livres. Ceux de contes pour commencer.
Vous savez comment c'est n'est-ce pas ? Lorsqu'on enlève des livres d'une étagère en en laissant quelques uns, ils ont une tendance irrépressible à se casser la gueule les uns sur les autres...
Il se trouve que sur une de ces étagères ainsi partiellement libérée était posé un cadre contenant une photo représentant une sublime statue du Bouddha. J'avais ce cadre de l'époque où j'étais encore marié, époque à laquelle j'avais commencé zazen (revenez à la note précédente et vous verrez que tout se tient). Ce cadre m'avait suivi au long de mes déménagements successifs, parfois sur les murs, parfois et le plus souvent, dans des cartons.
Emménageant dans cet appartement il y a deux ans, je l'avais donc ressorti et le regardais ces derniers temps avec un oeil renouvellé, zazen revenant dans ma vie après une longue éclipse.
J'ai donc enlevé quelques livres de cette étagère pour mon premier acte d'emménagement avec la Dame en pleine période de reprise méditative.
Je remplis mon sac, vaque à quelques occupations, entend un gros bruit dans le salon, vais voir.
Les livres restant avaient fait tomber le cadre qui s'était cassé en mille morceaux laissant la photo intacte.
Certains auraient pu y voir 7 ans de malheur. Pour ma part j'y ai vu une magnifique "sainte chronicité". Ce Bouddha à terre, libéré de sa cage de verre semblait me dire qu'enfin le cycle était brisé et que je pouvais dorénavant regarder et vivre toutes ces choses d'un oeil neuf, libéré de l'ombre du passé. Une manière de dire que l'essentiel des deuils était fait et que le temps était enfin venu d'une nouvelle vie conjugale et d'un nouveau rapport à la méditation.
Un verre brisé et une compréhension soudaine et ébahie certes, mais plus encore une sorte de validation, de "permission" qui m'était offerte de la manière la plus stupéfiante qui soit.
Arrivée chez la Dame, elle m'avait offert une rose. Je fais partie de ces hommes qui aiment qu'on leur offre des fleurs. Elle ne le savait pas de manière consciente, mais c'était une rose pour fêter un grand moment.
Celui d'un verre brisé me libérant soudain d'un passé comme une exhortation à faire le grand saut.
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04.07.2009
zazen
Senseï Deshimaru
Pendant quatre année de ma vie, j'ai pratiqué la méditation zen. Vingt minutes par jour à la maison et deux fois quarante minutes au dojo de Paris le dimanche matin.
"Poussez le ciel avec le sommet de la tête, poussez la terre avec les genoux, les épaules parallèles au bassin, concentrez vous sur l'expiration et si des pensées viennent, laissez les passer comme nuages dans le ciel..."
Combien de fois ai-je entendu ces phrases ?
Ce que cette pratique m'a apporté est immense sans que je ne sois jamais parvenu à mettre des mots dessus : une présence au monde, un début d'éveil, un semblant de centre... Mais surtout une brêche dans la conscience. Maître Deshimaru disait que zazen vous change inconsciemment, automatiquement. Je peux témoigner que c'est vrai.
Qu'est-ce que le zen ? Le zen c'est la posture. Point.
L'absence de spéculation théorique (en tout cas dans l'école Soto), la pratique basée sur le corps, convenaient à l'intellectuel cérébralisé que je suis parce qu'alors je ne pouvais m'illusionner par la pensée. Toujours revenir au corps, à la posture.
Dire que la position est inconfortable est un euphémisme. Dire que je n'ai pas eu mal, et parfois très mal, serait mentir. Mais la contrepartie de ces douleurs était tellement belles et profondes que j'en supportais beaucoup. Étrangement d'ailleurs, ce n'étaient pas les séances les plus "confortables" qui semblaient par la suite les plus fructueuses. Je me souviens d'une séance qui fut un vrai cauchemar et dont les jours qui ont suivi furent d'une légereté joyeuse et vibrante inimaginable.
Et puis j'ai arrêté. Divorce, analyse (zen et analyse sont incompatibles en tout cas pour ce qui me concerne), bouleversements divers et variés, découverte et pratique du taï chi qui m'apporta beaucoup.
Je tentai bien de revenir sur la Voie suite à un extraordinaire concours de circonstance ; un lieu de pratique à 200 mètres de chez moi en région parisienne. Un "hasard" qui ne pouvait n'être qu'un signe. Mais, manque de pratique, corps changeant, tourments divers et que sais-je encore, la douleur physique m'était devenue insupportable. Littérallement.
Bien des années plus tard et depuis un mois, j'ai repris zazen. 20 à 25 minutes d'étirements lents et de respiration consciente (ceci n'étant pas lié à zazen mais étant un travail visant à m'assouplir), et puis, le coussin, les jambes croisées, le dos droit, la main gauche sur la main droite... Tous les jours. Je tiens environ un quart d'heure. Bien loin encore des deux fois quarante minutes en vigueur au dojo, mais tout de même mieux que les à peine 5 minutes d'il y a peu. Pour moi une belle victoire et l'impression de rentrer à la maison, "chez moi", et je sais que bientôt je retournerai au dojo.
Ne pratiquant plus pour l'instant au sein de la sangha (communauté), je ne suis plus guidé. Peut-être que sur certaines choses je me trompe. Mais je crois tout de même avoir compris une chose importante.
L'éveil, le satori sont censés pour certains être un but. Mais il n'y a pas de but. L'éveil c'est ici et maintenant. A chaque seconde de zazen on ne recherche pas quelque chose, on actualise le Bouddha qui est en nous. En dissipant les brumes de l'égo, quelque chose peut alors poindre. La pleine conscience. Chaque seconde de zazen est un éveil en soi. Il n'y a donc rien à chercher, il y a juste à s'asseoir. "En zazen, disait Deshimaru, soyez comme des tigres"...
Faire zazen c'est réintégrer la conscience originelle. Au début de la pratique, on ouvre un sas de la taille du chas d'une aiguille et peu à peu ce sas s'élargit, s'amplifie. Jusqu'où ? Ça je ne l'ai pas encore connu alors je n'en parlerai pas.
Lisez les livres de Deshimaru, les livres de Jacques Brosse, les livres de Susuki, les livres de Thich Nhat Hanh (une autre école mais les pratiques se rejoignent). Fuyez les livres supposés zen qui vous promettent le bien être, le calme pour être plus efficaces dans votre vie. Ceux-ci n'ont rien à voir avec le zen.
Et si vous êtes curieux d'essayer, allez sur le site de l'association Zen Internationale. Vous y trouverez toutes les adresses et tous les renseignements.
"Lire des livres sur zazen sans pratiquer, disait Deshimaru, c'est comme lire une ordonnance sans prendre les médicaments".
10:58 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : zazen, deshimaru, jacques brosse
02.07.2009
une extorsion
"Toutes ces histoires que je fais n'ont peut-être pas d'autre but que de vouloir extorquer au monde extérieur ce qu'en ce moment je ne peux pas obtenir de moi-même. Et on peut, avec ce genre de comportement, empoisonner ses meilleures relations. Tu devrais t'enfermer dans une cellule nue et rester seule avec toi-même assez longtemps pour te reprendre et imposer le calme à tes tendances hystériques".
Etty Hillsum "Journaux et lettres 1941-1943" Opus Seuil.
(Cette phrase étant citée pour sa pertinence et sans reférence directe ni à moi-même ni à qui que ce soit d'autre)
22:08 Publié dans citations | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : etty hillsum
01.07.2009
du haut vers le bas et vice versa
Il arrive parfois que l'on se découvre des ignorances étonantes.
Ainsi ai-je appris en écoutant la radio quelques chose que j'ignorais et qui pourtant avec le recul semble évident.
Je savais que la terre tourne sur elle-même et autour du soleil.
Mais j'ignorais que la galaxie à laquelle nous appartenons tourne aussi sur elle-même en même temps que les milliards d'autres galaxies qui existent dans l'univers.
Ainsi, la terre ne repasse jamais au même endroit. Jamais.
En parlant à un collègue tout étonné de ma découverte, il m'a expliqué que si nous savons que l'univers tourne sur lui-même, nous ignorons où est situé son centre de gravité et que par ailleurs certains se demandent en quoi une énorme météorite percutant une autre galaxie pourrait éventuellement dérégler cette circulation.
En fait, au vu de l'énormité de simplement notre galaxie, nous tournons à l'infini dans l'espace interstellaire.
Du très haut vers le très bas, il n'y a parfois qu'un pas.
Ainsi, cette vieille dame dans un documentaire hier à la télé.
Elle expliquait que son bonheur était, confortablement assise dans son fauteuil, d'observer tous les oiseaux venant à sa fenêtre. La journaliste lui demandant ce qui la touchait, elle répondit :
- Les formes. Me demander qui décide des formes. Pourquoi celui-ci à des plumes bleues, pourquoi celui-ci a le cou rouge ou est plus petit. C'est comme les crocodiles, qui décide de leur forme ? Tenez, voyez ce petit oiseau avec son bonnet rouge...
Et elle ajoute,
- Attention hein ! ce que je dis là, c'est pas du comique hein ! C'est du magnifique !
Se demander qui a décidé que les galaxies tourneraient dans l'espace. Et puis se dire qu'un jour je pourrais faire un spectacle qui s'intitulerait "C'est pas du comique c'est du magnifique", ou pourquoi pas "tourner à l'infini sans jamais repasser au même endroit".
En attendant, enfin, un peu de fraîcheur, parce que cette chaleur, cette chaleur...
22:19 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



