04.07.2009

zazen

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Senseï Deshimaru

Pendant quatre année de ma vie, j'ai pratiqué la méditation zen. Vingt minutes par jour à la maison et deux fois quarante minutes au dojo de Paris le dimanche matin.

"Poussez le ciel avec le sommet de la tête, poussez la terre avec les genoux, les épaules parallèles au bassin, concentrez vous sur l'expiration et si des pensées viennent, laissez les passer comme nuages dans le ciel..."

Combien de fois ai-je entendu ces phrases ?

Ce que cette pratique m'a apporté est immense sans que je ne sois jamais parvenu à mettre des mots dessus : une présence au monde, un début d'éveil, un semblant de centre... Mais surtout une brêche dans la conscience. Maître Deshimaru disait que zazen vous change inconsciemment, automatiquement. Je peux témoigner que c'est vrai.

Qu'est-ce que le zen ? Le zen c'est la posture. Point.

L'absence de spéculation théorique (en tout cas dans l'école Soto), la pratique basée sur le corps, convenaient à l'intellectuel cérébralisé que je suis parce qu'alors je ne pouvais m'illusionner par la pensée. Toujours revenir au corps, à la posture.

Dire que la position est inconfortable est un euphémisme. Dire que je n'ai pas eu mal, et parfois très mal, serait mentir. Mais la contrepartie de ces douleurs était tellement belles et profondes que j'en supportais beaucoup. Étrangement d'ailleurs, ce n'étaient pas les séances les plus "confortables" qui semblaient par la suite les plus fructueuses. Je me souviens d'une séance qui fut un vrai cauchemar et dont les jours qui ont suivi furent d'une légereté joyeuse et vibrante inimaginable.

Et puis j'ai arrêté. Divorce, analyse (zen et analyse sont incompatibles en tout cas pour ce qui me concerne), bouleversements divers et variés, découverte et pratique du taï chi qui m'apporta beaucoup.

Je tentai bien de revenir sur la Voie suite à un extraordinaire concours de circonstance ; un lieu de pratique à 200 mètres de chez moi en région parisienne. Un "hasard" qui ne pouvait n'être qu'un signe. Mais, manque de pratique, corps changeant, tourments divers et que sais-je encore, la douleur physique m'était devenue insupportable. Littérallement.

Bien des années plus tard et depuis un mois, j'ai repris zazen. 20 à 25 minutes d'étirements lents et de respiration consciente (ceci n'étant pas lié à zazen mais étant un travail visant à m'assouplir), et puis, le coussin, les jambes croisées, le dos droit, la main gauche sur la main droite... Tous les jours. Je tiens environ un quart d'heure. Bien loin encore des deux fois quarante minutes en vigueur au dojo, mais tout de même mieux que les à peine 5 minutes d'il y a peu. Pour moi une belle victoire et l'impression de rentrer à la maison, "chez moi", et je sais que bientôt je retournerai au dojo.

Ne pratiquant plus pour l'instant au sein de la sangha (communauté), je ne suis plus guidé. Peut-être que sur certaines choses je me trompe. Mais je crois tout de même avoir compris une chose importante.

L'éveil, le satori sont censés pour certains être un but. Mais il n'y a pas de but. L'éveil c'est ici et maintenant. A chaque seconde de zazen on ne recherche pas quelque chose, on actualise le Bouddha qui est en nous. En dissipant les brumes de l'égo, quelque chose peut alors poindre. La pleine conscience. Chaque seconde de zazen est un éveil en soi. Il n'y a donc rien à chercher, il y a juste à s'asseoir. "En zazen, disait Deshimaru, soyez comme des tigres"...

Faire zazen c'est réintégrer la conscience originelle. Au début de la pratique, on ouvre un sas de la taille du chas d'une aiguille et peu à peu ce sas s'élargit, s'amplifie. Jusqu'où ? Ça je ne l'ai pas encore connu alors je n'en parlerai pas.

Lisez les livres de Deshimaru, les livres de Jacques Brosse, les livres de Susuki, les livres de Thich Nhat Hanh (une autre école mais les pratiques se rejoignent). Fuyez les livres supposés zen qui vous promettent le bien être, le calme pour être plus efficaces dans votre vie. Ceux-ci n'ont rien à voir avec le zen.

Et si vous êtes curieux d'essayer, allez sur le site de l'association Zen Internationale. Vous y trouverez toutes les adresses et tous les renseignements.

"Lire des livres sur zazen sans pratiquer, disait Deshimaru, c'est comme lire une ordonnance sans prendre les médicaments".

Commentaires

"Le Zen c'est la posture, il n'y a pas de but."

Merci, pour ce témoignage de votre pratique et de votre chemin d'évolution. Vous exprimez avec beaucoup de simplicité et de clarté des ressentis dans lesquels je me retrouve. Ma pratique du Zen est toute récente, pourtant je m'y sens pleinement "chez moi" même si des résistances se font encore au quotidien, je sais que je suis sur la Voie.

Ecrit par : Anna | 04.07.2009

J'ai eu peur un instant que vous ne parliez de Thich Nhat Hanh, mon maître...

Ecrit par : le bord doré des nuages | 04.07.2009

Jolie transition, bien rebondi...

Ni maître ni zen, juste méditante bouddhiste, sans coussin, sans posture, n'importe-où, quand le besoin s'en fait sentir.
Le corps parle, écoutons-le.

C'est bien d'avoir repris.

Ecrit par : Balmolok | 04.07.2009

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