21.06.2009

la rencontre

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C'était une nuit d'été de pré solstice. Elle revenait d'une soirée de contes au cours de laquelle des passionnés avaient offert à la fraîcheur du soir quelques histoires qui s'en étaient allées directement parler avec les étoiles.

Elle rentrait contente du travail accompli. La nuit était douce, elle conduisait une voiture qui n'était pas la sienne et avait ouvert la vitre pour sentir sur son visage le souffle de l'été, repensant à la soirée. C'était un de ces soirs où ce qui avait été donné avait été rendu au centuple et elle se sentait légère.

C'est après un hôpital et dans une zone d'activité, qu'elle a vu la forme sur le bas côté de la route. C'était un chat tout agité de soubresauts et qui essayait déséspéremment de se remettre sur ses pattes.

Sans réfléchir, elle s'est arrêtée. Elle avait gardé de son enfance et d'un père vétérinaire une sorte de bienveillance fougueuse pour tout ce qui porte plumes ou poils et des gestes pratiques qui ne l'avaient jamais quittée. L'animal venait sans doute de se faire heurter par une voiture qui s'était empressée de continuer sa route.

Le chat ne saignait pas et cela n'était pas bon signe. Elle savait que son intérieur devait être littérallement éclaté et qu'il lui restait peu de temps.

Précautionneusement, dans la nuit qui d'un coup hurlait, elle a pris le chat et l'a déposé sur le trottoir. Elle sentait sous ses doigts sa vie qui s'en allait. Elle est restée là un bon moment essayant de lui transmettre un peu de douceur dans ses derniers instants. Les voitures, elles, continuaient de filer, insensibles à ce qui se jouait.

Elle est restée longtemps à veiller sur lui, dernier ange avant le dernier souffle, jusqu'à ce que le souvenir de plusieurs années d'assistance à des personnes en unité de soins palliatifs ne lui rappelle que souvent les êtres aiment à s'en aller seuls.

Une dernière fois, elle posé sa main sur lui, essayant de lui communiquer tout l'amour et la bonté qu'elle ressentait pour cette petite bête si fragile à la respiration irrégulière. Sans doute, que pas loin d'ici un foyer se demandait pourquoi le chat n'était pas rentré comme tous les soirs à la même heure, sans savoir qu'il ne rentrerait jamais.

Elle l'a laissé là, est remontée dans la voiture et puis a continué son chemin, le ventre tordu de la rencontre. Elle savait depuis longtemps que les choses ne nous arrivent jamais complètement par hasard et se demandait ce que cette rencontre voulait dire. Elle a roulé encore jusqu'à chez son compagnon.

Là, elle a raconté l'histoire presque sans émotion et ce n'est que plus tard dans la tiédeur du lit, bien à l'abri dans ses bras qu'elle a laissé venir ses larmes.

Elle s'était bien lavé les mains pourtant, mais elle sentait encore sur sa peau les ultimes soubresauts d'un chat écrasé par une voiture un samedi soir sur la terre, tout en sachant déjà que  le souvenir de sa chaleur s'enfuyant resterait à jamais imprimé contre sa peau.

Elle a pensé à la fragilité gracile de nos vies, a bien tenté de dormir malgré tous les morts de sa vie qui d'un coup l'assiégeaient, mais la nuit est restée blanche, insondablement blanche...

 

Commentaires

Heureusement, quelqu'un était là pour la tenir dans ses bras et effacer ses larmes.

Il n'y a pas d'hasard, je le crois de plus en plus. Tout a un sens que nous comprendrons, peut-être un jour. Peut-être pas.

Ecrit par : Dana | 22.06.2009

Elle a laissé venir ses larmes, c'est bien, il faut pleurer mais ce n'est pas si facile. C'est un abandon. Un écluse qui s'ouvre. Belle histoire.

Ecrit par : bérangère | 22.06.2009

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