27.04.2009
ensemble c'est tout
Hier soir avec ma mère, nous avons regardé le film "Ensemble c'est tout".
Ce film a été tourné par un vieil homme malade et dépressif et qui n'avait probablement plus peur de rien. Ni de la mort, ni de la vieillesse. Et qui, du coup, a osé des plans que l'on voit peu dans le cinéma français comme cette vieille femme posant siens nus pour un dessin.
Et il ne me parait pas insensé de penser qu'il a tenté de se soigner en réalisant ce film qui, je crois, doit beaucoup aussi à François Dupeyron.
Parce que les livres d'Anna Gavalda ne parlent que de ça : comment se sauver soi-même en sauvant l'autre. Une sorte de rédemption collective, solidaire et impliquée qui me touche beaucoup.
C'est un film, mine de rien, qui aborde des choses dont on parle peu comme par exemple des questions comme "comment choisit-on sa mort ? Et comment vieillit-on ?"
Et cela me renvoit à un très beau texte chez elle-c-dit sur les vertus thérapeutiques d'un certain type de silence dans les unités de soins palliatifs. Un texte à méditer, à réfléchir et à lui répondre... qui m'a occupé l'esprit une bonne partie de la journée...
Et puis, une note chez le temps d'un soupir avec la version de "Time after Time" de Miles Davis, version qui me touche infiniment, surtout dans sa version en live sur l'album "Around the World" enregistrée peu de temps avant sa mort et dans laquelle on entend, au sens littéral, qu'il va mourir. J'ai fait écouter cette version à mes enfants ce week-end et il y a eu alors un curieux silence sans que je n'ai pu percevoir s'il s'agissait d'un silence d'ennui ou de recueillement (le silence, toujours le silence...).
Et le récit de son voyage en Inde par Bérangère si juste et si humain, si plein d'une belle et bonne humanité pleine de joie et d'humour.
Et cette phrase de Dana parlant des blogs qu'elle lit et d'un texte qu'elle a écrit en s'en inspirant "Jai fait du moi avec du vous" dit-elle.
Et encore ce mail de flo qui m'écrit une phrase à propos de nos livres, de nos blogs et des échanges qui s'en suivent qui me touche très profondémment :
"Ce que je sais c'est que tous nous grandissons et que le pas de l'un entraîne le pas de l'autre et que tout ceci se fait sans mots à un certain niveau et qu'à d'autres niveaux les mots sont salvateurs, constructeurs, réparateurs.....".
Et je ne saurais pour aujourd'hui rien dire de plus tant il me semble que le pourquoi du comment de tout cela se trouve résumé en cette phrase simple, belle et universelle et dans laquelle je trouve une justification à mes blogs, à mes livres, à ma musique, à mon travail de conteur, à celui de directeur culturel, à mon rôle d'aimant et de père...
"Que nous grandissons et que le pas de l'un entraîne le pas de l'autre..."
Une preuve de plus que nous sommes bien reliés et interdépendants des uns et des autres...
22:32 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
24.04.2009
203
(photo empruntée sur ce site)
La Dame, pour des raisons qui l'honorent, a fait voeu de ne pas tuer ; ce qui n'est pas sans conséquence sur la vie domestique.
Ainsi sa maison est-elle peuplée -outre de sa sublimissime personne- d'une chatte de 17 ans et de ma personne de temps en temps, de quelques limaces (qui semblent plutôt vivre la nuit), de quelques fourmis dans la cuisine et de quelques araignées avec lesquelles elle entretient une relation familière et de bonne entente.
Elle n'hésite donc pas pour leur bien à les prendre dans ses mains pour les sortir dans le jardin et constate avec ravissement que certaines ont compris lorsqu'elles perçoivent le bruit de l'aspirateur qu'il est urgent d'aller se planquer quelque part, le temps que la maîtresse de maison aspirent les toiles délaissées et la poussière dans la maison.
Sur le fond je suis plutôt d'accord avec tout ça (sauf pour le respect supposé dû aux moustiques, d'autant plus qu'en général c'est moi qu'ils piquent et pas elle...) à l'exception du fait que je n'ai pas comme elle l'esprit tranquille lorsqu'il s'agit de ces bestioles.
Et que cette nuit je fus réveillé par deux fois par "quelque chose" courant sur mon bras, "quelque chose" s'étant avéré être à chaque fois une araignée me passant sur le corps (nu quand je dors, merci) et pour la première plutôt conséquente en taille, ce qui m'a valu deux réveils à la vitesse de l'éclair, le temps de chasser la bête de sur mon bras, de la sentir dans ma main et de secouer la couette pour la projeter la plus loin possible de ce lit devenu berceau potentiel des pires cauchemars.
Et se rendormir après un tel shoot d'adrénaline (le coeur battait comme si il avait couru un 1 000 mètres) fut pour le moins laborieux ce qui fait que mon esprit partit en roue libre et plus d'une fois s'égara en d'étranges digressions.
Comme de se mettre à réfléchir à l'expression "jamais deux sans trois" (expression d'ailleurs parfois trompeuse car d'araignées, il n'y en eut que deux).
Vraiment étrange cette expression. Pas "jamais un sans deux" (car dans ce cas le phénomène de série n'existe pas), pas "jamais trois sans quatre" (car nous sommes dorénavant dans une répétition sans grand intérêt), mais bien "jamais deux sans trois".
L'expression est rarement utilisée à propos d'un événement positif. C'est plutôt une sorte de statistique superstitieuse visant d'une part à donner un sens à une contrariété qui nous insupporte ("Ah c'est une série, pas étonnant que cet ennui se reproduise") et d'autre part à se préparer psychologiquement à la prochaine tuile qui nous tombera sur le coin du nez ("Il y en a déjà eu deux, il va donc y en avoir une troisième...").
Cette expression, sous son apparente banalité, est donc une magnifique ruse de l'esprit pour mieux faire face à une situation désagréable.
Et puis araignée au plafond aidant (hu hu...) me sont venus les alitérations possibles de l'expression comme :
"Jamais d'oeufs sans toit", autrement dit "ne prépare d'omelettes qu'à l'intérieur", ou
"Jamais d'oeufs sans trois" : "partage toujours ton omelette à trois", ou
"Jamais d'eux sans toi", autrement dit, jamais d'amis ou de prochains sans ta présence, ce qui somme toute est une belle déclaration d'amour...
Ce que n'est pas cette note envers les araignées...
08:15 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
21.04.2009
une case à cocher
J'y ai retrouvé une amie d'adolescence et cela fut un beau cadeau de la vie.
J'y ai vu aussi la photo d'une copine de mes 13 ans avec laquelle nous étions dans la même classe et qui semble avoir 20 ans de plus que moi. Je fus à cette époque, dans toute l'arrogance de mon adolescence, absolument odieux avec elle.
Je n'avais pas encore compris que la culture n'était pas un signe distinctif de supériorité, pas plus que le fait de s'intéresser à la psy et toutes ces sortes de choses... Et j'en ai tellement connu depuis, des êtres qui sous prétexte qu'ils se sentent sur un chemin justifie ainsi un sentiment de supériorité pour ceux qui ne leur semblent pas y être... "La science sans conscience n'est que ruine de l'âme" a dit quelqu'un. Et j'ajouterais que l'intérêt pour les techniques psy sans amour ou empathie envers les autres est comme une bombe atomique relationnelle (je parle bien sûr hors relation avec un thérapeute)... Un supposé signe de distinction sociale qui peut faire des ravages.
Tout cela pour dire qu'il y eut des périodes de ma vie au cours desquelles j'aurais pu cocher la fameuse case... Et qu'aujourd'hui (et surtout aujourd'hui après cette semaine passée lè-bas dans l'Aveyron...) j'aurais tendance à cocher une case qui n'existe pas "ma vie personnelle est allée bien au delà de ce que j'avais toujours rêvé".
Chance ou talent -ou bien les deux- personne ne le saura jamais.
J'ai cherché pendant des jours a parlé de ces derniers jours, en me disant qu'il faudrait parfois avoir quelqu'un qui parle pour vous. Et puis là ce soir, dans une sorte de fébrilité sans doute d'origine virale, les mots me sont venus comme ça en écoutant un concert de Ben Harper à la radio. Loin de la grippe et des soucis bancaires (qui sont loin d'être moindres. Mais bon, il serait peut-être amorale de tout réussir à la fois...).
Il y a ainsi des moments où l'on reçoit bien plus que ce qu'il nous semble avoir donné et curieusement, je me demande parfois si -ultime paradoxe névrotique- je ne somatise pas parfois même mes joies. Ce qui pourrait justifier une sorte de crève qui m'épuise. A moins que ne prime l'explication de mon médecin qui m'explique qu'après chaque période intense, le taux -entre autre- d'adrénaline baisse provoquant faiblesse, insomnie et vertige...
La rançon de l'âge sans doute. Mais que pourrais-je regretter en la circonstance ?
Il me reste juste à apprendre vraiment à dire merci. Et la présence de la Dame bien sûr en ces circonstances, rode comme une aura bienfaisante...
22:37 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
06.04.2009
passeur
Au tout début de mon travail de conteur, l'association conçue pour porter le projet s'appelait "Passeurs de Rêves".
Une manière de dire qu'être "passeur" entre plusieurs mondes était l'essence même du projet.
Passeur entre tangible et symbolique, passeur entre coeur et âme, passeur de coeur à coeur, passeur d'un mystère à un autre, d'un être à un autre...
Une manière aussi de me redire que depuis toujours je me percevais entre deux mondes et qu'à défaut de trouver une place dans l'un des deux, il me revenait de les faire se rencontrer.
Samedi soir, j'étais l'épicentre (et voyez comme un mot a priori presque anodin prend un sens tout particulier en fonction de l'actualité) d'une soirée contes et musiques, à l'occasion d'une carte blanche qui m'était offerte par le Théâtre de la Mezzanine à Lieusaint, et pour laquelle j'avais choisi d'inviter tous les artistes (ou presque) avec lesquels j'avais fait des spectacles.
Il y avait la Dame, sans laquelle rien n'aurait la même saveur et la même confiance, l'ami Toumani Kouyaté -mon ami de Parole- , il y avait mon frère -un saxophoniste aventureux qui n'a peur de rien- et un orchestre de musique klezmer - le Quintet Klezmer- et mon fils pour un duo de guitares qui aurait pu s'appeler "les chiens ne font pas des chats". Et ma fille et son amoureux chargés d'accueillir le public et sans lesquels le tableau ne saurait être complet.
Le tout, pour un voyage d'âmes entre Europe de l'est, Afrique, Arctique, monde arabe, Amérique du Nord devant une salle pleine comme un oeuf et prête à tous les voyages.
Passeurs de rêves, passeurs de mots, passeurs de notes et d'émotions. La soirée fut belle et les mercis nombreux, comme cette phrase d'une amie qui me dit avant de partir "tu vois, je repars plus légère qu'en arrivant".
Que demander de mieux lorsque l'on se veut "passeur" ?
Et puis, il y eut ce rôle de passeur entre deux époques, de démurge qui grâce à internet a fait se retrouver par surprise deux amours d'adolescence plus de 30 ans plus tard. Et Dieu sait que ces deux-là avaient des choses à se dire...
Il y a ainsi des moments où l'on se sent "à sa place", des moments au cours desquels on se dit que l'on ne pourrait faire mieux et plus que ce que l'on fait à ce moment là, des moments où la vie vous inspire au delà de ce que vous auriez imaginer.
Des moments qui nous grandissent et au cours desquels l'on sent que quelque chose passe à travers soi d'infiniment précieux sans que pour autant l'on y soit vraiment pour quelque chose.
Alors on dit "merci". Merci à la vie, merci à ses amis, à ses amours, à sa famille, aux histoires, à la musique.
Et l'on s'endort avec ce sentiment d'infini merveilleux dont on sait que plus rien, jamais, ne pourra le remettre en cause.
21:10 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
01.04.2009
e = mc ?
Photo : robert Doisneau en complicité avec Maurice Baquet
L'humour peut être parfois de corporation. Ainsi il y a l'humour de potaches, de carabins et que sais-je encore...
Et il y a l'humour des musiciens (Et la Dame doit en être une spécialiste émérite même si celle-ci ne l'a absolument pas fait rire). En général des histoires au 1 000 ème degrés, compréhensibles uniquement par les confrères à qui on les raconte. En un mot et en général, des histoires pas drôles du tout pour ceux qui ne sont pas du métier.
Question humour de musicien, j'en ai justement entendu une hier racontée par Ivry Gitlis (comme quoi même les musiciens de classique en sont friands).
Albert Einstein était parait-il un bon violoniste (les mathématiciens sont souvent d'ailleurs de bons musiciens) et faisait régulièrement de la musique avec un pianiste (a priori un très bon dont j'ai oublié le nom).
Seul problème, Einstein tout génie qu'il était avait semble t-il des problèmes de tempo. Et donc son pianiste, qui lui n'en avait pas, de lui dire régulièrement :
- Alons, allons, Albert, tu ne sais pas compter jusqu'à quatre ?...
Je vous avais prévenu, l'humour de musicien est une chose bien particulière...
21:06 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note





