08.11.2008
aimer ce que nous sommes
J'avais jusqu'à il y a encore quelques années une vision de Christophe comme chanteur à midinettes.
Jusqu'à ce que je découvre son album "Comme si la Terre Penchait" et que cet album devienne un des disques qui m'habitent (quand bien même étrangement je ne l'ai pas chez moi, et pourtant il me semble le connaître par coeur).
Les premières fois que j'ai entendu son nouvel album "Aimer ce que nous sommes" j'y ai été complètement insensible. J'ai trouvé cette fois ci la pose dandy un peu trop kitsch et la musique pour le coup maniérée.
Il faut dire que je l'avais écouté sur des hauts parleurs d'ordinateur ce qui rabote quasiment la moitié de la matière sonore.
Et puis, l'autre jour, à l'occasion d'un long voyage seul en voiture vers ma mère malade, j'ai pris le temps de l'écouter. Volume à fond et plusieurs fois, traversant des paysages d'automne innondés.
Et que je comprenne.
Que ce disque, comme pour certains de la période électrique expérimentale de Miles Davis -toute proportion gardée quand même-, n'est pas à écouter comme une succession de chansons ou de musiques mais comme une matière sonore dans laquelle il faut entrer.
Tout autant que des musiciens ce sont des peintres, des couturiers. Travaillant ici sur un rouge, ici sur un bleu, travaillant ici sur un moiré, un velours, un satin, une stridence...
Miles peignait et dessinait ses vêtements. Christophe est un fou d'images (on entend même dans son disque la voix de la photographe Denise Colomb, celle qui a photographié Antonin Artaud).
Ils ont je pense une perception matérielle des sons comme s'ils étaient couleurs et matières.
C'est donc à une expérience sensorielle que nous sommes conviés.
Pas une seconde de son qui ne soit travaillée, tissée, entremélée avec d'autres sons de densité particulière.
Il semblerait que deux de ses influences majeures soient le blues et le chanteur pakistanais Nusrath Fateh Ali Khan. Et il arrive que l'on y entende parfois comme un écho fantomatique de cette fréquence là.
Bien sûr que c'est un disque monstre. Passant sans cesse de l'électro au rock, de la romance italienne à la musique de dancing, d' orchestrations symphoniques à des stridulations électriques expérimentales...
Et toujours à la limite, du sublime et du ridicule (et parfois, il lui arrive d'y tomber), de la boule à facettes et du beat stellaire, de l'écriture la plus contemporaine et de la ritournelle italienne, de la blessure métaphysique la plus profonde et du chagrin d'amour de midinette...
Il faut s'y immerger comme si il était la bande son d'un film imaginaire. Peut-être un film de Lynch.
Il y a peu de chanteurs français qui travaillent le son comme une matière brute se suffisant à elle-même.
Je me souviens donc d'un disque de Miles Davis "Agartha". Lui aussi un disque monstre. Deux heures de musique sans interruption, presque sans thème jouée par des fous furieux. Les premières fois je n'y comprenais rien, mais alors rien.
Jusqu'à ce qu'un après midi je l'écoute dans un état de demie somnolence rendant la conscience poreuse. Et qu'alors je comprenne et entre à l'intérieur de cette musique pour la première fois. Je ne percevais plus alors l'enchainement de structures rythmiques ou de phrases jouées, mais plutôt un entrelac de matières sonores dans laquelle il convenait de se baigner.
Et puis, il y a le dernier morceau. Un ensemble de cordes jouant un thème ample et simple, et dessus un de ses amis décédé depuis, lisant le "générique" de l'album : noms des musiciens, ingénieurs du son, nom des studios... Et devant tant d'évidence, on se dit que c'est invraisemblable que personne n'y ait pensé avant...
Un album donc à écouter plusieurs fois avant de l'accepter et à écouter fort, de préférence au casque.
12:55 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
je suis très sensible à cette musique,l'homme au bois dormant
difficile de trouver les mots,oui une véritable expérience sensorielle ,stridence cosmique.......j'aime beaucoup
Ecrit par : soisic | 12.11.2008
soisic : je n'oublie pas la photo que vous m'aviez envoyée ! Elle sera utilisée, c'est dit !
Ecrit par : lhommeaubois dormant | 13.11.2008
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